Nos vies valent plus que leurs profits

Lubrizol veut faire partir en fumée 169 emplois

La multinationale Lubrizol veut liquider 145 emplois à Rouen et 24 à Oudalle (près du Havre), arguant de la baisse de la consommation de carburant en Europe en raison de la montée en gamme des motorisations électriques.

Ce serait une véritable saignée pour l’usine rouennaise, spécialisée dans la production d’additifs pour lubrifiants, comptant 374 salariés et que tout le monde connaît dans la région, et bien au-delà, depuis l’incendie de 2019. La direction veut y fermer deux unités de production sur quatre, en les présentant comme pas assez rentables, ainsi que les services « achats, support et facturation ». Une partie de l’activité doit être transférée au Havre, d’autres parties en Inde, en Chine ou en Angleterre. Le service douane passerait ainsi de vingt personnes à une seule, avec l’externalisation de ce service. Pour l’usine d’Oudalle, un atelier qui produit un composant chimique désormais interdit en France va fermer.

La brutalité de l’annonce ressemble bien aux méthodes patronales qui caractérisent Lubrizol : recherche d’un maximum de profits et cynisme sans fard, comme ont pu l’éprouver toutes les victimes de l’incendie de 2019, véritable crime industriel, qui attendent toujours le procès pénal pouvant faire établir la culpabilité de la firme, propriété du multimilliardaire américain Warren Buffet. De 2019 à 2023, Lubrizol a engrangé plus de 363 millions d’euros de bénéfices cumulés. Ses fonds propres sont passés en quelques années de 150 à 760 millions d’euros. Il y a donc encore largement de la marge pour continuer à payer l’ensemble des salariés, et même en embaucher beaucoup pour que les conditions de sécurité soient enfin à la hauteur de la dangerosité des installations et pour financer tous les procédés de reconversion de l’outil de production qui s’avéreraient nécessaires.

À Lubrizol, comme ailleurs, aucun emploi ne doit disparaître. Mardi 18 février, à l’appel la CGT, rejointe à l’arrache par la CFDT, un mot d’ordre de grève d’une semaine sur l’usine rouennaise, avec l’arrêt des productions et des expéditions à la clé, a été lancé. Un piquet est en place devant l’usine, tous les soutiens y sont les bienvenus : c’est le message délivré par les grévistes, pour lesquels le bras de fer avec leur patron voyou ne fait que commencer.

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