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Palestine

Le ministère de la Santé palestinien a indiqué dimanche que l’offensive aérienne et terrestre menée par Israël pour « anéantir » le Hamas, a tué 25 105 personnes, en grande majorité des civils, et blessé 62 681 autres. D’autre part, selon l’ONU, au moins 1,7 des quelque 2,4 millions d’habitants du petit territoire assiégé ont dû quitter leur foyer, et la population manque de tout, exposée au risque de famine et aux épidémies. Enfin l’Autorité palestinienne a annoncé de son côté que, depuis le 7 octobre, au moins 364 Palestiniens ont été tués par des soldats ou des colons israéliens en Cisjordanie. Les massacres continuent…

Des milliers de personnes arrêtées par les forces israéliennes depuis le début de la guerre contre le Hamas ont souvent été soumises à de mauvais traitements qui pourraient s’apparenter à de la torture, a affirmé Ajit Sunghay, le représentant du Haut-Commissariat des droits de l’homme de l’ONU dans les territoires palestiniens occupés. Sunghay, qui s’exprimait par visioconférence depuis Rafah, dans le sud du territoire palestinien, a indiqué que ces hommes étaient détenus « dans des conditions globalement horribles » par les forces de sécurité israéliennes dans des lieux inconnus durant des périodes allant de 30 à 55 jours. « Ils ont décrit avoir été battus, humiliés… Ils ont déclaré avoir eu les yeux bandés pendant de longues périodes, certains pendant plusieurs jours consécutifs. » Certains, en guise d’humiliation, ont été relâchés nus avec uniquement des couches. Quant à l’armée israélienne elle a déclaré sans rire que « les personnes détenues sont traitées conformément au droit international ». Parole de tortionnaires.

Le gouvernement s’est refusé à soutenir les accusations de génocide contre le peuple palestinien à Gaza, portées par l’Afrique du Sud contre Israël devant la Cour internationale de justice. « Accuser l’État juif de génocide, c’est franchir un seuil moral. On ne peut exploiter la notion de génocide à des fins politiques », a déclaré le ministre des Affaires étrangères, Stéphane Séjourné, lors des questions au gouvernement de l’Assemblée nationale. Par contre, Séjourné ne s’est pas étendu sur le « seuil moral » qui permet à Paris de justifier le massacre de près de 25 000 civils gazaouis par l’armée israélienne, ni sur la notion de « droit de se défendre » accordée sans sourciller à l’État sioniste pour justifier sa répression féroce contre les Palestiniens de Cisjordanie et de Jérusalem qui dure depuis des décennies.

Qui a dit que l’Union européenne était impuissante face à la guerre ? Elle veut démontrer le contraire en agissant. Ou du moins en faisant semblant. Elle vient d’ajouter le chef du Hamas à Gaza, Yahya Sinouar, à sa liste d’éléments « terroristes ». Il est désormais soumis au gel de ses fonds et autres avoirs financiers dans les États membres de l’UE, tandis qu’il est interdit aux opérateurs de l’UE de mettre des fonds et des ressources économiques à sa disposition. Quant à faire figurer sur cette liste les dirigeants israéliens qui siègent aux côtés de Netanyahou et qui sont responsables de dizaines de milliers de morts civils, l’UE dans sa grande sagesse n’a pas l’intention de le faire. Ce qui n’étonnera personne.

Le président Recep Tayyip Erdoğan s’est placé, du moins en paroles, résolument du côté des Palestiniens n’hésitant pas à qualifier Nethanyahou de « boucher de Gaza ». Son parti islamo-populiste a organisé plusieurs manifestations monstres à Istanbul en soutien aux Palestiniens, mâtinées cependant de forts relents anti-kurdes. Mais ces déclarations fracassantes ne freinent pas… le business. Un journaliste turc d’opposition exilé à Berlin, Metin Cihan, a recensé au jour le jour le trafic des navires qui relient les ports turcs à Israël. Entre le début de la guerre le 7 octobre et fin décembre, il en a dénombré pas moins de 450 dont certains transportaient du carburant pour les avions militaires israéliens ou du matériel stratégique destiné à la poursuite de la guerre. Et une bonne partie de ces bateaux appartiennent à des proches d’Erdoğan ou à certains de ses alliés politiques. Comme le dit le vieil adage « les affaires sont les affaires » et ce ne sont pas quelques dizaines de milliers de morts qui vont les perturber.

Des dizaines de milliers de personnes ont manifesté samedi à Londres lors de la septième manifestation de soutien aux Palestiniens de Gaza depuis le 7 octobre. Dans le cortège, composé de manifestants venus pour beaucoup en famille, des pancartes appelaient à « cesser de bombarder les enfants » à Gaza, mélangées à des rameaux d’oliviers, des drapeaux arc-en-ciel avec le slogan « Paix » et des centaines de drapeaux palestiniens. D’autres pancartes, représentant le Premier ministre britannique Rishi Sunak aux côtés du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou et du président américain Joe Biden, exhortaient le Royaume-Uni à « cesser de financer le génocide ». Partie de la City la manifestation s’est dirigée vers Parliament Square, où se trouve le palais de Westminster. Rappelons que le gouvernement britannique, fervent partisan de Netanyahou, a multiplié ces dernières semaines les mesures répressives à l’égard des soutiens aux Palestiniens dans les établissements scolaires et universitaires, les administrations et les entreprises.

Une antenne refuge de Médecins sans frontières (MSF), abritant plus de cent membres de l’équipe médicale et leurs familles, dans la ville de Khan Younès, dans le sud de Gaza, a été touchée par un obus israélien. Parmi les quatre personnes blessées se trouvait la fille, âgée de cinq ans, d’un membre du personnel, qui serait dans un état critique. MSF a affirmé que les forces israéliennes avaient été averties qu’il s’agissait d’un de ses abris et qu’elles n’avaient donné aucun ordre d’évacuation. Encore une attaque ciblée contre une structure médicale.