En Suisse, dans la station de ski où le terrible incendie du 31 décembre a fait 40 morts et plus d’une centaine de blessés graves, dont des très jeunes et des employés saisonniers, des milliers de personnes ont manifesté leur peine mais aussi leur colère. L’établissement, tenu par un gérant français qui a eu maille à partir avec la justice dans le passé, n’aurait pas été contrôlé depuis cinq ans alors qu’il aurait dû l’être tous les ans. La dangerosité du revêtement « anti-bruit » du plafond, en mousse de polyuréthane et de polyéthylène comportant différents atomes de matières toxiques et surtout très inflammables, aurait été sciemment ignorée, comme lors de l’incendie du sous-sol du bar « Cuba Libre » à Rouen qui avait causé la mort de 14 jeunes en 2016. Une sortie de secours au sous-sol aurait été condamnée, comme dans bien d’autres de ces établissements, pour que personne ne puisse entrer ou partir sans payer. Les autorités, qui ne sont probablement pas toutes blanches non plus, évoquent avec euphémisme « une culture du risque inconsidérée ». La procureure du Valais reconnaît que « manifestement quelque chose n’a pas fonctionné » et une instruction pénale est ouverte. À Rouen, les gérants du bar avaient été condamnés à cinq ans de prison dont trois fermes pour « homicides et blessures involontaires par violation manifestement délibérée d’une obligation de sécurité et de prudence ».
Effet cocktail… bon marché !
Lorsqu’une telle mousse brûle, elle dégage des flammes mais aussi des fumées toxiques chargées en monoxyde de carbone, en acide chlorhydrique, en acide cyanhydrique ou encore en oxyde de soufre : ce que les scientifiques appellent un « effet cocktail ». En quelques dizaines de secondes, on perd sa lucidité, et en quelques minutes, on meurt asphyxié. Quand se rajoute à cela l’effet de panique accentué par l’espace confiné, c’est l’hécatombe assurée comme à Crans-Montana. Certains revêtements insonorisant existent en version ignifugée, ce qui rend toute combustion impossible même au contact d’un chalumeau mais ces matériaux, plus résistants au feu, sont plus coûteux. Alors, comme tous les patrons, les propriétaires et exploitants de lieux festifs, de bars, de cabarets, de discothèques ne sont pas les derniers à faire des économies, en contournant une législation déjà peu contraignante, d’autant que du côté des autorités publiques, les contrôles sont défaillants.
Arrêter l’hécatombe
Depuis 1970, des incendies de discothèques un peu partout dans le monde ont causé la mort de plus de 2500 personnes, et fait des milliers de blessés graves. Comme ce sont souvent des jeunes voire de très jeunes gens qui en sont les victimes, l’émotion populaire et l’écho médiatique sont très forts dans les jours qui suivent l’incendie. La colère des proches des victimes, elle, ne s’éteint jamais face à une société tellement basée sur le fric qu’elle transforme des lieux de fête en tombeaux.
Marie Darouen
