Les classes populaires sont sans doute ressorties abasourdies de la répression sans précédent exercée par le régime, notamment les 8 et 9 janvier 2026 (plusieurs dizaines de milliers de morts et de blessés, davantage encore d’arrestations). Mais la contestation ne s’est pas tue pour autant. Elle s’est d’abord exprimée à l’occasion de funérailles de manifestants tués, qui se sont transformées en défis contre le régime, avec danses, applaudissements et cris de « Mort au dictateur ! »
La répression n’a pas étouffé la colère dans les universités
La violence de la répression a brisé de nombreux groupes militants locaux, mais elle a aussi développé de nouveaux foyers de contestation dans des universités n’ayant pas une tradition particulièrement contestatrice. Ainsi, à l’initiative des étudiants en médecine (pharmacie, infirmerie…) – particulièrement confrontés aux conséquences monstrueuses de la répression – s’est construit une campagne de boycott nationale des examens la semaine du 17 février.
La réouverture des universités, le 21 février, a ravivé la mobilisation étudiante à l’occasion de commémorations des morts, qui ont rapidement pris une tournure politique.
La répression brutale n’a – semble-t-il – pas fait de nouveaux morts. Mais ce retour de la contestation a rapidement mené à la fermeture de 80 % des universités jusqu’au printemps.
Un cycle de mobilisations contre le régime
Le mouvement de décembre et janvier derniers a été causé par l’inflation… elle-même certes due aux sanctions internationales, mais pas seulement. Alors que plus de la moitié de la population vit dans la pauvreté et un quart dans l’extrême pauvreté, certains, à la tête du régime, accumulent et étalent leurs richesses sans vergogne.
Cette situation insupportable avait déjà donné lieu à des mouvements contre la vie chère en 2017-2018 et 2019-2020, dans lesquels s’étaient soulevées les classes populaires des régions périphériques jusque-là plutôt acquises au régime.
En 2021, l’Iran a connu plus de 4 000 grèves et actions de protestation pour les salaires, ou contre leur non-versement, dans la pétrochimie, les transports, l’éducation, ou pour l’accès à l’eau, comme dans la région de la minorité nationale arabe du Khouzistan.
Le président ultra-conservateur, Raïssi, avait répondu par un resserrement particulièrement réactionnaire du régime, accentuant les arrestations et les exécutions capitales pour consommation de drogue, homosexualité ou militantisme syndical, et encourageant les familles les plus pauvres à marier leurs filles dès l’âge de 10 ans.
C’est dans ce contexte qu’est intervenue la mort de Mahsa Jina Amini, jeune femme kurde accusée par la police des mœurs d’avoir mal porté son voile, et le mouvement qui s’en est suivi, autour du slogan « Femmes, Vie, Liberté ». Ce mouvement a achevé de démontrer le rejet ultra majoritaire du régime, tout en voyant se développer une nouvelle génération militante, constituée de femmes et d’hommes, notamment au sein de la jeunesse scolarisée et des minorités nationales.
La jeunesse étudiante est une part importante des mobilisations sociales. En janvier dernier, malgré la fermeture préventive des universités et le report des examens en distanciel, des dizaines de milliers d’étudiants ont participé aux manifestations revendiquant la chute du régime.
L’Iran ne manque pas de militantes et militants chevronnés, ouvriers, chômeurs, étudiants, et même d’organisations ouvrières, plus ou moins légales ou clandestines, sans illusion ni sur le régime ni sur les faux alliés impérialistes.
La guerre a certes mis fin à l’agitation, car les pluies de bombes ne sont en aucun cas des points d’appui pour la révolte, mais pas aux raisons de se soulever contre la dictature actuelle, ou contre celle qui ressortira des compromis que les bombardements cherchent à mettre en place.
3 mars 2026. Stefan Ino et J.-B. Pelé