
À la frontière du documentaire et de la fiction, La Maison des femmes suit Diane, incarnée par Karin Viard, à la tête d’un centre inspiré de celui créé par la gynécologue Ghada Hatem‑Gantzer à Saint‑Denis pour soutenir et soigner les femmes victimes de violences. Des femmes battues, excisées, ou qui se battent pour obtenir des papiers. On découvre cette structure à travers le regard d’Inès, interne stagiaire interprétée par Oulaya Amamra, qui a renoncé à une carrière dans le privé pour intégrer l’équipe.
Le cœur de la Maison bat au rythme de l’équipe engagée qui la fait tenir debout au quotidien, et le film rend avec justesse cette dynamique collective. Assistantes sociales, gynécologues, psychologues, sages-femmes, animatrices d’ateliers sportifs et artistiques, un personnel principalement féminin, travaillent ensemble et agissent à tous les niveaux pour offrir des soins, un accompagnement psychologique mais aussi un soutien administratif et juridique.
La Maison des femmes met en lumière ces femmes accueillies, qui en deviennent les véritables héroïnes. Progressivement, elles apprennent à se raconter, à se rencontrer, à se reconnaître aussi comme victimes – une étape déterminante dans leur reconstruction. Les dispositifs proposés prennent vie à l’écran : un atelier de danse pour se ré-approprier son corps et retrouver le plaisir du mouvement, des groupes de parole pour raconter son histoire, ou encore l’art-thérapie. Le film capte avec sensibilité ces moments réparateurs.
Mais la Maison des femmes est à bout de souffle, subissant de plein fouet les coupes budgétaires. Le film évoque sans détour ces restrictions qui obligent parfois les équipes à choisir entre les projets ou à réduire le temps consacré aux patientes, alors même que la salle d’attente ne désemplit pas. Rien n’est éludé sur les tensions que cela engendre. Face à la pression permanente, l’équipe soignante lutte sans relâche pour obtenir des financements.
À travers des figures comme Manon, interprétée par Laëtitia Dosch, sage-femme épuisée enchaînant les consultations sans pause et peinant à concilier vie professionnelle et personnelle, ou Inès, confrontée à ses propres fragilités, le film dresse le portrait humain de celles qui font vivre ce lieu.
La Maison des femmes s’impose comme un film puissant et réaliste qui rappelle combien ces lieux de reconstruction sont essentiels, tout en signalant leur précarité grandissante – une réalité qui tranche avec les promesses de Macron sur « la grande cause du quinquennat ».
Martin Eraud