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JO Milan 2026 : la « neutralité politique » … des anciens colons

Pour le comité d’organisation des Jeux olympiques d’hiver 2026 (CIO), il est hors de question que les athlètes haïtiens défilent avec des tenues à l’effigie de Toussaint Louverture. La délégation a été sommée d’effacer le portrait de celui qui, dans le roman national haïtien, est devenu le père fondateur de la première république noire en 1804.

Dans le sport, la neutralité politique à deux vitesses

Le comité justifie sa décision par la « neutralité politique » des JO. Celle-ci est à deux vitesses pour les grandes puissances qui font du sport leur vitrine. Les JO de Paris 2024 avaient ainsi épinglé la Russie pour sa guerre en Ukraine, mais célébré Israël malgré les massacres en cours à Gaza. Une indignation bien sélective… qui reste une marque de fabrique en 2026 : à Milan, on tacle le patriotisme haïtien, mais on salue la cérémonie d’ouverture qui rejoue tous les codes nationalistes et flatte l’extrême droite italienne.

Une révolution que l’impérialisme français garde en travers de la gorge

Un rappel d’une défaite subie il y a plus deux siècles par l’empire colonial français, et c’en est déjà trop pour le comité olympique et son apolitisme de façade. Les esclaves et affranchis haïtiens se sont battus durant 15 ans contre les propriétaires et les exploiteurs, puis contre les troupes napoléoniennes venues rétablir l’ordre et l’esclavage à Saint-Domingue. La lutte pour l’émancipation leur a permis d’arracher l’indépendance politique, faisant perdre à la France sa colonie la plus prospère. Certes, la bourgeoisie française (puis américaine) a su poursuivre son pillage du pays en l’étranglant par la dette. Mais parce que Toussaint Louverture a incarné un temps la révolte de ceux qui n’ont « rien à perdre que leurs chaînes », il ne passe toujours pas auprès des anciens et des nouveaux esclavagistes.

Alexis Micshen