« L’arme de l’inéligibilité devra être utilisée avec beaucoup plus de rigueur », écrivait Marine Le Pen en 2012… La voilà prise au mot, avec une condamnation à quatre ans de prison dont deux ferme et cinq années d’inéligibilité. Et les cadres du RN de venir aboyer sur les plateaux en défense de leur patronne. Quand de grosses pointures de la bourgeoisie tombent sous le coup de leur propre justice, ça crie au scandale. Un retour de bâton pourtant réjouissant !
Car Marine Le Pen est reconnue coupable d’avoir détourné de l’argent public, 4 millions d’euros, pour faire tourner son parti et avoir fait croquer les fidèles, la famille et les copains. Sa sœur, sa belle-sœur, son ex, son assistante, tous étaient rétribués entre 5000 et 9000 euros pour des tâches dont ils ne s’acquittaient pas. Le Pen payait même le majordome de papa avec l’argent du Parlement. Imaginons la réaction de tout ce beau monde si un jeune ou un simple travailleur volait 4 millions d’euros !
Et pourtant, de l’extrême droite à la gauche, en passant par Bayrou qui s’est dit « troublé », tous viennent au secours de Le Pen. Même Mélenchon, en déclarant que « la décision de destituer un élu devrait revenir au peuple ». Mais c’est tout vu pour beaucoup, ce culot à se dire championne du droit et de l’ordre… et à s’asseoir dessus !
C’est la démocratie qu’on assassine ?
Tête haute et mains dans la caisse, les soutiens de Le Pen affirment que la démocratie est en danger. Même Poutine, Orbán et Musk osent pleurer sur la démocratie bafouée ! La peine prononcée doit s’exécuter immédiatement, même si Le Pen fait appel : elle sera donc privée de présidentielle. Et c’est ça pour eux, le summum de la démocratie : aller voter une fois tous les cinq ans pour une millionnaire tricheuse, raciste et au service du patronat !
Le RN se pose en victime, en martyr d’un « système » qui voudrait sa peau. Or, c’est tout le contraire ! Au fil des années, les idées et mensonges réactionnaires et racistes du RN sont repris à des degrés divers par les partis du pouvoir institutionnel. Depuis neuf mois, le RN est carrément intégré à une forme de coalition parlementaire qui va du PS à l’extrême droite, derrière Bayrou et Macron. Sur le plan international aussi, le RN se pose en parti respectable, reçu par Trump et Netanyahou. À l’occasion des dernières législatives, il a d’ailleurs quelque peu nettoyé son programme des promesses sociales les moins acceptables pour le patronat, notamment la retraite à 62 ans. L’épisode du procès Le Pen confirme que le RN est un parti bien bourgeois, jusque dans les magouilles et le pouvoir lié au pognon de cette classe. Un parti anti-ouvrier. Et avec ou sans Marine Le Pen, évidemment il le restera !
Un jugement n’a jamais fait taire l’extrême droite
Il n’est pourtant pas exclu que Le Pen et ses proches cherchent à tirer profit de leur condamnation, en termes de popularité qui se reporterait sur le successeur pressenti, Jordan Bardella. D’autres dirigeants d’extrême droite, Trump le premier, ont pu jouer sur cette corde pour accéder au pouvoir. Qu’importe qu’ils promettent la probité, qu’ils disent comme l’avait fait Bardella en novembre dernier qu’avoir un casier judiciaire est incompatible avec le fait de se présenter aux élections : une fois condamnés, ils crient au complot !
On n’en a évidemment pas fini avec l’extrême droite. Ce jugement a le mérite de révéler que le RN est un parti finalement comme les autres (se faire attraper pour détournement de fonds public, c’est quasiment un rite initiatique dans ce milieu politicien). Pour faire reculer l’extrême droite, il va falloir défendre haut et fort nos idées de solidarité et internationalistes, et faire vivre dans la lutte de classe l’unité de tous les travailleurs pour leurs conditions de travail et de vie, contre les divisions racistes distillées par les exploiteurs et les politiciens qui en défendent les intérêts, RN en tête.
Editorial du NPA Révolutionnaires du 1er avril 2025