Chère Association Résistance a l’agression publicitaire – groupe Lyon,
Permettez-nous de ne pas répondre directement à votre questionnaire mais de vous écrire ce texte qui nous permet d’exprimer plus précisément notre réflexion sur cette pratique.
En tant que communistes révolutionnaires, nous souhaitons abolir la propriété privée des moyens de production. Celle-ci, alors placée sous le contrôle de l’ensemble des travailleurs et travailleuses, pourrait être orientée de manière à répondre aux besoins de l’humanité et non de manière à générer du profit pour une infime minorité de capitalistes. Cette recherche de profit est d’ailleurs ce qui fonde la nécessité de la publicité marchande. En abolissant la première, on supprimerait les bases de la seconde.
Nous partageons les reproches que vous adressez à la publicité. D’une part, bien loin de stimuler nos désirs, elle les oriente et a tendance à les enfermer dans le cadre étriqué de la consommation marchande. Elle est donc un obstacle au libre épanouissement des individus. D’autre part, il est indéniable qu’elle a un impact nocif sur la santé, l’environnement mais aussi sur la dignité humaine. Qu’on pense à la promotion de l’alcool, des modes de déplacement les plus polluants ou à la place des femmes et à l’utilisation de leur corps dans les publicités, pour ne prendre que ces exemples.
Comme l’ensemble des mesures que nous souhaitons mettre en avant dans cette campagne, nous ne pensons pas qu’il soit réellement possible d’agir contre la publicité sans une mobilisation massive du monde du travail et de la jeunesse. En effet, s’attaquer à cette pratique entraînerait nécessairement une résistance des capitalistes à qui elle profite. L’un de leurs arguments phares pour justifier les annonces marchandes dans l’espace public, est que celles-ci financent certains services municipaux et notamment les infrastructures de transport. Mais, de l’aveu du Sytral, les recettes publicitaires ne représentent que 0,4 % de ses recettes totales. Concernant l’entretien des abribus et du service Velov’, JC Decaux, qui en a la charge en échange d’espaces publicitaires, annonce 378 millions d’euros de chiffre d’affaires sur 15 ans grâce à ce contrat. À titre de comparaison, la seule fortune de Jean-Michel Aulas est estimée à 450 millions d’euros.
Nous avançons dans notre programme le développement de l’offre de transport en commun et leur gratuité. Pour financer ces mesures, nous affirmons qu’il faut prendre sur les profits des capitalistes installés dans la métropole : ceux de Jean-Michel Aulas bien sûr, mais aussi ceux des entreprises du couloir de la chimie, de la pharmacie, des grands centres commerciaux, etc. On prend majoritairement les transports en commun pour aller travailler, c’est donc aux capitalistes de payer ! L’augmentation du versement mobilité par les entreprises pourrait largement financer la gratuité réelle des transports publics de la métropole ; gratuité réelle, c’est-à-dire sans contrepartie publicitaire !
D’autre part, une mairie communiste révolutionnaire aurait à cœur de mettre en avant les luttes des travailleurs et travailleuses ainsi que des habitants et habitantes de la métropole. Nous encouragerions donc la population à s’emparer des espaces aujourd’hui occupés par la publicité marchande pour visibiliser leurs combats mais aussi leurs initiatives culturelles et artistiques. La gestion de tels espaces ne pourrait alors s’appuyer que sur la mobilisation des habitants, par exemple au travers de conseils de quartiers coordonnés à l’échelle de la métropole.
Pour résumer, nous partageons avec vous la volonté d’abolir la publicité marchande. Mais, nous pensons que cette lutte est inséparable de celle pour le renversement du capitalisme et qu’elle ne peut s’appuyer que sur la mobilisation du monde du travail et de la jeunesse.
Salutations révolutionnaires,
Pour le NPA-R Lyon, Raphaëlle Mizony et Anthony Bruno