Un entretien paru dans ActuLyon avec les candidats du NPA-R
Par Théo Zuili. Publié le 3 mars 2026

Âgés de 22 et 24 ans, Raphaëlle Mizony et Anthony Bruno sont les candidats co-têtes de liste du Nouveau parti anticapitaliste révolutionnaire (NPA-R) pour la campagne des municipales 2026 à Lyon. Originaire de Vaulx-en-Velin, Raphaëlle Mizony a rejoint le NPA en 2019 lors des mouvements contre la réforme des retraites et étudie à Lyon 2 pour devenir professeure d’espagnol. Cheminot, Anthony Bruno a fait ses premiers pas militants lors des mobilisations lycéennes au moment des Gilets jaunes.
En coconduisant cette liste d’extrême gauche à Lyon, ils expliquent vouloir porter dans la campagne municipale les idées « communistes révolutionnaires » qu’ils défendent au quotidien.
Actu : Vous êtes du côté radical du spectre politique, pourquoi passer par les urnes plutôt que la rue ?
Raphaëlle Mizony et Anthony Bruno : On se présente dans 27 villes. À Lyon, on voulait montrer qu’il existe une autre voix face à Aulas, le patron millionnaire, et Doucet, l’écolo des bourgeois des centres-villes : celle des jeunes étudiants, des travailleurs. Il n’y a pas de contradiction à être révolutionnaire et candidat.
Toutes les listes se placent du côté du système, de la gauche à l’extrême droite : des gens qui aspirent à « bien gérer » la ville, qui disent « votez pour nous et on s’occupera du reste ». Nous, c’est une candidature de combat et l’occasion de partager nos idées que peu de gens défendent auprès d’un plus large public. Même si personne ne demande jamais l’avis des travailleurs, on va utiliser ces élections comme une tribune.
Avec 1% des voix dans le dernier sondage, l’objectif est de gagner ou d’exister ?
RM & AB : On pense que nos idées représentent l’intérêt de la population. On veut le plus de voix possibles, mais ce n’est pas en étant élus qu’on pourra réellement changer le quotidien. Notre projet est de renverser la société capitaliste. Si on est élus, on mettra tous les moyens au service des luttes, comme celles des soignants des HCL en grève.
Quelles seraient vos premières mesures ?
RM & AB : On défend la gratuité des TCL pour tous. Les candidats disent n’importe quoi : Aulas ne connaît pas le prix d’un abonnement et Doucet a un sale bilan avec l’allotissement du réseau. On ne pense pas que la gratuité pour tous soit contradictoire avec le développement du réseau et l’amélioration des conditions de travail des salariés. Pour ça, il faut beaucoup d’argent : il est dans la poche des patrons (versement mobilités). Aulas, avec sa fortune, pourrait financer un an et demi de gratuité.
Comment y parvenir alors qu’un maire n’a pas les moyens de taxer un millionnaire ?
RM & AB : On ne fait pas des promesses, on fait des objectifs de lutte, comme avec l’interdiction des licenciements. Ça ne pourra que être obtenu par la mobilisation de l’ensemble des travailleurs. Notre message aux travailleurs serait qu’on a désormais des porte-voix à la mairie pour mettre en lumière leurs luttes. Ce ne serait que le début.
Pourquoi la gauche ne se rassemble-t-elle pas à Lyon ?
RM & AB : Doucet a eu une gestion honteuse des sans-abri en envoyant la police les déloger. On met en avant la liberté de déplacement et la régularisation des sans-papiers. LFI veut être respectable aux yeux de l’État et des patrons, nous voulons renverser le système. On ne s’associe pas à cette gauche institutionnelle. On se revendique de la lutte des classes et de la révolution. La violence, c’est celle du système capitaliste.
La gauche veut arriver aux affaires mais reste dépendante des budgets. Ce ne sont pas les élus qui dirigent, mais les grands patrons, Bolloré, Saadé… Ce sont eux nos ennemis politiques. Il y aura une nécessité à arracher le pouvoir aux capitalistes qui pompent le fric sur notre dos mais ne servent à rien.
Appellerez-vous à faire barrage au second tour ?
RM & AB : Cette gauche est-elle vraiment un barrage face à la droite ou l’extrême droite ? C’est la gauche, en vendant monts et merveilles sans appliquer son programme pour respecter l’ordre capitaliste, qui a la responsabilité d’avoir démoralisé ceux qui lui ont fait confiance et qui sont révoltés par le système.
Que proposez-vous sur la sécurité ?
RM & AB : Chacun y va de sa surenchère sur la police et les caméras. On ne croit pas à la fuite en avant sécuritaire. L’insécurité est d’abord sociale. Mettre des caméras ne règle pas la violence produite par cette société. À la rigueur, s’il y avait des caméras à mettre, ce serait dans les bureaux des grands patrons qui votent en catimini les suppressions de postes. Dans la rue, ça ne protège pas de l’insécurité ni des crimes.
Quelle est votre position après la mort de Quentin Deranque ?
RM & AB : Il y a eu une campagne médiatique de l’extrême droite immédiatement reprise par le gouvernement pour diaboliser la gauche. Pour nous, le danger vient plutôt de l’extrême droite et de ses idées, avec 48 victimes en 40 ans et 11 depuis 2022. Pour eux, il n’y a pas de minute de silence. Les alertes à la bombe de l’extrême droite visant des locaux syndicaux et politiques montrent où est la menace. C’est l’ennemi numéro un des travailleurs.
À qui vous adressez-vous ?
RM & AB : Aux gens des quartiers populaires, ouvriers et banlieues de Lyon. Si la gauche recule dans ces quartiers, c’est bien qu’elle a déçu et c’est le terreau de l’extrême droite. Mais le vote majoritaire, c’est l’abstention : ils ne se sentent pas concernés et ne voient pas l’intérêt d’expliquer leurs idées.
Votre communication est souvent percutante. Pourquoi ?
RM & AB : C’est pour essayer de faire réagir un peu. Rire et éviter d’être caricaturé. Je pense ce que je dis, j’ai ça en commun avec Philippe Poutou.