Avec un taux de mortalité infantile atteignant désormais 4,1 décès pour 1 000 naissances vivantes, la France, en haut du classement européen il y a 25 ans, a dégringolé tout en bas : 23e sur 27. En cause, les politiques austéritaires qui sabordent le système de santé public. Acculée par le scandale, la ministre de la Santé, Christine Vautrin, s’est sentie contrainte d’annoncer la mise en place de registres des naissances et de décès – une revendication des professionnels de santé signataires d’une récente tribune dans Libération. Mais, outre qu’aucun calendrier n’a été donné, ces registres ne permettront que de prouver des causes déjà connues – causes dont le gouvernement porte toute la responsabilité.
Ces causes, les professionnels de santé n’ont de cesse de les dénoncer. La fermeture quasi systématique des maternités de proximité, au prétexte de leur faible activité et donc expertise, achève de détruire un maillage de santé élémentaire – il en existe aujourd’hui trois fois moins qu’en 1975. Pourtant, les chiffres le montrent, un trajet supérieur à 45 minutes double le taux de mortalité périnatale. Et l’accompagnement de proximité a fait ses preuves, comme en Suède, en tête du classement avec un taux de mortalité infantile à 2,2, où le one-to-one est la règle : une sage-femme par femme enceinte.
Héritée d’un élan de modernisation des années 1980, cette tendance à concentrer l’activité dans des méga-structures – ou « usines à bébés » – est aujourd’hui mortifère : d’un côté des déserts médicaux, de l’autre de grosses structures à la pointe de l’équipement, mais dont la réduction des moyens en termes de personnel et de lits, comme partout à l’hôpital, rend les prises en charge souvent infernales. Il n’est pas rare que les sages-femmes se retrouvent seules avec quatre ou cinq patientes à charge et donc incapables de faire un suivi rapproché pour prévenir les complications. Et une fois l’accouchement passé, on pousse les gens vers la sortie, pour libérer les lits et accroître l’activité – productivité imposée par la tarification à l’acte. Résultat : en 20 ans, le nombre de lits diminue bien plus vite que le nombre d’accouchements, la « durée moyenne de séjour » aussi, et le turn-over est décuplé.
C’est donc la réduction drastique des moyens qui tue. Devant la fuite des agents refusant ce système maltraitant, les petites structures, elles, tournent avec des intérimaires dont l’exercice ne permet en rien la continuité des soins. Quant à la prévention, elle est largement laissée pour compte. En 20 ans, le nombre de mères et d’enfants suivis par les services de la PMI (protection maternelle et infantile) a été divisé par deux. Un scandale sanitaire et social, puisque la précarité multiplie par cinq les risques d’issues malheureuses.
Julie Valader