Le 24 mars était jour de grève pour les 2 200 salariés de Securitas Technology. Cette filiale d’une multinationale qui exploite 18 000 personnes en France est spécialisée dans la surveillance électronique 24heures sur 24, notamment la pose et l’exploitation de divers dispositifs comme des caméras. Les conditions de travail y sont dures, avec de longs déplacements pour les techniciens et des journées de 12 heures pour ceux qui surveillent les écrans dans les centres où, d’après un gréviste, « le travail ressemble à l’usine mais avec des cadences aléatoires ». Le secteur a connu une forte concentration ces dernières années, avec des restructurations et suppressions d’emploi permanentes à la clé.
L’un des sites d’Ivry-sur-Seine (94) est lui-même en sursis, avec un déménagement imminent à Issy-les-Moulineaux (92). Pour le patron, que tu aies quinze ou deux ans de boîte, c’est « qui m’aime me suive » à l’autre bout de la région parisienne. Les objectifs sont poussés au maximum avec une exigence d’augmentation annuelle de 8 % des marges – et atteints par la pression managériale et les cadences. Mais les salaires restent au minimum, le plus souvent autour de 1900 euros brut. Pour un travail avec des horaires décalés y compris les week-ends et une certification « carte pro » à repasser tous les cinq ans.
La double annonce d’un chiffre d’affaires de Securitas France qui dépasse pour la première fois le milliard d’euros et de 0,75 % d’augmentation générale a mis le feu aux NAO (négociations annuelles obligatoires). Tous les sites étaient en grève, les deux d’Ivry, le siège à Issy mais aussi à Caluire (69), à Vitrolles (13) et record battu au centre de télésurveillance de Bar-le-Duc (55) avec 100 % de grévistes ! Les grévistes ont tenu des piquets toute la journée, se relayant très nombreux, au point que leur présence a bloqué l’entrepôt de Vitrolles.
Au niveau de la branche, un accord scélérat avait été signé par des organisations syndicales représentatives, qui limitait les augmentations de salaire à 11 % sur trois ans, sauf par la CGT qui revendique au moins 10 % par an. Ce carcan touche à sa fin. Pour l’instant, le président de Securitas Technology, Mathieu Le Tallandier (« le talent d’hier » s’amusent les grévistes qui ne l’ont pourtant jamais vu briller), campe sur ses positions du haut de sa rémunération mirobolante en salaire et bonus. Mais la réussite de cette journée de grève, qui démontre une colère profonde à l’heure où l’augmentation des prix des carburants fait craindre une nouvelle vague d’inflation, donnera à n’en pas douter des idées aux salariés pour organiser des suites.
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