Nos vies valent plus que leurs profits

Kolkhoze, de Emmanuel Carrère

CREATOR: gd-jpeg v1.0 (using IJG JPEG v62), quality = 100

Kolkhoze
Emmanuel Carrère
Éditions P.O.L, 2025, 24 €

 

 

Auteur de l’Adversaire (roman sur l’affaire Jean-Claude Romand) et de plusieurs récits autobiographiques, ainsi que de nombreux livres romancés sur la Russie post soviétique, Carrère revient ici sur l’histoire de sa famille, notamment sur sa mère, Hélène Carrère d’Encausse. Cette dernière était une historienne spécialiste de l’URSS, farouche anti-communiste issue d’une famille de Russes blancs. Par des va-et-vient permanents sur l’histoire de sa famille depuis le XIXe siècle jusqu’aux répercussions de la guerre en Ukraine, le livre fourmille d’anecdotes intéressantes, et de personnages parfois très agaçants mais malgré tout attachants pour certains. Si l’auteur est moins caricatural que sa mère qui, après avoir côtoyé de près les milieux patronaux et politiques, finit sa vie en ardente supporter de Poutine, ou sa grand-tante qui s’exclame « Mais pourquoi ont-ils fait ça ? Cette Révolution ? Nous vivions si bien… », il peine à se détacher du point de vue familial. Persuadé que le bolchevisme est une abomination, il avoue cependant lui-même dès les premières pages être démuni face à l’évolution du monde actuel. Les descriptions souvent passionnantes des décennies qui passent sont pleines de la nostalgie de témoins certes cultivés mais impuissants à peser sur les événements et à les comprendre. Reste le talent indéniable de l’écrivain.

Robin Klimt