Nos vies valent plus que leurs profits

La guerre relancée au Liban

En deux semaines, le Liban compte déjà des centaines de morts, des milliers de blessés, plus de 800 000 déplacés, surtout dans le sud, la vallée de la Bekaa et la banlieue sud de Beyrouth. Israël justifie son nouveau déluge de bombes par la lutte contre le Hezbollah, après la guerre déjà menée à l’automne 2024 et la trêve de novembre, vite rompue. Après plusieurs incursions début mars, une intervention terrestre a été lancée, le ministre de la Défense israélien, Israël Katz, menaçant le Liban de « perte de territoires » et promettant d’agir « comme à Gaza ».

Au Liban, Israël poursuit ses propres objectifs expansionnistes

Avec cette invasion, Israël poursuit son propre agenda colonial. Après la destruction de Gaza, l’accélération de la colonisation de la Cisjordanie et des frappes sur la Syrie, le ministre Smotrich promet d’infliger à la banlieue sud de Beyrouth le sort de Khan Younès, ville palestinienne rasée lors de l’offensive génocidaire à Gaza.

Alors que les États-Unis cherchent avant tout à changer le régime iranien ou à l’obliger à composer avec eux, Netanyahou, lui, vise l’élimination dans la région de tout régime susceptible d’entraver son projet de « Grand Israël », de la mer au Jourdain, vidé de sa population palestinienne – et pourquoi pas étendu à de nouveaux territoires libanais. Là est peut-être la source, et la limite, des dissensions évoquées par la presse entre Trump et Netanyahou. C’est ce qui chiffonne Macron, lui qui, après avoir applaudi la guerre israélienne de l’automne 2024, cherche un compromis : que le Liban reconnaisse Israël, pour éviter une escalade qui perturbe les intérêts de l’impérialisme français dans son ancienne colonie.

Israël conforté dans son rôle de gendarme régional

Netanyahou multiplie les surenchères guerrières. Mais Israël ne pourrait mener cette politique sans le soutien financier et militaire des États-Unis et de leurs alliés, dont la France, qui en ont fait au Moyen-Orient leur gendarme surarmé. Et sans un certain feu vert des grandes puissances. Trump lui-même l’avait déjà donné lors de son premier mandat présidentiel, en reconnaissant à Israël le droit d’annexer Jérusalem et d’étendre ses colonies en Cisjordanie. Quant aux accords d’Israël avec un certain nombre d’États arabes, comme les accords d’Abraham conclus en 2020 sous la houlette des États-Unis, ils ne sont qu’une normalisation des relations entre Israël et plusieurs régimes autoritaires de la région : des accords de paix entre dictatures, mais de guerre contre les peuples.

17 mars 2026, Martin Eraud

 

 


 

 

Sommaire du dossier paru dans le numéro 53 de Révolutionnaires