Nos vies valent plus que leurs profits

Gaza : une nouvelle escalade guerrière

Ordre d’évacuation de l’armée israélienne
« À tous ceux qui se trouvent dans la partie sud-ouest de la région de Deir al-Balah ainsi que dans les tentes situées dans cette zone.
la zone est très dangereuse. Retourner dans les zones dangereuses expose à un risque mortel.
L’armée israélienne poursuit ses opérations contre les organisations ennemies et les infrastructures terroristes dans la région.
Pour votre sécurité évacuez immédiatement et déplacez-vous vers le sud vers les zones sûres. »

Après la déclaration de Netanyahou, qui affirmait qu’Israël avait l’intention d’occuper la totalité de la bande de Gaza, le cabinet de sécurité israélien a approuvé, le 20 août, un plan visant à prendre la ville de Gaza et les camps de réfugiés voisins. Dans ce but, il a ordonné le rappel de 60 000 réservistes. Mardi 2 septembre, l’armée a lancé les opérations terrestres, mais l’état-major estime qu’occuper la ville pourrait prendre plusieurs mois.

La ville de Gaza compte 800 000 habitants, et même un million avec les réfugiés. Selon l’état-major israélien, prendre le contrôle de la ville nécessiterait de la vider entièrement de ses habitants, qui seraient obligés de se déplacer vers le sud. Pour les inciter à fuir, des quartiers jusqu’à présent épargnés ont été massivement bombardés ces dernières semaines. Malgré cela, beaucoup d’habitants, dont certains ont déjà été déplacés à plusieurs reprises à la suite des ordres d’évacuation de l’armée israélienne, refusent de partir, car ils n’ont nulle part où aller et il n’existe plus aucun lieu sûr. Jusqu’à présent, 82 000 habitants ont fui la ville, et les responsables militaires estiment qu’environ 200 000 personnes refuseront d’être évacuées et resteront dans les zones de combat.

Selon le Dr Paul Ransom, un médecin britannique spécialiste de la médecine d’urgence actuellement à Gaza : « Si plus de trois quarts d’un million de personnes déménagent dans une région où il n’y a presque plus d’endroit où installer une tente pour vivre, et où les installations sanitaires sont déjà surpeuplées, je ne sais pas comment on va gérer cela. »

Cette nouvelle escalade a provoqué des manifestations massives de centaines de milliers d’Israéliens demandant un accord de cessez-le-feu avec le Hamas. Tandis qu’une minorité d’activistes continue à manifester tous les jours contre le génocide et en solidarité avec le peuple palestinien.

Des refus qui se multiplient

L’armée, qui avait initialement déclaré que la plupart des réservistes iraient remplacer les troupes d’active en Cisjordanie et dans le nord d’Israël, se prépare maintenant à envoyer au moins trois brigades de réservistes dans la bande de Gaza, selon le journal de gauche Haaretz. Même s’il refuse de communiquer des chiffres sur le nombre de rappelés qui refusent de prendre part au combat, l’état-major reconnaît les difficultés de recrutement. Mardi 2 septembre, des réservistes se réclamant d’un mouvement appelé « Soldats pour les otages » ont tenu une conférence de presse à Tel Aviv. Se disant les porte-paroles de 350 soldats de réserve signataires d’une pétition, ils ont déclaré qu’ils « refuseront de se présenter à la conscription reçue et qu’ils refuseront de participer à la conquête de Gaza. Ils affirment que l’ordre de tuer des Palestiniens à Gaza et de risquer également la vie des soldats et des otages est clairement illégal et doit être refusé. » Des manifestations ont eu lieu devant les prisons militaires où des « refuzniks », comme on les appelle, ont été enfermés.

Conférence de presse des réservistes refusant d’aller combattre à Gaza

D’autres, sans manifester ouvertement leur refus, ne se présentent tout simplement pas dans les casernes, tandis que certains négocient avec le commandement à leur arrivée. Un soldat interviewé par Haaretz déclare que « certaines personnes ne servent qu’une semaine par mois, d’autres ne servent que le week-end, et d’autres encore peuvent ne pas s’engager du tout. L’armée israélienne autorise ce type de refus, tant qu’il reste discret. »

Une partie de plus en plus nombreuse de la population israélienne refuse de suivre Netanyahou dans cette politique guerrière dont elle ne voit pas l’issue.

Thierry Flamant