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Quatre ans de guerre en Ukraine, deux millions de morts et blessés sur les fronts, pour des marchandages sur le dos des peuples

Déjà quatre ans de guerre en Ukraine, en plein cœur de l’Europe, lancée par Poutine le 24 février 2022, une guerre engagée pour des visées impérialistes de l’autocrate russe, auxquels les rivaux occidentaux, sous la houlette des États-Unis et sous couvert de l’Otan, ont répondu en apportant à l’Ukraine une aide militaire et financière hautement intéressée (qu’il va falloir pourtant rembourser). Les buts de la prétendue aide sont apparus au grand jour quand Trump a arraché à Zelensky, l’été dernier, un contrat sur l’exploitation de richesses minières du pays. Les négociations en cours, billard à multiples bandes, entre Trump et Poutine, entre représentants de l’UE (avec Macron qui s’en veut le chef !) et l’Ukraine, entre représentants de l’Ukraine et de la Russie désormais aussi, tournent autour du partage du butin dans l’après-guerre. Les rapports de force entre impérialistes ont été bouleversés par le conflit. Les États-Unis de Trump se félicitent d’en sortir gagnants, d’avoir réintroduit Poutine dans le cercle des grandes puissances – et dans la zone de leurs deals aussi ! Leurs alliés européens, affaiblis et dépités, cherchent tout de même à négocier leur part de reconstruction capitaliste de la région.

Selon un rapport récent du CSIS (Center for Strategic and International Studies), largement relayé par les médias, cette guerre aurait fait en quatre ans plus de victimes militaires qu’aucune des grandes puissances n’en a connues depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Près de deux millions de victimes, morts ou blessés. Entre 500 000 et 600 000 morts ou blessés parmi les troupes ukrainiennes, 1,2 million de morts ou blessés parmi les troupes russes, dont au moins 325 000 morts. Il faut y ajouter les victimes civiles ukrainiennes : 15 000 morts et 40 000 blessés selon les dernières estimations de l’ONU. Terrible hécatombe humaine ! Terribles dégâts matériels dans des quartiers entièrement éventrés, des installations industrielles et équipements détruits. Et près de huit millions d’Ukrainiennes et Ukrainiens qui ont fui à l’étranger ; 3,7 millions de personnes déplacées à l’intérieur du pays, sur une population totale qui était de 43 millions en 2021. Aujourd’hui, on voit cette population, transie, dans des logements sans électricité et sans chauffage depuis que l’armée russe cible les infrastructures énergétiques du pays, sous des températures extérieures de moins 10 à moins 20 degrés.

Et Macron ? Après avoir prétendu jouer le rôle de négociateur avec Poutine au tout début du conflit (invité tout au bout d’une table de 10 mètres de long), il s’est ensuite prétendu chef de l’Europe contre la menace russe (justifiant ainsi l’augmentation du budget militaire), pour revenir aujourd’hui à l’intention de renouer avec Poutine. Il ne voudrait pas que les entreprises capitalistes françaises loupent le coche des affaires à réaliser. « Il faut surtout maintenant travailler sur nous, sur ce qu’on veut demander […], il faut le préparer en Européens pour pouvoir, au bon moment, être prêts dans la discussion avec les Russes », vient-il de déclarer. L’industrie nucléaire française ayant besoin du combustible russe et, pour ce faire, de détourner quelques sanctions, Framatome a fait appel à une banque de la Hongrie d’Orbán, dispensée par son ami Trump de boycott du marché russe : c’est ce que signale Le Canard enchainé du 11 février dernier.

Business ! Personne ne sait quand la guerre va s’arrêter, son intensité augmente pour les besoins des rapports de force entre dealeurs impérialistes. Seuls les travailleurs qui en paient le prix fort, en Ukraine au premier chef, en Russie aussi et, plus largement, dans l’Europe entière, pourraient y mettre un terme par leur mobilisation tous ensemble.

Michelle Verdier

 

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