« Un SDF de 28 ans retrouvé mort dans un hangar, le froid serait à l’origine du décès », « Un sans-abri retrouvé mort de froid sur le parking d’un centre commercial »… Chaque hiver, les morts de la rue remplissent les rubriques « faits divers » de la presse locale et nationale. Les vagues de froid sont particulièrement difficiles pour les SDF, mais la véritable cause de ces morts n’est pas le froid : c’est la privation d’un logement chauffé que la société capitaliste impose à une fraction croissante des classes populaires. D’ailleurs, si la presse s’en fait moins l’écho, les SDF meurent autant l’été. Les conditions de vie dans la rue, le manque de sommeil, la recherche permanente de nourriture et d’un coin pour dormir, les difficultés à prendre une douche, les violences qui en découlent, en particulier pour les femmes, sont autant de facteurs réduisant l’espérance de vie à la rue, à peine soulagée par le travail des associations et la solidarité de quelques riverains. Le collectif Les Morts de la rue a recensé 912 morts de « sans chez soi » en 2024, un record, et il chiffre provisoirement à 746 le nombre de morts en 2025. L’âge moyen au décès est de 47,7 ans, soit 32 ans de moins que la population générale.
On entend parfois dire que devenir SDF, « ça peut arriver à tout le monde ». Il y a sans doute quelques exemples pour l’illustrer liés à des ruptures professionnelles ou familiales difficiles ou des troubles psychiatriques mal pris en charge. Mais il y a quand même des facteurs sociaux déterminants. Le premier est l’absence de papier en règle pour de nombreux migrants fuyant des guerres, des oppressions ou simplement la misère. Vient ensuite une enfance difficile : l’anniversaire des 18 ans n’est pas une fête pour la grande majorité des enfants placés à l’aide sociale à l’enfance (ASE). 98 % des personnes anciennement placées déclarent avoir déjà été sans domicile. Ce sont enfin des précaires et chômeurs de longue durée, qui ne parviennent plus à sortir la tête de l’eau, n’ont pas les garanties suffisantes pour accéder à un logement stable ou subissent le racisme des propriétaires et agences immobilières. Les conséquences sont particulièrement dramatiques pour celles et ceux qui n’ont pas de réseau familial ou amical pour les accueillir dans les mauvais moments. Ce sont ceux-là qui subissent les coups orchestrés par les gouvernements successifs, facilitant les expulsions locatives et criminalisant les impayés, en bonne défense de la sainte propriété privée.
Le sans-abrisme est le symptôme d’une société malade du capitalisme. La promesse en l’air d’un Macron affirmant en 2017 (!) qu’il n’y aurait plus personne à la rue « avant la fin de l’année » n’y a rien changé. Pour résorber la misère, il faut rompre avec le système qui l’engendre, en commençant par réquisitionner d’urgence les logements vides et régulariser tous les sans-papiers, puis en construisant des logements en nombre suffisant, en réduisant les loyers, en interdisant les licenciements et suppressions d’emplois et en augmentant les salaires.
Maurice Spirz