Nos vies valent plus que leurs profits

Peter Thiel à l’Académie des sciences morales et politiques : messe occulte à l’Institut de France

Peter Thiel caricaturé par South Park

Quelques jours après avoir intégré à ses rangs le milliardaire français Bernard Arnault, l’Académie des sciences morales et politiques a invité le milliardaire américain de la tech Peter Thiel, soutien de Trump, pour un colloque sur la démocratie. Un point sur leur morale et leur politique, fort éloignées des nôtres.

Peter Thiel n’est pas tout à fait un esprit fin. Sur le fond, c’est un adolescent fan de SF et de fantasy qui aurait suivi quelques cours de philosophie de terminale et beaucoup trop de séances de catéchisme. Mais il exprime avec ses propres mots et ses gros milliards les angoisses et les projets d’une partie de la bourgeoisie américaine.

Son obsession, c’est « l’Antéchrist », c’est-à-dire la limitation croissante que subirait le progrès technique au nom de la morale (Thiel est en croisade contre le wokisme) mais surtout, au nom de la paix. Pour lui, la paix à tout prix par peur de la guerre, et notamment de la guerre atomique, pousse à toutes les capitulations. Car ce que Thiel prophétise et appelle de ses vœux, son « Apocalypse » qui doit suivre nécessairement le règne de l’Antéchrist, c’est la libération de la technologie pour que l’Occident mène bataille contre ses ennemis, Chine en tête.

Il est loin le temps où Thiel passait pour un libertarien exotique, un original de la Silicon Valley qui voulait construire des îles artificielles de milliardaires sans aucun État ni aucune loi. Depuis, les politiques sécuritaires ont fait la fortune de son entreprise Palantir (oui, comme chez Tolkien…) et de son logiciel Gotham, un outil informatique de surveillance de masse aussi bien utilisée par la DGSI en France que par l’ICE aux États-Unis. Les États ne sont plus les ennemis déclarés de Thiel, l’ont-ils jamais été en réalité, c’est une autre question. Toujours est-il que sa nouvelle cible est le soi-disant « gouvernement mondial », en fait toute entrave démocratique à ses projets militaro-policiers.

Thiel le sait et ne s’en cache d’ailleurs pas, il est encore minoritaire parmi la classe dirigeante américaine. Mais pour que l’impérialisme américain retrouve son rang incontesté, il pousse de toutes ses forces dans la direction d’un affrontement armé, avec tous les moyens modernes de destruction : la bombe H augmentée de l’intelligence artificielle. Et dans tous les cénacles bourgeois où il passe, on lui tend le micro et on discute de ses idées, preuve que les autoproclamés « défenseurs de la civilisation » sont prêts à envisager de pareilles horreurs.

Bastien Thomas