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C’est déjà Noël pour les sidérurgistes européens

La 6 novembre, à l’issue d’une réunion entre les principales entreprises sidérurgiques allemandes et le gouvernement fédéral, le chancelier Friedrich Merz s’est rangé derrière les revendications des entreprises du secteur. Ces entreprises réclament une adaptation des règlements européens et un plan pour l’acier à l’échelle de l’UE, soi-disant pour être en mesure de concurrencer les exportations indiennes et chinoises.

Début octobre, la commission européenne a répondu à ces demandes en présentant la première partie de son plan pour l’acier, contenant des mesures douanières alignant les tarifs sur les 50 % imposés par les États-Unis plus tôt dans l’année et divisant par deux les quotas d’importation non taxés. Une seconde partie du plan doit être annoncée dans les mois qui suivent concernant un dispositif de taxation carbone aux frontières douanières de l’UE.

En effet, en 2030, les amendes pour chaque tonne de CO2 émise doivent encore augmenter et pousser les entreprises du secteur à fermer leurs hauts-fourneaux hautement émetteurs pour les remplacer par des fours à arc électrique. Mais les coûts de la production d’acier par des fours électriques sont bien plus élevés en raison du prix de l’électricité en Europe. Les industriels du secteur (Eurofer, principal syndicat patronal en tête) souhaitent donc des garanties sur un mécanisme entraînant un surcoût sur l’acier produit à l’aide de hauts-fourneaux hors UE.

C’est, semble-t-il, de cela que Salzgitter, ThyssenKrupp et Saarstahl auraient convaincu le gouvernement allemand, qui réclame désormais que toutes les mesures du plan acier de l’UE soient annoncées rapidement pour une mise en œuvre dès janvier 2026.

Mais en attendant, alors que les cadeaux et promesses de cadeaux pleuvent pour les industriels du secteur, les annonces de suppressions d’emplois ou de fermetures de site ne sont pas suspendues. En France, alors que le premier volet douanier du plan acier était annoncé, le président d’ArcelorMittal France continuait à maintenir le flou sur l’investissement dans les chantiers de fours électriques sur le site de Dunkerque, malgré les aides de 850 millions d’euros sur le 1,8 milliard d’investissements nécessaires. Un chantage auquel les États cèdent complaisamment, sur le dos des travailleurs qui subissent les licenciements – déjà en 2024, on a compté 18 000 licenciements sur les 300 000 emplois du secteur.

Pierre Selim