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Palestine

Le chef de l’agence onusienne pour les réfugiés palestiniens (Unrwa), Philippe Lazzarini, a accusé Israël d’avoir frappé « sans avertissement préalable » une école de son organisation abritant 6 000 personnes déplacées. La frappe a eu lieu à Nousseirat, dans le centre de la bande de Gaza. Selon lui les forces israéliennes n’ont donné aucun « avertissement préalable, ni aux personnes déplacées ni à l’Unrwa », rappelant que son agence « partage les coordonnées de toutes (ses) infrastructures (y compris de cette école) avec l’armée israélienne et les autres parties au conflit ». Pour l’ONG israélienne de défense des droits humains B’Tselem, cette frappe « constitue potentiellement un crime de guerre ». Depuis le début de la guerre plus de 180 structures de l’Unrwa ont été touchées, ce qui a entraîné la mort de plus de 450 personnes déplacées.

Des photos d’un prisonnier, yeux bandés et mains sur la tête, et de détenus derrière des grilles sont parus dans la presse israélienne et ont révélé l’existence d’un centre de détention jusqu’alors inconnu dans la base militaire de Sede Teman, dans le sud du pays. La Croix-Rouge n’y est jamais entrée et un médecin israélien qui a visité des prisonniers blessés sous couvert d’anonymat, témoigne : « Dans la tente-hôpital, il y avait deux rangées de dix lits. Je n’ai pas su qui ils étaient. Ces patients n’avaient pas de nom. Ces blessés avaient les mains et les pieds menottés au lit. Ils avaient les yeux bandés, ils étaient nus et portaient juste une couche-culotte. » Le port de menottes jour et nuit aurait provoqué de graves blessures qui ont conduit à au moins deux cas d’amputations et, selon le quotidien Haaretz, 27 détenus seraient décédés de blessures ou faute de soins durant leur incarcération. Pour l’instant l’armée sioniste a refusé de confirmer l’existence de ce Guantanamo israélien en promettant « d’enquêter ». Une façon de se moquer du monde.

C’est au Zénith de Caen, dans le Calvados, que s’est déroulée la 6e édition du Prix Liberté. Créé par la région Normandie et décerné par des jeunes du monde entier de 15 à 25 ans consultés par Internet, il récompense chaque année une personnalité ou une organisation engagée dans un combat pacifique. Cette année plus de 14 000 jeunes avaient répondu à l’appel et ont choisi le jeune journaliste palestinien Motaz Azaïza pour sa couverture de la guerre de Gaza. Comme il est très difficile pour les journalistes étrangers d’entrer à Gaza, « il se sent investi d’une cause : témoigner au monde entier et en temps réel de la vie sous les bombes dans l’enclave palestinienne », explique une vidéo de présentation du Prix. L’une de ses photos a été classée parmi les 10 meilleurs clichés de l’année par le Time Magazine. Dès l’annonce de sa nomination, la droite, l’extrême droite, une partie des macronistes et des organisations sionistes et assimilées ont demandé que ce prix lui soit retiré en l’accusant d’être « antisémite ». Une rengaine éculée qui commence à fatiguer.

L’armée israélienne poursuit son offensive sur Rafah, alors que le bilan s’élève désormais à 36 479 morts dont 95 au cours des dernières 48 heures. De son côté, l’ONU, en se basant sur des images satellite, estime qu’environ 55 % des bâtiments de Gaza ont été endommagés ou détruits suite à la guerre. La quasi-totalité des bâtiments concernés sont des logements, au nombre de 135 142. Cette estimation est basée sur des images satellite collectées le 3 mai et comparées à d’autres images prises depuis mai 2023, y compris le 15 octobre dernier, quelques jours après le début de la guerre. Mais les autorités de Jérusalem continuent d’affirmer – avec cynisme et toute honte bue – que les opérations militaires ne sont pas dirigées contre la population civile.

Une enquête menée par le quotidien britannique The Guardian, et les magazines israélo-palestiniens +972 et Local Call, révèle comment Israël a espionné, piraté et fait pression sur le personnel de la Cour pénale internationale (CPI) enquêtant en 2021 sur de possibles crimes de guerre commis par l’État hébreu en Cisjordanie occupée. Intitulée « Surveillance et interférence : la guerre secrète d’Israël contre la CPI dévoilée », cette enquête a été publiée une semaine après que le procureur de la CPI, Karim Khan, a réclamé des mandats d’arrêt contre Benjamin Netanyahou et des dirigeants du Hamas. C’est la prédécesseure de Khan, Fatou Bensouda, qui a été victime de ces attaques. Le chef du Mossad, Yossi Cohen, un proche allié de Netanyahou, avait fait intercepter ses communications (appels téléphoniques, messages, courriels…) et l’avait même directement menacée en lui déclarant : « Vous devriez nous aider et nous laisser prendre soin de vous. Vous ne voulez pas vous engager dans des choses qui pourraient compromettre votre sécurité ou celle de votre famille. » L’État sioniste est loin d’être le seul à utiliser ces méthodes de voyou, mais il le fait avec un cynisme provoquant.

TF1 et LCI, qui appartiennent au groupe Bouygues, ont déroulé le tapis rouge au Premier ministre israélien qui a pu, sans être réellement contredit par le journaliste qui l’interrogeait, débiter sa propagande primaire sur la guerre meurtrière qu’il mène à Gaza. Par exemple, selon lui, « le nombre de pertes civiles… est le plus bas qu’on a vu dans une guerre urbaine » et il a qualifié de « calomnies antisémites » les accusations de cibler des civils ou de les affamer. À quand, au nom de l’équité, l’interview d’un dirigeant palestinien sur des chaines de grande écoute ? Pour protester contre cette mascarade de journalisme et manifester leur indignation, 2 500 personnes s’étaient rassemblées devant la tour des sièges de TF1 et de LCI, à Boulogne-Billancourt, en banlieue parisienne. À défaut de pouvoir atteindre l’immeuble, isolé par un important dispositif policier, ils se sont réunis aux cris de « Gaza, Gaza, Paris est avec toi », « Un cessez-le-feu maintenant » ou encore « Israël assassin ».

La présidence de l’université Sorbonne-Paris-Nord a rendu publique le 23 mai, sa décision de ne pas reconduire le contrat d’un enseignant qui avait mentionné la situation à Gaza dans un examen. L’université discrédite d’office les appels à la fin du génocide en Palestine qu’elle associe à une « provocation » et un appel à « tous types de violences ». La violence se trouve pourtant bien dans les massacres commis par l’État israélien… et dans les choix que font les universités de réprimer le soutien au peuple palestinien.