
Les Belles Promesses, de Pierre Lemaitre
Calmann-Lévy, 2026, 512 p., 23,90 €
Après sa trilogie sur l’entre-deux guerres, Les Enfants du désastre, Pierre Lemaitre enchaînait par une tétralogie, Les Années glorieuses, débutant en 1948. Le premier volume situait ses différents personnages au Liban, en France et en Indochine, intitulé Le Grand Monde (du nom du café de Saïgon où se retrouvaient les officiers de l’armée coloniale française). Vient donc de paraître le quatrième volume, Les Belles Promesses, s’achevant cette fois sur l’année 1963.
1963, les « belles promesses » en effet. On retrouve le talent de Pierre Lemaître pour dérouler, au travers des contradictions de ses différents personnages, une formidable fresque historique, sociale et politique de la période, pimentée par le savoir-faire d’une pseudo enquête policière intra-familiale.
1963 donc : l’année de la construction du périphérique parisien. Qui va remporter le marché de la construction du tronçon porte de Vanves à pont de Sèvres, prolongeant celui de porte de Vanves à porte d’Italie ? À coup de pots-de-vin en argent liquide qui servirait « à fluidifier les rapports avec les pouvoirs publics ». Le périph ? L’heure était au « produit idéal du capitalisme qu’était devenue la voiture ». Sans oublier « les sacrifiés du périph », comme sous-titrait un article de l’Humanité : « Derrière les travaux titanesques du boulevard périphérique parisien : des vies brisées, des familles chassées, des travailleurs sacrifiés. Ce sont les laissés-pour-compte du progrès. »
À Paris, le béton et le BTP. À la campagne ? L’heure est au remembrement, « … un ambitieux programme consistant, pour faciliter le travail des paysans, à échanger certaines de leurs terres contre d’autres, afin de supprimer des haies, […] de constituer ainsi de vastes espaces permettant une agriculture plus intensive ».
Bref, plus qu’un roman, un thriller sociologique pour tout savoir du nouveau stade capitaliste des années 1960. Et ne pas manquer, pour en savoir encore plus, les quelques pages de « remerciements » de l’auteur donnant toutes ses références historiques et littéraires. On attend avec impatience la prochaine trilogie (ou « tétralogie » ?) sur les années 1980 que Pierre Lemaitre envisage.
Huguette Chevireau