Officiellement, le guide suprême est choisi parmi les plus hautes figures du clergé musulman chiite (les ayatollahs marja-e taqlid). Dans les faits, lors de la succession de Khomeiny en 1989, les règles ont été modifiées afin de promouvoir Ali Khameinei, qui n’avait même pas le statut d’ayatollah. La raison était éminemment terrestre : il était l’homme des gardiens de la révolution, ou pasdarans, ce corps né de la révolution, notamment pour reprendre la main dans les usines où il existait des conseils ouvriers.
Les pasdarans sont à la tête des milices Bassidj, utilisées pour réprimer toutes les contestations, et ils dirigeaient, jusqu’à sa dissolution, la police des mœurs. Ils sont aussi une armée parallèle, qui a notamment participé à la guerre civile syrienne aux côtés de Bachar el-Assad, un service de contre-espionnage et une force internationale, qui siège par exemple à la direction du Hezbollah libanais. Ils sont enfin une holding financière, qui a la main sur les ports, les aéroports, les télécommunications et l’industrie de l’Iran.
En concurrence avec la bourgeoisie marchande traditionnelle, à laquelle appartient majoritairement le haut clergé, ils sont politiquement représentés par les conservateurs, alors que les vieilles classes possédantes le sont par les réformateurs, dont beaucoup de figures ont été arrêtées au début du mois de février pour avoir osé remettre en cause la politique répressive du gouvernement et même le pouvoir du guide suprême.
Une façon de réaffirmer, à la veille de la guerre que, bien plus qu’aux religieux traditionnels, le pouvoir iranien appartient avant tout à cette clique d’hommes d’affaires armés.
3 mars 2026.