Nos vies valent plus que leurs profits

Palestine

C’est au Zénith de Caen, dans le Calvados, que s’est déroulée la 6e édition du Prix Liberté. Créé par la région Normandie et décerné par des jeunes du monde entier de 15 à 25 ans consultés par Internet, il récompense chaque année une personnalité ou une organisation engagée dans un combat pacifique. Cette année plus de 14 000 jeunes avaient répondu à l’appel et ont choisi le jeune journaliste palestinien Motaz Azaïza pour sa couverture de la guerre de Gaza. Comme il est très difficile pour les journalistes étrangers d’entrer à Gaza, « il se sent investi d’une cause : témoigner au monde entier et en temps réel de la vie sous les bombes dans l’enclave palestinienne », explique une vidéo de présentation du Prix. L’une de ses photos a été classée parmi les 10 meilleurs clichés de l’année par le Time Magazine. Dès l’annonce de sa nomination, la droite, l’extrême droite, une partie des macronistes et des organisations sionistes et assimilées ont demandé que ce prix lui soit retiré en l’accusant d’être « antisémite ». Une rengaine éculée qui commence à fatiguer.

L’armée israélienne poursuit son offensive sur Rafah, alors que le bilan s’élève désormais à 36 479 morts dont 95 au cours des dernières 48 heures. De son côté, l’ONU, en se basant sur des images satellite, estime qu’environ 55 % des bâtiments de Gaza ont été endommagés ou détruits suite à la guerre. La quasi-totalité des bâtiments concernés sont des logements, au nombre de 135 142. Cette estimation est basée sur des images satellite collectées le 3 mai et comparées à d’autres images prises depuis mai 2023, y compris le 15 octobre dernier, quelques jours après le début de la guerre. Mais les autorités de Jérusalem continuent d’affirmer – avec cynisme et toute honte bue – que les opérations militaires ne sont pas dirigées contre la population civile.

Une enquête menée par le quotidien britannique The Guardian, et les magazines israélo-palestiniens +972 et Local Call, révèle comment Israël a espionné, piraté et fait pression sur le personnel de la Cour pénale internationale (CPI) enquêtant en 2021 sur de possibles crimes de guerre commis par l’État hébreu en Cisjordanie occupée. Intitulée « Surveillance et interférence : la guerre secrète d’Israël contre la CPI dévoilée », cette enquête a été publiée une semaine après que le procureur de la CPI, Karim Khan, a réclamé des mandats d’arrêt contre Benjamin Netanyahou et des dirigeants du Hamas. C’est la prédécesseure de Khan, Fatou Bensouda, qui a été victime de ces attaques. Le chef du Mossad, Yossi Cohen, un proche allié de Netanyahou, avait fait intercepter ses communications (appels téléphoniques, messages, courriels…) et l’avait même directement menacée en lui déclarant : « Vous devriez nous aider et nous laisser prendre soin de vous. Vous ne voulez pas vous engager dans des choses qui pourraient compromettre votre sécurité ou celle de votre famille. » L’État sioniste est loin d’être le seul à utiliser ces méthodes de voyou, mais il le fait avec un cynisme provoquant.

TF1 et LCI, qui appartiennent au groupe Bouygues, ont déroulé le tapis rouge au Premier ministre israélien qui a pu, sans être réellement contredit par le journaliste qui l’interrogeait, débiter sa propagande primaire sur la guerre meurtrière qu’il mène à Gaza. Par exemple, selon lui, « le nombre de pertes civiles… est le plus bas qu’on a vu dans une guerre urbaine » et il a qualifié de « calomnies antisémites » les accusations de cibler des civils ou de les affamer. À quand, au nom de l’équité, l’interview d’un dirigeant palestinien sur des chaines de grande écoute ? Pour protester contre cette mascarade de journalisme et manifester leur indignation, 2 500 personnes s’étaient rassemblées devant la tour des sièges de TF1 et de LCI, à Boulogne-Billancourt, en banlieue parisienne. À défaut de pouvoir atteindre l’immeuble, isolé par un important dispositif policier, ils se sont réunis aux cris de « Gaza, Gaza, Paris est avec toi », « Un cessez-le-feu maintenant » ou encore « Israël assassin ».

La présidence de l’université Sorbonne-Paris-Nord a rendu publique le 23 mai, sa décision de ne pas reconduire le contrat d’un enseignant qui avait mentionné la situation à Gaza dans un examen. L’université discrédite d’office les appels à la fin du génocide en Palestine qu’elle associe à une « provocation » et un appel à « tous types de violences ». La violence se trouve pourtant bien dans les massacres commis par l’État israélien… et dans les choix que font les universités de réprimer le soutien au peuple palestinien.

Lors d’un déplacement en Israël, Niki Haley, ancienne rivale de Donald Trump à l’investiture républicaine, s’est amusée à écrire un petit mot sur un obus israélien destiné à être tiré vers le sud Liban. Le court message disait : « Achevez-les tous ! » Du meilleur goût. La scène a été immortalisée dans une vidéo filmée fièrement par Danny Danon, député du Likoud, le parti de Netanyahou, et ancien ambassadeur de son pays à l’ONU. C’est à ce genre de détail que l’on mesure le cynisme et l’inhumanité de ces gens-là.

Le député insoumis Aymeric Caron a réalisé un documentaire intitulé Gaza depuis le 7 octobre agrégeant sept mois d’images de la guerre dans la bande de Gaza. Il a utilisé des vidéos de journalistes palestiniens, de médias français et étrangers, de l’armée israélienne et d’habitants gazouis. Il a été présenté le 29 mai dans la salle de cinéma de l’Assemblée nationale. Selon Aymeric Caron, « seuls 10 députés sur 576 » s’étaient inscrits à la projection. Au final, une quinzaine y a assisté. « Cette Assemblée me fait honte ! », a-t-il pesté sur les réseaux sociaux. Rappelons que le 14 novembre dernier, un autre film, compilé cette fois par les autorités israéliennes sur le massacre commis par le Hamas le 7 octobre et montré à l’initiative du député Renaissance Mathieu Lefèvre, président du groupe d’amitié France-Israël, avait réuni plusieurs dizaines de députés dans la même salle. Preuve que chez nombre d’élus, certains massacres sont plus dignes d’attention que d’autres.