Nos vies valent plus que leurs profits

Palestine

L’évènement est largement passé sous les radars et a été ignoré du grand public. Pourtant le 27 janvier était « La journée de la mémoire des génocides et de la prévention des crimes contre l’humanité ». Chaque année, à cette date, qui commémore la libération du camp d’Auschwitz-Birkenau en 1945, le ministère de l’Éducation nationale invite la communauté éducative à engager une réflexion avec les élèves sur la Shoah et les autres génocides, passés ou en cours. On aura pu s’attendre cette année à un éclairage sur les crimes contre l’humanité commis à Gaza. Pas un mot sur le site du ministère, ni dans les directives envoyées aux enseignants. Selon les intérêts diplomatiques du moment, on condamne certains crimes de masse et on en laisse d’autres prospérer sans rien dire. C’est toute l’hypocrisie de telles commémorations.

La Cour de justice internationale, la plus haute juridiction de l’ONU, a ordonné à Israël de « prévenir et punir » l’incitation au « génocide », suite à la saisie de la juridiction par l’Afrique du Sud. Mais alors que ce pays exigeait l’arrêt immédiat de la campagne de l’armée israélienne dans la bande de Gaza, où plus de 26 000 personnes ont déjà été tuées depuis le début du conflit, la Cour n’a rien dit à ce sujet. Mais, quelles que soient les résolutions de l’ONU, Israël continue son carnage affirmant, contre toute évidence, que son armée fait tout pour épargner les victimes civiles. De son côté Josep Borrell, le chef de la diplomatie européenne, et la Commission européenne ont indiqué dans un communiqué commun, qu’ils attendaient d’Israël « la mise en œuvre complète, immédiate et effective » des décisions de la Cour. Et que fera l’Union européenne si l’État sioniste ne s’exécute pas, comme c’est probable ? Rien, comme d’habitude !

C’est le quotidien israélien Haaretz qui l’affirme. L’armée israélienne étudie sérieusement la possibilité de doter les colons de Cisjordanie d’armes anti-chars. Les combattants palestiniens n’ayant pas de chars on peut se demander si ces obus serviront à autre chose qu’à détruire les villages palestiniens. Maisons, hangars, bergeries, vergers tout sera bon pour tirer sur les prétendus « terroristes ». Déjà armés jusqu’aux dents et coupables du meurtre de centaines de Palestiniens en Cisjordanie, souvent avec la complicité de l’armée, les colons israéliens vont pouvoir s’en donner à cœur joie et poursuivre leurs carnages.

« Le rejet par le gouvernement israélien d’une solution à deux États, avec un État palestinien indépendant aux côtés d’Israël, est inacceptable et risque de prolonger le conflit », a déclaré le secrétaire général de l’ONU devant le Conseil de sécurité. À sa suite, plusieurs États membres du Conseil ont plaidé également pour une solution à deux États, de la Russie à la France en passant par les États-Unis. Les principaux soutiens d’Israël, de Washington à Paris en passant par Londres, sont habitués aux déclarations lénifiantes et vides de tout contenu concret sur « les deux États », principalement destinées aux opinions publiques. Mais dans les faits ils se refusent à exercer la moindre pression sur l’État sioniste – qu’ils arment et soutiennent financièrement – que ce soit à Gaza, en Cisjordanie ou ailleurs. Netanyahou et ses amis peuvent donc continuer leur politique raciste, criminelle et expansionniste en toute tranquillité.

Le 9 octobre 2023, soit deux jours après les attaques du Hamas en Israël, Perrine Olff-Rastegar, 70 ans, déposait avec deux autres personnes une déclaration de manifestation pour le 13 octobre intitulée « Information sur la Palestine » Elle est l’une des porte-parole du Collectif judéo-arabe et citoyen pour la paix (CJACP), qui existe depuis une vingtaine d’années et organise régulièrement des manifestations de soutien aux Palestiniens et Palestiniennes. La police autorisait la manifestation avant de se raviser et de l’interdire. Environ 300 personnes, non informées de l’interdiction, s’étaient rendues à proximité de la place centrale de Strasbourg, entièrement bouclée par la police. Nombre d’entre elles avaient été arrêtées, dont Perrine Olff-Rastegar qui se tenait pourtant en dehors du rassemblement. Elle avait été interpellée, menottée et placée en garde à vue quarante-huit heures, dans des conditions indignes. Le jour du jugement une trentaine de militants brandissant de grands drapeaux palestiniens se tenaient devant le Palais de justice. Finalement elle a été relaxée de l’inculpation d’organisation d’une manifestation interdite.

Le ministère de la Santé palestinien a indiqué dimanche que l’offensive aérienne et terrestre menée par Israël pour « anéantir » le Hamas, a tué 25 105 personnes, en grande majorité des civils, et blessé 62 681 autres. D’autre part, selon l’ONU, au moins 1,7 des quelque 2,4 millions d’habitants du petit territoire assiégé ont dû quitter leur foyer, et la population manque de tout, exposée au risque de famine et aux épidémies. Enfin l’Autorité palestinienne a annoncé de son côté que, depuis le 7 octobre, au moins 364 Palestiniens ont été tués par des soldats ou des colons israéliens en Cisjordanie. Les massacres continuent…

Des milliers de personnes arrêtées par les forces israéliennes depuis le début de la guerre contre le Hamas ont souvent été soumises à de mauvais traitements qui pourraient s’apparenter à de la torture, a affirmé Ajit Sunghay, le représentant du Haut-Commissariat des droits de l’homme de l’ONU dans les territoires palestiniens occupés. Sunghay, qui s’exprimait par visioconférence depuis Rafah, dans le sud du territoire palestinien, a indiqué que ces hommes étaient détenus « dans des conditions globalement horribles » par les forces de sécurité israéliennes dans des lieux inconnus durant des périodes allant de 30 à 55 jours. « Ils ont décrit avoir été battus, humiliés… Ils ont déclaré avoir eu les yeux bandés pendant de longues périodes, certains pendant plusieurs jours consécutifs. » Certains, en guise d’humiliation, ont été relâchés nus avec uniquement des couches. Quant à l’armée israélienne elle a déclaré sans rire que « les personnes détenues sont traitées conformément au droit international ». Parole de tortionnaires.