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Irlande du Nord : manifestation contre le racisme à Belfast

À l’appel notamment du collectif United Against Racism (Unis contre le racisme), d’organisations de gauche et de sections syndicales, des milliers de personnes sont descendues samedi dernier dans les rues de Belfast portant des banderoles affirmant notamment « Belfast s’oppose au racisme », « Combattons le racisme, construisons la solidarité » ou « La haine est la seule menace pour nos rues ». Elles comptaient ainsi dénoncer les émeutes anti-immigrés survenues le mardi précédent, après une attaque au couteau contre un passant par un migrant soudanais. La victime, grièvement blessée, a perdu un œil. Son agresseur a été rapidement interpellé par la police puis inculpé de tentative de meurtre.

Mais ce fait divers sanglant a servi de prétexte à l’extrême droite pour attiser la haine anti-migrants sur les réseaux. À l’appel du dirigeant fascisant Tommy Robinson, les manifestants, partis des quartiers populaires loyalistes (protestants) de la capitale nord-irlandaise, se sont rapidement dirigés vers les quartiers habités par les immigrés, ou supposés tels, pour se livrer à des violences contre les personnes, des incendies de voitures et des saccages d’appartements. Dans certains endroits, les groupes d’extrême droite ont même érigé des barrages routiers pour effectuer des contrôles au faciès sur les conducteurs « de couleur » et leurs passagers. Dans le même temps circulaient sur le net des adresses de foyers et d’hôtels abritant des migrants considérés comme « des cibles légitimes ». Robinson avait appelé à des manifestations semblables dans d’autres villes, comme Glasgow et Liverpool. Mais là les racistes n’ont été qu’une petite poignée.

Ce type d’émeutes est récurrent depuis plusieurs années au Royaume-Uni où l’extrême droite s’empare de n’importe quel fait divers incriminant un réfugié pour faire monter la tension. Et si les nervis de Robinson sont en première ligne pour attiser les troubles, ils sont appuyés par d’autres tendances qui se veulent plus « respectables » de l’extrême droite, à savoir Restore Britain (Restaurer la Grande-Bretagne) de Rupert Lowe (ami et admirateur d’Elon Musk) et le Reform UK (Reformer le Royaume-Uni ) de Nigel Farage. Ces derniers jettent de l’huile sur le feu de la propagande anti-migrants et anti-musulmane en espérant en tirer les marrons du feu lors des prochaines élections. Et, pour l’instant, les sondages semblent leur donner raison.

Mais l’extrême droite n’est pas la seule responsable du climat délétère qui règne dans le pays. Le gouvernement travailliste de Keir Starmer a multiplié ces dernières années les mesures visant à restreindre l’immigration et à faire porter le chapeau aux migrants pour la crise que traverse le pays et touche les classes populaires en proie au chômage, à la crise du logement, à la décrépitude des services publics, etc. Quant à ses rivaux conservateurs, ils ne sont pas en reste pour critiquer comme « insuffisantes » et «inefficaces» les mesures prises par Starmer dans ce domaine et en promettent de beaucoup plus dures s’ils reviennent au gouvernement.

En résumé, de la gauche réformiste à l’extrême droite, l’essentiel de la classe politique britannique fait feu de tout bois pour diviser les classes populaires sur une base ethnique, de couleur, religieuse ou culturelle. Un piège mortel pour les travailleurs qu’ils se doivent de déjouer en se mobilisant contre le racisme sous toutes ses formes.

Jean Liévin