Nos vies valent plus que leurs profits

Palestine

Les forces israéliennes bloquent « systématiquement » l’accès aux personnes ayant besoin d’aide humanitaire à Gaza, compliquant encore la tâche déjà délicate d’acheminer cette aide dans ce qui est devenu une zone de guerre anarchique, a déclaré Jens Laerke, porte-parole du Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU. Et d’ajouter qu’il est devenu pratiquement impossible d’effectuer des évacuations médicales et des livraisons d’aide dans le nord de la bande de Gaza et de plus en plus difficile dans le sud. De plus, selon l’Organisation mondiale de la santé, tous les convois d’aide prévus dans le nord se sont vu opposer un refus par les autorités israéliennes ces dernières semaines, le dernier autorisé remontant au 23 janvier. Pire encore, même les convois qui avaient reçu une autorisation des autorités israéliennes ont été bloqués à plusieurs reprises ou ont essuyé des tirs alors que le personnel médical du Croissant-Rouge était systématiquement arrêté. La barbarie au quotidien.

Chaudement félicité par tout ce que les médias et la classe politique comptent de va-t-en-guerre, Macron vient d’annoncer qu’il envisageait la possibilité d’envoyer des troupes françaises combattre en Ukraine, pour remédier à la pénurie de chair à canon locale. Rodomontades ou préparation de l’opinion à l’élargissement de la guerre ? L’avenir le dira.

Les grandes puissances occidentales, tout comme les petits États qui les suivent dans l’appui au régime de Zelensky, se moquent bien du sort du peuple ukrainien et de son droit à l’autodétermination. Leurs objectifs sont à la fois de contenir les ambitions de l’impérialisme russe, de mettre la main sur les richesses de l’Ukraine, notamment agricoles et minières, de booster le militarisme et de subventionner les marchands de canons. Cette politique guerrière ne peut se faire que sur le dos des classes populaires, avec le financement des engins de mort au détriment des services publics et peut-être demain par le sang.

Non à l’escalade, non à la guerre, non au militarisme !

La dernière Berlinale, le festival international du film de Berlin, a donné lieu à plusieurs manifestations de solidarité avec les Palestiniens. Ainsi, le cinéaste américain Ben Russell, primé pour le film Direct Action, coréalisé avec le Français Guillaume Cailleau, est monté sur scène en portant un keffieh palestinien et en accusant Israël de génocide. L’auteur de documentaires palestinien Basel Adra, qui s’est vu décerner, aux côtés d’un collectif de réalisateurs palestiniens et israéliens, un prix pour No Other Land, un film sur les expulsions de Palestiniens en Cisjordanie, a aussi accusé Israël de massacrer la population palestinienne et a critiqué les ventes d’armes allemandes au régime de l’apartheid. Leurs prises de position ont été très applaudies. Ce qui a provoqué, pêle-mêle, la colère du maire de Berlin, le conservateur CDU Kai Wegner, du député social-démocrate Helge Lindh et d’un autre parlementaire appartenant lui au parti Vert, Konstantion von Notz. Une union sacrée pour hurler à « l’antisémitisme », le tout venant de la part de politiciens qui, depuis le début, sont des soutiens inconditionnels à l’opération militaire israélienne contre les Gazaouis.

Le Premier ministre du gouvernement de l’Autorité palestinienne, Mohammed Shtayyeh, en poste depuis 2019, a remis sa démission au président Mahmoud Abbas. Il s’agit pour Abbas, qui a pris cette mesure sans aucune conséquence pratique dans l’immédiat, de montrer à Washington qu’il est prêt à réformer l’Autorité palestinienne pour qu’elle puisse éventuellement jouer un rôle dans « l’après-Gaza » et la gestion du territoire au lendemain de la guerre. Mais c’est mal barré. D’abord parce que Netanyahou veut imposer à l’avenir un contrôle militaire sur Gaza où l’Autorité n’aura pas son mot à dire. Ensuite parce qu’Abbas, aujourd’hui âgé de 88 ans et élu pour la dernière fois en 2005, est complètement déconsidéré auprès de la population palestinienne qui l’accuse d’incompétence, de corruption et de collaboration avec l’occupant israélien. Bref, vu le nombre de casseroles qu’il se trimballe, il aura un peu de mal à se présenter comme l’homme de la situation.

Dans une lettre au président de l’Assemblée générale de l’ONU, le responsable de l’Agence onusienne pour les réfugiés palestiniens (UNRWA), Philippe Lazzarini, indique : « C’est avec un profond regret que je dois aujourd’hui vous informer que l’Agence a atteint un point de rupture, avec les appels répétés d’Israël à son démantèlement et le gel des financements de donateurs face à des besoins humanitaires à Gaza sans précédent ». L’UNRWA, créée en 1949, emploie quelque 30 000 personnes dans les territoires occupés, au Liban, en Jordanie et en Syrie, où elle gère notamment écoles et hôpitaux au profit de la population palestinienne, notamment des réfugiés de 1948 et leurs descendants. Depuis le début de la guerre de Gaza, Israël a accusé, sans avancer aucune preuve concrète, 12 salariés de l’Agence d’avoir participé à l’attaque du Hamas du 7 octobre. Seize pays occidentaux, menés par les États-Unis, ont aussitôt utilisé ce prétexte pour suspendre leur financement à l’Agence pour un total de 450 millions de dollars (415 millions d’euros). Une façon de manifester leur soutien à l’État sioniste sur le dos de la population civile palestinienne.

Les pratiques d’Israël dans les territoires palestiniens sont une forme « encore plus extrême » de l’apartheid qu’a connu l’Afrique du Sud avant 1994, a affirmé le représentant de Pretoria devant la plus haute juridiction de ONU. « En tant que Sud-Africains, nous sentons, voyons, entendons et ressentons au plus profond de nous-mêmes les politiques et pratiques discriminatoires inhumaines du régime israélien comme une forme encore plus extrême de l’apartheid institutionnalisé contre les Noirs dans mon pays », a déclaré Vusimuzi Madonsela, ambassadeur d’Afrique du Sud aux Pays-Bas, où siège la Cour internationale de justice. Avant de poursuivre : « Il est clair que l’occupation illégale d’Israël est également administrée en violation du crime de l’apartheid […] elle ne se distingue pas du colonialisme. » Parole d’un spécialiste qui l’a déjà vécu dans sa chair…

Dans une « Lettre ouverte » adressée au président de la République, le président d’Amnesty International France, Jean-Claude Samouiller, exhorte Emmanuel Macron à mettre un terme aux exportations d’armes françaises à destination d’Israël alors que les opérations militaires israéliennes se poursuivent à Gaza au prix de dizaines de milliers de morts civils. Pour l’ONG, la récente décision de la Cour internationale de justice enjoignant à l’État hébreu de ne pas « commettre des actes » susceptibles de mener à un « génocide » en Palestine impose à la France de suspendre ses coopérations militaires, conformément à ses engagements pris dans le cadre de la « Convention sur le génocide » et du « Traité sur le commerce des armes ». Des engagements sur lesquels Macron et son gouvernement s’assoient allègrement. De son côté le ministre des Affaires étrangères a minimisé ces exportations d’armes, selon lui « très résiduelles », sans autre précision. L’honneur est donc sauf : la France participe certes au massacre des Gazaouis, mais seulement à la marge. Les victimes seront bien contentes de l’apprendre.

L’Algérie, qui occupe le siège réservé aux pays arabes au Conseil de sécurité, a présenté un projet de résolution exigeant un cessez-le-feu humanitaire immédiat entre Israël et le Hamas, rejetant le déplacement forcé des Palestiniens et exigeant l’acheminement complet, rapide et sans entrave de l’aide humanitaire dans toute la bande de Gaza. Les États-Unis ont déclaré aussitôt qu’ils opposeraient leur veto à une telle résolution « car cela pourrait compromettre les efforts diplomatiques de Washington visant à obtenir la fin des hostilités ». C’est le troisième veto américain à une résolution proposant un cessez-le-feu. Une façon de laisser les mains libres à l’État sioniste pour continuer les massacres.

Alors que plus de 1,4 million de Gazaouis se sont réfugiés dans la ville de Rafah, à la frontière sud de la bande de Gaza, l’armée israélienne la pilonne depuis des jours. La guerre menée par Israël a fait déjà près de 30 0000 morts. L’hôpital Khan Younes, l’un des deux seuls grands hôpitaux, pris d’assaut par l’armée, est totalement hors service. Et Netanyahou d’affirmer que ce n’est même pas le sort des otages qui va l’arrêter de mener jusqu’au bout son offensive sur la ville. Ce sont ces massacres que Macron et Biden soutiennent, même quand ils font mine de demander plus de modération, parce qu’Israël avec sa politique coloniale et guerrière leur sert de gendarme contre les peuples pauvres du Moyen-Orient.

Participons nombreux aux manifestations pour exiger le retrait immédiat des troupes israéliennes de Gaza, l’arrêt des colonisations en Cisjordanie et la liberté pour le peuple palestinien.