Nos vies valent plus que leurs profits

Aux Hospices civils de Lyon, des services d’urgence se mobilisent !

Depuis jeudi 5 février, les urgences de l’hôpital Édouard-Herriot (établissement membre des Hospices civils de Lyon dits HCL) sont en grève pour obtenir des embauches et plus généralement des moyens. Pour des raisons similaires, une grève a également débuté aux urgences de l’hôpital Lyon Sud le mercredi 11 février. Même colère et même détermination.

Deux piquets de grève pour les mêmes revendications

La « crise » hivernale, marquée par de nombreuses épidémies de grippe, ainsi que la grève des médecins libéraux début janvier, n’ont fait que mettre en lumière les conditions dramatiques dans lesquelles fonctionnent les urgences. Ces deux situations ont aggravé la surcharge de travail des hospitaliers qui dénoncent depuis plusieurs semaines une charge de travail insupportable. C’est le ras-le-bol collectif, ajouté au mépris de la direction, qui a poussé ces deux services d’urgence à se mettre en grève.

Durant la journée du 11 février, deux piquets ont été organisés, un le matin devant l’hôpital Lyon Sud et un l’après-midi devant l’hôpital Édouard-Herriot. Devant Lyon Sud se tenaient une quinzaine de grévistes, avec beaucoup de jeunes qui n’avaient encore jamais fait grève, et une trentaine devant Édouard-Herriot. La colère était présente, appuyée par une forte motivation de ne rien lâcher jusqu’à l‘obtention des revendications.

Paroles de grévistes

« Il y a un gros manque de personnel qui impacte fortement notre travail aux urgences », rapporte Marlène1, gréviste à l’hôpital Lyon Sud ; « La charge de travail ne fait qu’augmenter, on nous demande systématiquement d’ajouter des adaptations à nos postes » explique Juliette, gréviste à l’hôpital Édouard-Herriot.

Un constat qu’on retrouve dans tous les établissements de santé et qui pousse les collègues à bout : « La fatigue des soignants est de plus en plus présente et se voit avec de nombreux arrêts maladie pour cause de burn-out », poursuit Juliette. Même écho de Vincent qui explique que « la surcharge est telle qu’on n’arrive plus à assumer, on n’arrive plus à se lever, on n’arrive plus à venir au travail dans les bonnes conditions. On a l’impression d’avoir atteint un point de non-retour ». D’après un autre gréviste, Pablo, il n’y a pas de crise des vocations, mais plutôt des conditions de travail proches de la « maltraitance institutionnelle », qui poussent les soignants vers la sortie au prix de leur propre santé.

Les chiffres sont d’ailleurs alarmants : aux urgences de l’hôpital Lyon Sud, dont la capacité d’accueil maximale est de 30 patients en simultané, le 26 décembre, jusqu’à 78 patients ont été pris en charge, et certains laissés sur des chaises, faute de brancards en nombre suffisant. Les équipes se retrouvent régulièrement à s’occuper d’une trentaine de patients pour un seul binôme aide-soignant et infirmier. À l’hôpital Édouard-Herriot, des patients peuvent attendre jusqu’à six jours avant d’être hospitalisés dans des unités de soin parfois inadaptées à leurs pathologies. Dans un tel contexte, les soignants se retrouvent devoir gérer l’agressivité des patients, agressivité qui trouve son origine précisément dans l’allongement des délais de prise en charge et d’accès aux soins. Les coupes budgétaires qui se succèdent depuis des années entraînent des fermetures de lits, et même lorsque des lits sont rouverts, aucune embauche n’est prévue pour assurer une prise en charge correcte.

Vers l’unité et l’extension de la lutte

Les perspectives pour eux sont claires : continuer la grève, les rassemblements, ne rien lâcher, et s’associer entre services et hôpitaux pour construire un mouvement plus large et plus visible. Le constat est en effet simple : tous et toutes partagent les mêmes conditions de travail dégradées, les mêmes difficultés quotidiennes et les mêmes revendications. Le sous-effectif, la surcharge de travail et le manque de moyens ne concernent pas seulement une équipe ou un établissement en particulier, mais touchent l’ensemble des établissements de santé, privés comme publics.

C’est pour cette raison que les grévistes que nous avons rencontrés sur les piquets invitent tous les services à les rejoindre ; les mêmes conditions de travail impliquent les mêmes combats. D’autres services se sont mis en grève sur des revendications similaires – et ils sont nombreux – dans la région (les urgences pédiatriques de l’hôpital de Vienne ou les soignants de l’hôpital Saint-Jean-de-Dieu) et en France (les urgences de l’hôpital Beaujon à Paris ou la réanimation pédiatrique au CHU de Nantes). C’est la meilleure façon de faire plier les directions.

Correspondantes

À voir sur notre chaine Youtube, une vidéo en deux parties : 1re partie et 2e partie

Lire aussi, sur notre site, l’article sur la grève des urgences pédiatriques de Vienne

 

1 Les prénoms ont été modifiés.