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Palestine

L’Organisation de libération de la Palestine (OLP) a dénoncé les autorités pénitentiaires israéliennes qui, à plusieurs reprises ce mois-ci, ont passé à tabac Marwan Barghouti, membre du comité central du Fatah, qui purge cinq peines de prison à perpétuité. Barghouti est, de très loin, le leader le plus populaire parmi la population palestinienne de Gaza et de Cisjordanie. Dans sa déclaration, l’OLP affirme que l’administration pénitentiaire israélienne a soumis Barghouti à « l’isolement et à la torture » et qu’elle « mène une guerre contre les prisonniers palestiniens qui n’est pas moins féroce que la bataille sur le terrain à Gaza et en Cisjordanie ». Elle rappelle à ce propos que depuis l’attaque du 7 octobre, 7 000 Cisjordaniens ont été emprisonnés par Israël dont elle demande la libération immédiate.

Lors de ses déambulations dans la cité phocéenne, le président de la République, accompagné du ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, du garde des Sceaux Éric Dupond-Moretti et de la secrétaire d’État à la Ville Sabrina Agresti-Roubachea, a été interpellé à de nombreuses reprises sur la situation à Gaza et la politique de Paris. « Aujourd’hui, qu’est-ce qu’on fait pour la Palestine, M. Macron ? », s’est indigné un Marseillais en l’accusant de « verser de l’eau dans le sable » avec l’action humanitaire de la France dans la bande de Gaza. « Au nom de Dieu, ne laissez pas ces enfants mourir », a imploré une grand-mère en pleurs, en demandant au président de « faire quelque chose pour les Palestiniens ». Un habitant de la cité de la Castellane lui a reproché de pratiquer « deux poids, deux mesures » dans son action en Ukraine et à Gaza. Et la réponse lénifiante de Macron vantant son action diplomatique et l’aide humanitaire larguée par avion aux Gazaouis n’a pas convaincu grand monde.

Voici une dizaine de jours, Macron avait envisagé l’envoi de troupes au sol françaises en Ukraine. Si Macron avait été félicité par toutes sortes de politiciens et de médias bellicistes, sa sortie avait fait un bide auprès des autres chefs d’État européens. Certains de ses conseillers s’étaient appliqués à « désamorcer » ces menaces en expliquant qu’il s’agissait seulement de faire trembler Poutine. Mais voici qu’il vient de récidiver : selon Le Monde, le président aurait déclaré : « Il va falloir que j’envoie des mecs à Odessa si ça continue. » Ces paroles auraient été prononcées au cours d’un dîner, vers trois heures du matin. Certains en ont déduit que Macron avait peut-être abusé du champagne millésimé de l’Élysée. Il n’en reste pas moins que ces propos de va-t-en-guerre sont inquiétants. Roulements de mécaniques, menaces réelles ou propos d’ivrogne, ça en dit long sur le personnage qui a accès au bouton nucléaire…

La tenue d’une réunion d’une centaine d’étudiants de Sciences Po en solidarité avec les Palestiniens massacrés à Gaza a suscité une petite tempête médiatique et politicienne. Au point que le Premier ministre Attal envisage de se rendre dans l’établissement. Cette réunion a été présentée par de nombreux médias comme une manifestation d’antisémitisme, sous le prétexte que l’entrée de l’amphi aurait été refusée à une militante de l’UEJF, organisation d’étudiants sionistes qui soutient la politique de l’État d’Israël. Un étudiant aurait crié « Ne laissez pas entrer la sioniste ! » Il n’en faut pas davantage pour que soit dénoncé un « filtrage », une « discrimination » des étudiants juifs. Le Pen elle-même y a été de son petit couplet contre l’antisémitisme. Un commentateur de la chaîne LCI expliquait même que l’étudiante refoulée aurait été identifiée comme juive à son faciès. Or, à en croire Le Figaro, peu suspect de sympathie pour la cause palestinienne, la vraie raison de ce rejet, c’est que cette étudiante est connue pour filmer les militants qui dénoncent les massacres de Gaza et mettre leurs photos sur les réseaux sociaux. L’objet de cette campagne contre les étudiants de Sciences Po qui ont tenu cette réunion vise à soutenir la guerre menée par l’armée israélienne à la population palestinienne. Ne tombons pas dans le panneau.

Plus de 12 300 enfants sont morts à Gaza depuis quatre mois, soit environ 40 % des plus de 30 000 victimes recensées depuis le début de la guerre d’Israël contre les Palestiniens. « Le nombre d’enfants présumés tués en seulement quatre mois à Gaza est plus élevé que le nombre d’enfants tués en quatre ans dans l’ensemble des conflits à travers le monde », a assuré Philippe Lazzarini, le patron de l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens. Aux victimes des bombardements s’ajoutent désormais celles de la faim, de la déshydratation, des maladies et du manque de soins. Une guerre génocidaire menée par un État colonial et soutenue entre autres par les États-Unis et la France.

La guerre de Netanyahou à Gaza déjà fait plus de 30 000 morts, des milliers de blessés et 2 millions de réfugiés qui meurent de faim, car l’armée israélienne qui a détruit toutes les infrastructures et bloque l’accès de l’aide humanitaire, notamment depuis l’Égypte. Aux USA, Biden critique le gouvernement israélien, mais il continue à l’alimenter en munitions. Après avoir largué quelques colis alimentaires qui ne sont qu’une goutte d’eau par rapport aux besoins des Gazaouis, les États-Unis évoquent à présent un « ponton provisoire » dans la Méditerranée pour amplifier l’aide humanitaire… Mais c’est la destruction causée par le soutien à Netanyahou et les armes américaines qui ont provoqué la catastrophe humanitaire à Gaza !

Joe Biden a annoncé qu’il avait ordonné à l’armée américaine de construire un port d’urgence sur la côte de Gaza pour faciliter l’acheminement de l’aide humanitaire à destination de la population palestinienne. Cela prendra plusieurs semaines mais qu’importe, le président – approuvé d’ailleurs par Netanyahou – a fait un geste « humanitaire » en direction de l’opinion mondiale… mais aussi de sa base électorale de plus en plus critique à l’égard de sa politique pro-sioniste. Cela ne l’empêchera évidemment pas de continuer à fournir quotidiennement armes et munitions à Israël pour perpétrer son massacre…