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La maison vide, de Laurent Mauvignier

La maison vide, Laurent Mauvignier
Éditions de Minuit, 2025, 752 p., 25 €

Laurent Mauvignier, auteur d’une petite dizaine de romans (notamment le très bon Des hommes, qui traite des souvenirs douloureux de la guerre d’Algérie) devient avec ce livre lauréat du prix Goncourt 2025.

En retournant dans la maison familiale, il redécouvre l’histoire de sa famille sur plusieurs générations. Le suicide de son père quand il avait 16 ans, sa grand-mère découpée aux ciseaux sur chaque photo familiale, dont personne ne parle : c’est l’occasion pour lui de comprendre pourquoi tous ces drames sont arrivés. L’auteur décrit le milieu dans lequel évolue son arrière-grand-mère, celui de notables médiocres de province. Une atmosphère de secret, de non-dit. Le roman retrace la violence et les traumatismes qui rongent petit à petit les membres de sa famille. L’auteur s’intéresse principalement aux femmes, : empêchées de faire carrière comme elles l’entendent, soumises à des mariages malheureux, humiliées et violentées par les hommes de leur entourage, tout en étant obligées de garder cela pour elles et de se taire.

Les moments les plus poignants du roman décrivent l’entrée en guerre en août 1914, ainsi que l’occupation allemande lors de la Seconde Guerre mondiale. Bien que s’inscrivant dans la mode de l’autofiction et des livres sur sa famille, l’auteur ne cherche pas tant à parler de lui, mais à mettre en évidence ce qu’il appelle le « mécanisme meurtrier » de « la fatalité, le nom du déterminisme social ». On ne peut que recommander ce roman excellent et particulièrement intense émotionnellement.

Robin Klimt