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Palestine

Une « Marche nationale pour la Palestine » a réuni samedi environ 300 000 personnes dans la capitale britannique. À l’appel d’un collectif d’associations et d’organisations politiques et syndicales, les manifestants arboraient des drapeaux palestiniens et brandissaient des pancartes demandant « Stoppez les bombardements de Gaza ». Parmi les slogans les plus repris « Libérez la Palestine » et « Cessez-le-feu maintenant ». À noter que le gouvernement britannique, qui depuis le début apporte un soutien sans faille du gouvernement israélien, avait jugé cette manifestation « irrespectueuse » car elle coïncidait avec les cérémonies du 11 novembre. En étant lui-même « irrespectueux »  à l’égard des victimes gazaouies.  

À l’appel de l’organisation « Travailleurs pour une Palestine libre » plus de 400 personnes ont bloqué les différentes entrées de l’usine d’armement BAE System à Chatham, dans le Kent. Cette usine fabrique des composants électroniques utilisés dans les appareils de l’armée de l’air israélienne. Plusieurs organisations syndicales avaient appelé à rejoindre les manifestants qui scandaient : « 1, 2, 3, 4 – plus d’occupation, 5, 6, 7, 8 – Israël État terroriste » et « Arrêtons BAE, plus aucune bombe ne doit être lancée ».

Le président iranien, Ebrahim Raïssi, est arrivé samedi en Arabie saoudite pour participer à un sommet d’urgence de la Ligue arabe et de l’Organisation de la coopération islamique consacré à la guerre entre Israël et le Hamas. Dans sa première prise de parole il a demandé aux pays musulmans de qualifier l’armée israélienne d’« organisation terroriste ». De son côté le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a martelé qu’Israël est responsable de « crimes » contre les Palestiniens à Gaza. Tout cela est vrai. Le problème est que ces condamnations proviennent de régimes et de dirigeants qui sont les champions de la peine de mort, pratiquent au quotidien une répression féroce d’abord contre leur propre peuple mais aussi ailleurs comme au Yémen, au Kurdistan ou au Baloutchistan. Bref des orfèvres en matière de terrorisme et de crimes de guerre.

Vingt hôpitaux sont hors service a annoncé l’Organisation mondiale de la santé, affirmant par ailleurs que ceux qui n’ont pas encore fermé manquent de médicaments et de carburant pour faire fonctionner les générateurs. En outre 13 Palestiniens ont été tués et des dizaines d’autres blessés vendredi lors d’une frappe sur le complexe de l’hôpital Al-Shifa, le plus grand du territoire, pilonné par Israël. Enfin, l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens (UNRWA) a annoncé que plus de 100 de ses employés étaient morts dans le territoire palestinien depuis le début de la guerre. Jusqu’à présent l’attaque israélienne a fait plus de 11 000 victimes dont 4 500 enfants. Le carnage continue….

Chroniqueuse sur Cnews, Céline Pina a établi un parallèle entre les enfants israéliens massacrés par les terroristes du Hamas le 7 octobre dernier et les enfants palestiniens tués par les bombardements aériens et terrestres de l’armée israélienne. Et d’expliquer : « Une bombe […] tuera sans doute des enfants, mais ces enfants ne mourront pas en ayant l’impression qu’en face d’eux l’humanité a trahi tout ce qu’ils étaient en droit d’attendre. » Malheureusement pour eux les enfants palestiniens morts sous les bombardements n’ont pas eu le temps d’apprécier la chance qu’ils avaient de perdre la vie aux mains d’une armée parfaitement sophistiquée plutôt qu’à celles d’islamistes fanatisés. Cette comparaison macabre et scandaleuse avait déjà été faite il y a quelques jours par la journaliste Caroline Fourest.

C’est l’une des rares voix francophones de la bande de Gaza. Waleed Aboudipaa, 38 ans, a étudié puis enseigné le français à l’université Al-Azhar pendant dix ans, avant de fonder la première école francophone à Rafah en 2016. Il y a quatre ans, ce père de trois enfants (actuellement réfugiés en Turquie avec leur mère) décide de s’installer dans le Nord pour perfectionner son français et terminer ses études. Grâce à une bourse de l’ambassade de France, il s’inscrit à un master de linguistique fondamentale à l’université de Lille. Aujourd’hui le préfet du Nord vient de lui refuser le renouvellement de son titre de séjour et veut le renvoyer à Gaza où il a perdu trois membres de sa famille lors d’une précédente guerre en 2014. Le seul fait qu’il soit Palestinien suffit à justifier l’arbitraire à son égard et la délivrance d’une mise en demeure de quitter le territoire français. Une pétition de soutien à Waleed a été mise en ligne et a déjà recueilli près de 15 000 signatures. Lien pour la signer.