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Palestine

Dimanche 24 mars, Macron a téléphoné au Premier ministre israélien Netanyahou pour l’engager à ne pas expulser les Gazaouis de leur territoire, considérant que ce serait un « crime de guerre ». Des crimes de guerre, cela fait plus de cinq mois que l’armée israélienne en commet tous les jours. Si Macron voulait les empêcher, il emploierait bien d’autres moyens d’action que cette vague protestation pour la galerie.

Le Quai d’Orsay a annoncé que des poursuites judiciaires pourront être entreprises contre certains des 4 000 soldats franco-israéliens qui ont perpétré des crimes dans la bande de Gaza. Sur les réseaux sociaux, plusieurs vidéos montrent des ressortissants binationaux commettre des actes susceptibles d’êtres qualifiés de crimes de guerre. Sur l’une d’entre elle un soldat filme avec son smartphone un prisonnier palestinien à moitié nu et ligoté, alors qu’il vient d’être éjecté d’un pick-up. « T’as vu son dos. Ils l’ont torturé. Il s’est pissé dessus. Fils de pute. Fils de putain… », commente dans un français parfait celui qui tient la caméra. Dans une autre on voit un soldat qui chante La Marseillaise tout en se vantant des massacres qu’il s’apprête à commettre dans l’enclave palestinienne… À ce propos, Christophe Lemoine, le porte-parole adjoint du ministère des Affaires étrangères, a affirmé : « Je voudrais apporter un éclaircissement sur le sujet des soldats franco-israéliens engagés dans l’armée israélienne et à ce sujet je voudrais notamment rappeler que la justice française est compétente pour reconnaître des crimes commis par des ressortissants français à l’étranger, y compris dans le cadre du conflit en cours. » Fort bien. Mais il faudra d’abord que les soldats repérés soient identifiés en sachant qu’Israël n’extrade jamais ses ressortissants. Et si ces derniers reviennent en France ils pourront toujours se réfugier dans l’État sioniste au cours de l’instruction. Et, bien entendu, toute action contre eux sera qualifiée d’« antisémite » par les soutiens de Netanyahou. Bref ces criminels de guerre ne sont pas près d’être jugés.

Le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, figure de l’extrême droite et de la colonisation sioniste, a annoncé la saisie de 800 hectares de terres dans la vallée du Jourdain. Selon l’organisation pacifiste israélienne « La Paix maintenant », c’est la plus importante saisie de terres en territoire palestinien depuis les accords de paix d’Oslo en 1993. Israël continue de massacrer les Palestiniens à Gaza et de confisquer leurs terres en Cisjordanie. Un régime criminel, colonialiste et raciste.

Des manifestations en soutien aux Palestiniens ont bloqué à Cheltenham, Édimbourg et Bradford trois usines d’armement sous contrat avec l’armée israélienne. À Cheltenham c’est l’usine GE Aviation Systems, qui produit des pièces détachées pour les avions de combat F-35 qui a été visée ; à Édimbourg le groupe Leonardo UK, qui travaille aussi pour les F-35, et à Bradford la société Teledyne Technologies, qui fait partie d’une multinationale américaine qui produit du matériel de surveillance utilisé à Gaza. Des actions de ce type sont régulièrement dénoncées par le gouvernement conservateur, qui soutient à fond Netanyahou, mais aussi par le Parti travailliste qui n’hésite pas à suspendre – voire à exclure – ses militants et élus qui affichent publiquement leur soutien aux Palestiniens.

Alors que le nombre de tués à Gaza dépasse désormais les 32 000 personnes, Mélanie Joly, la ministre canadienne des Affaires étrangères, a confirmé que le pays allait cesser l’envoi d’armes à Israël tant que durerait la guerre de Gaza. Son homologue israélien, Israël Katz, a qualifié de « malheureuse » la décision canadienne en ajoutant que « l’Histoire la jugera durement ». Cela signifie-t-il qu’aucun armement canadien – létal et non létal – ne parviendra plus à l’État sioniste ? Il ne faut pas rêver. Le gouvernement Trudeau a en effet tenu à préciser que les licences de ventes d’armes approuvées avant le 8 janvier restent toutefois « en vigueur » car leur suspension « aurait des implications importantes pour le Canada et ses alliés ». Bref tout va continuer presque comme avant.

L’Organisation de libération de la Palestine (OLP) a dénoncé les autorités pénitentiaires israéliennes qui, à plusieurs reprises ce mois-ci, ont passé à tabac Marwan Barghouti, membre du comité central du Fatah, qui purge cinq peines de prison à perpétuité. Barghouti est, de très loin, le leader le plus populaire parmi la population palestinienne de Gaza et de Cisjordanie. Dans sa déclaration, l’OLP affirme que l’administration pénitentiaire israélienne a soumis Barghouti à « l’isolement et à la torture » et qu’elle « mène une guerre contre les prisonniers palestiniens qui n’est pas moins féroce que la bataille sur le terrain à Gaza et en Cisjordanie ». Elle rappelle à ce propos que depuis l’attaque du 7 octobre, 7 000 Cisjordaniens ont été emprisonnés par Israël dont elle demande la libération immédiate.

Lors de ses déambulations dans la cité phocéenne, le président de la République, accompagné du ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, du garde des Sceaux Éric Dupond-Moretti et de la secrétaire d’État à la Ville Sabrina Agresti-Roubachea, a été interpellé à de nombreuses reprises sur la situation à Gaza et la politique de Paris. « Aujourd’hui, qu’est-ce qu’on fait pour la Palestine, M. Macron ? », s’est indigné un Marseillais en l’accusant de « verser de l’eau dans le sable » avec l’action humanitaire de la France dans la bande de Gaza. « Au nom de Dieu, ne laissez pas ces enfants mourir », a imploré une grand-mère en pleurs, en demandant au président de « faire quelque chose pour les Palestiniens ». Un habitant de la cité de la Castellane lui a reproché de pratiquer « deux poids, deux mesures » dans son action en Ukraine et à Gaza. Et la réponse lénifiante de Macron vantant son action diplomatique et l’aide humanitaire larguée par avion aux Gazaouis n’a pas convaincu grand monde.