Nos vies valent plus que leurs profits

Palestine

Haïm Korsia, le patron du judaïsme français, a accordé une interview à BFM TV dans laquelle il s’aligne complètement sur Netanyahou et le gouvernement israélien. Il se livre à une apologie des massacres à Gaza en affirmant que « tout le monde serait content qu’Israël finisse le boulot » et d’ajouter : « Je n’ai absolument pas à rougir de ce qu’Israël fait » puis, plus loin : « Je ne suis jamais mal à l’aise avec une politique qui consiste à défendre ses ressortissants. » La démarche de Korsia, grand rabbin de France et un des membres les plus en vue de la communauté juive, consiste en fait à laisser entendre que tous les Juifs (auxquels il ne demande pas leur avis) sont solidaires du génocide des Gazouis. Une attitude déplorable qui ne peut que contribuer au développement des sentiments et des actes antisémites qui se sont multipliés ces derniers mois.

Le site de Mediapart vient de publier un appel, signé dans un premier temps par plus de 70 personnalités d’origine juive de France, d’Israël, de Belgique, d’Espagne, des Pays-Bas, de Suède, d’Allemagne, etc. appelant à la solidarité avec les Palestiniens et au jugement des criminels de guerre et de leurs complices. Cet appel dit notamment :
« Depuis plus de dix mois, tous les jours à Gaza, des vieillards, des femmes, des enfants, des hommes sont sciemment visés et tués. L’occupant attaque les écoles, les hôpitaux, les campements de réfugiés. Il s’acharne sur les médecins, les journalistes, les athlètes. Il organise la famine. L’occupant torture les prisonniers comme l’a démontré le rapport de B’Tselem… Le monde sait et les dirigeants se taisent… Pire, ils continuent de fournir armes et munitions aux génocidaires… Nous, Juives et Juifs, parce que le crime se commet en notre nom, parce que nous refusons d’être complices de ce crime atroce, parce que nous refusons que l’antisémitisme (qui est notre histoire intime) soit utilisé pour justifier l’horreur. Nous appelons à la solidarité concrète avec la population de Gaza martyrisée, nous appelons à exiger le cessez-le-feu et l’arrêt de cette tuerie, nous appelons tous les pays à sanctionner l’État d’Israël, nous appelons au jugement des criminels de guerre et de leurs complices. »

L’ONU, l’OMS et l’Unicef appellent à des pauses humanitaires de sept jours dans la bande de Gaza. En effet, un cas de poliomyélite, maladie mortelle extrêmement contagieuse, a déjà été détecté et ces institutions internationales disent souhaiter pouvoir vacciner 640 000 enfants. L’enfer pour les Gazaouis continue et on compte déjà plus de 40 000 morts. Mais le boucher Netanyahou, habitué des crimes contre l’humanité, n’est pas à quelques milliers de morts près et ce ne sont pas quelques paroles de supplication venant de l’ONU qui le feront changer de politique.

Jeudi 15 août, une attaque de colons juifs armés contre un village palestinien a fait au moins un mort et un blessé grave. L’extension de la colonisation en Cisjordanie s’accélère depuis le 7 octobre 2023, les exactions se multiplient et au moins 633 Palestiniens y ont déjà été tués par l’armée ou des colons. Le gouvernement d’extrême droite de Benyamin Netanyaou profite de la guerre qu’il mène contre Gaza pour prôner l’extension de la colonisation et même l’annexion pure et simple de l’intégralité de la Cisjordanie, occupée depuis 1967. Alors, le président d’Israël, Isaac Herzog, peut bien dénoncer ce dernier « pogrom », ce n’est qu’hypocrisie, car c’est toute la politique sioniste qui l’a rendu possible.

Les États-Unis viennent d’approuver la vente de plus de 20 milliards de dollars (18,7 milliards d’euros) d’armement supplémentaire à leur allié israélien. La commande comprend notamment cinquante avions de chasse F-15, près de 33 000 munitions pour tanks et 50 000 obus de mortier. Le Département d’État a déclare à ce propos : « Les États-Unis sont attachés à la sécurité d’Israël et il est vital pour les intérêts nationaux américains d’aider Israël à développer et à garder une importante capacité d’autodéfense. » Le mythe selon lequel des munitions ne serviraient qu’a « l’autodéfense » de l’État sioniste a fait long feu. Ces avions, munitions pour tanks et obus de mortier serviront d’abord et avant tout à massacrer la population palestinienne de Gaza. À bas les assassins de Jérusalem et de Washington !

C’est devenu un secret de Polichinelle au point que même les médias israéliens en parlent désormais ouvertement. Plusieurs proches du Premier ministre, Benyamin Netanyahou, demandent à ce dernier de se débarrasser de son ministre de la Défense, Yoav Gallant, et de l’exclure du cabinet de guerre pour ses positions « anti-israéliennes ». En effet, au cours de ces dernières semaines, Gallant n’a pas hésité à se montrer très critique de son patron. Il lui reproche, pêle-mêle, de freiner l’incorporation des jeunes juifs ultra-religieux dans l’armée (ce que refusent les partis orthodoxes qui soutiennent le gouvernement), de braquer l’administration américaine (notamment pour son soutien affiché à Donald Trump et son refus de négocier sur Gaza) et enfin son triomphalisme. Il a qualifié de « roulements de tambours de guerre sans consistance » l’affirmation de Netanyahou selon laquelle il obtiendrait « une victoire totale sur le Hamas ». Et de rappeler que non seulement les combattants du Hamas continuaient de se battre dans les zones prétendument « nettoyées » par l’armée israélienne mais que, de plus, l’influence du mouvement islamiste ne cessait de croitre en Cisjordanie, en Jordanie, au Liban et partout où se trouvent des Palestiniens. Gallant, qui appartient au Likoud, le parti de la droite nationaliste de Netanyahou, est en train de « se vendre » à l’administration Biden, aux puissances occidentales et à une partie de son opinion publique, comme une alternative raisonnable mais sûre et sans risque à un Netanyahou largement discrédité et otage de l’extrême droite religieuse et suprémaciste.

Nouveau crime de guerre de l’armée sioniste. Une frappe aérienne israélienne sur une école coranique a fait au moins 93 morts. Situées dans le centre de Gaza-Ville, l’école al-Tabi’een et la moquée adjacente ont été touchées dans la nuit de vendredi à samedi. Elles servaient d’abri à environ 250 personnes déplacées, dont beaucoup d’enfants. Des dizaines d’autres personnes ont été blessées, dont certaines sont en soins intensifs et il y a de nombreux morceaux de corps non identifiés et de personnes disparues. Avec son cynisme et sa morgue habituels l’armée israélienne a affirmé que son action visait « des terroristes ». Mais on sait que pour elle tout Palestinien est un « terroriste » en puissance.

Lorsqu’elle a succédé à Joe Biden comme candidate à l’investiture démocrate pour la prochaine élection présidentielle de décembre, Kamala Harris avait promis qu’elle ne resterait pas silencieuse sur le sort de la population de Gaza. Or jusqu’à présent elle n’a rien dit. Pourtant, elle en a eu l’occasion lors du grand meeting qu’elle a tenu à Philadelphie avec son colistier, Tim Waltz. Elle a été interpellée de la salle par un groupe de militants pro-palestiniens qui lui demandaient d’aborder cette question. Elle a botté en touche… et fait évacuer « les perturbateurs » vers la sortie par le service d’ordre. Ça commence fort…

Le site CAPJPO-Europalestine (Coordination des appels pour une paix juste au Proche-Orient) a consacré un long article à trois objecteurs de conscience (refuzniks) de 18 ans qui se sont présentés cette semaine au centre de recrutement de l’armée israélienne de Tel Hashomer, près de Tel Aviv, et ont déclaré leur refus de s’enrôler dans le service militaire obligatoire en signe de protestation contre l’occupation et la guerre actuelle de Gaza. Yuval Moav, Oryan Mueller et Itamar Greenberg ont chacun été jugés et condamnés à une première peine de 30 jours de prison militaire, qui est susceptible d’être renouvelée et prolongée. Avant d’être jugés ils ont chacun publié une déclaration expliquant leur acte. Greenberg a déclaré : « Une société juste ne peut pas être construite sur des canons de fusil ». Moav, s’adressant aux Palestiniens a affirmé : « Par mon simple acte, je veux être solidaire de vous. Je reconnais également que je ne représente pas l’opinion majoritaire dans ma société. Mais par mon action, j’espère faire entendre la voix de ceux d’entre nous qui attendent le jour où nous pourrons construire un avenir commun [et] une société fondée sur la paix et l’égalité, et non sur l’occupation et l’apartheid. » Quant à Mueller il a expliqué : « La guerre à Gaza est la manière la plus extrême dont l’État d’Israël profite du désir de vengeance pour faire avancer l’oppression et la mort en Israël-Palestine… La lutte contre la guerre ne suffit pas. Nous devons combattre les mécanismes structurels qui la rendent possible. » Plusieurs dizaines de personnes étaient venues les soutenir lors d’une manifestation devant le centre de recrutement, au moment où Moav recevait sa sentence. Un geste symbolique mais courageux dans un pays ravagé par la haine xénophobe et guerrière.