Ci-dessous la réponse de la liste Grenoble ouvrière et révolutionnaire à un questionnement du Jazz Club de Grenoble
“J’ai toujours fait des choses révolutionnaires, des choses qui devaient avertir les gens, pour les rendre moins serviables.”
Charles Mingus (1922–1979)
Contrebassiste et compositeur majeur du jazz moderne.
Vous souhaitez connaître les projets culturels, et le type de coopération et de partenariat que notre tête de liste Baptiste ANGLADE, notre organisation le NPA-R et sa liste “Grenoble Ouvrière et Révolutionnaire” proposent dans le cadre des élections municipales de Grenoble en 2026. Voici une première réponse afin d’engager la discussion.
Le jazz, né au début du XXe siècle au sein des communautés afro-américaines exploitées et issu du croisement entre le blues, les chants de travail, le gospel et les musiques européennes, reflète une partie de l’histoire et de la culture des descendants d’esclaves, de ceux qui ont dû se battre pour leur dignité et leur droit d’exister. Son entrée dans la culture mainstream, mais surtout la dépolitisation de son histoire, devrait être un rappel que la musique et la culture populaire peuvent être récupérées par l’industrie et la logique de rentabilité…. mais aussi être un terrain de lutte.
1) La nécessaire lutte contre les politiques d’austérité
Le contexte actuel est marqué par une augmentation accrue des inégalités, des violences sociales, de l’austérité budgétaire permettant la marchandisation accélérée de secteurs essentiels.
Concernant spécifiquement votre secteur : le budget de la culture défendu par Rachida Dati, assume un recul de 200 millions d’euros sur ce budget au niveau national. Le budget 2026 va baisser de plusieurs milliards le budget des collectivités territoriales qui sont bien souvent les premiers financeurs des associations, notamment celles du secteur culturel que vous représentez.
Nous mettons au centre de notre campagne et de nos propositions la nécessité de résister à ces attaques et pour cela de compter principalement sur les mobilisations du monde du travail et de la jeunesse. La mobilisation ayant eu lieu en septembre 2025 autour du mouvement “Bloquons tout” est à ce titre inspirante. Nous pensons qu’elle devrait reprendre et aller jusqu’au bout. Il faut en finir avec l’austérité permettant aux riches de devenir toujours plus riches et aux pauvres de devenir toujours plus pauvres, et qui place les associations dans un rôle de spectatrices, et parfois d’accompagnatrices de cette régression sociale.
2) Les associations culturelles/musicales grenobloises et la Mairie
Bien souvent, les associations culturelles ou musicales fonctionnent grâce au bénévolat et à la bonne volonté de celles et ceux capables de dégager un peu de temps quand ils ne sont pas en train de vendre leur force de travail ailleurs. Cela peut fragiliser la possibilité d’un fonctionnement pérenne et d’un travail sur le temps long. Ces associations reposent aussi trop souvent sur des contrats précaires et les salaires y sont bas, les conventions collectives commençant régulièrement en dessous du salaire minimum. Enfin, seul une infime partie des musiciens peuvent vivre correctement de leur activité. Le statut d’intermittent du spectacle est fragilisé par les réformes successives de l’assurance chômage, mettant en péril l’avenir comme la possibilité de création des artistes dont les musiciens.
Les coupes de budgets existent également au niveau local comme vous l’indiquez dans votre courrier. Si la “mairie la plus à gauche de France” applique en effet cette rigueur depuis deux mandats, nous pensons que la droite rêve de le faire à sa place. Le programme de Monsieur Carignon consiste à stopper les dépenses publiques, à casser les services publics, à exercer une censure politique sur les associations progressistes et à investir dans la police.
Ces élections sont l’occasion pour nous de faire le bilan de la casse sociale de la mairie Piolle, mais aussi de combattre la droite, l’extrême droite et leur projet de division raciste qui ne sert que les riches et le grand patronat. Nous soulignons qu’il ne suffit pas de changer le personnel politique pour changer la situation et inverser cette logique de casse des conquis sociaux et de marchandisation de l’ensemble des services essentiels à la population. C’est pourquoi nous ne faisons pas de promesses électorales, même raisonnables. Nous voulons dissiper l’illusion qu’un bon vote suffirait à changer le rapport de force général. Dans cette élection, comme dans notre militantisme quotidien, nous mettons en avant un programme de lutte. S’il était porté largement par le monde du travail et de la jeunesse, ce programme serait à même de changer la situation.
Grenoble a un tissu associatif historiquement dense, fruit de luttes, de mouvements sociaux et de l’éducation populaire issue du mouvement ouvrier, avec plus de 5 000 associations dont plus de la moitié concerne la solidarité et la culture. Cette richesse ne doit pas masquer une réalité plus brutale : la vie associative grenobloise subit les coupes budgétaires et la logique des appels à projets qui mettent en concurrence les associations et les poussent à prioriser les demandes des financeurs sur celles de la population. Avec une baisse de plus de 25 % des subventions venant des collectivités sur dix ans, de nombreuses structures sont prises à la gorge. La généralisation des appels à projets, la contractualisation permanente, l’évaluation quantitative et la mise en concurrence organisée aggravent la situation. Les conséquences se font ressentir tant pour les personnes bénéficiant des activités de ces associations que pour les salariés de ces dernières.
3) Combattre la logique des appels à projets
Nous nous opposons à la logique des appels à projets. Ces pratiques entraînent une mise en concurrence entre les associations, qui bénéficie toujours aux plus grosses d’entre elles. La logique du marché capitaliste mise en place par les politiques publiques et avec l’argent public ne permettra jamais à la majorité de la population d’avoir accès à la culture et aux droits culturels. Cette logique favorise évidemment l’industrie culturelle et la culture dominante au détriment des cultures populaires. Le secteur culturel dont vous faites partie a un besoin urgent de sortir de la logique marchande. Les appels à projet induisent également une autocensure par la crainte de perdre des subventions et l’instauration d’un contrôle politique. Ceci a notamment été le cas, par exemple, lors de la venue du rappeur Médine au festival Bien l’bourgeon lorsque le département a retiré la subvention de 4000€ au festival, suite à une polémique lancée par l’extrême droite. Ce dont les associations ont besoin c’est de financement pérenne et non au projet.
4) Les inégalités d’accès à la culture
De même, l’accès à la culture est une difficulté pour de nombreux travailleurs et travailleuses et pour les enfants des classes populaires. Quand l’avenir s’assombrit pour les jeunes promettant une exploitation accrue voir une participation directe à la guerre que se préparent les capitalistes, quand les droits des travailleurs sont attaqués, que nos conditions de travail et de vie se dégradent, cela se traduit aussi par un accès réduit à la culture et aux droits essentiels. De fait, lorsque les salaires sont au rabais et les loyers trop élevés, il ne reste plus de temps, ni d’argent pour avoir accès aux activités culturelles, à ce qui permet d’apprendre, de comprendre la société, de ne pas seulement être spectateur de sa propre vie bref à l’émancipation individuelle ou collective. C’est pourquoi nous pensons que la question de la culture et de son devenir est indissociable de la question des conditions de vie et de travail de la majorité de la population et de sa capacité à s’organiser et lutter. Nous défendons la baisse du temps de travail, un salaire et des revenus minimum de 2000 euros nets par mois ainsi que l’augmentation générale des salaires de 400 euros. L’accès à la culture a un rôle dans la lutte contre l’aliénation, la lutte contre l’aliénation a un rôle à jouer pour l’accès à la culture.
5) Construire une autre société
Si nous avons des élus à la mairie, ils et elles seront autant de points d’appui pour soutenir et visibiliser les luttes, dans la culture comme ailleurs. Face aux casses des budgets, contre les attaques sur le statut d’intermittent mais aussi pour défendre la liberté de créer, comme pendant la mobilisation de la MC2 durant le Covid ou l’occupation des beaux-arts qui a su lier des revendications générales contre la réforme des retraites en les articulant avec des revendications concernant le secteur culturel.
Nous considérons que les travailleurs font tourner cette société et que par conséquent, ces derniers devraient la diriger et qu’il est urgent de rompre avec la logique marchande qu’impose la gestion capitaliste des institutions mais en fait de l’ensemble de la société et des rapports sociaux. Ainsi notre liste, dont la moyenne d’âge est de 29 ans, est composée de jeunes travailleurs des secteurs de la santé, du social, de la culture au côté de salarié.e.s du privé, de multinationales et de la métallurgie.
En reprenant aux patrons les richesses qu’ils nous ont volées, il serait possible d’augmenter les salaires, de stopper la dégradation des services utiles à la population, et même de les étendre et de les rendre gratuits. Les capitalistes sont incapables d’assurer des droits aussi élémentaires que le logement, l’alimentation ou l’accès aux loisirs. Les travailleurs au pouvoir feraient bien mieux.
6) Projets culturels et coopération : aux travailleuses et travailleurs de décider de tout !
Concernant les projets culturels, nous sommes convaincus que les salarié.e.s qui sont sur le terrain, s’ils en ont les moyens humains, politiques et financiers, sont les mieux à même de savoir ce qui est utile pour le développement de leurs missions dans l’intérêt du plus grand nombre. Nous pensons également que l’accès à des locaux adaptés et donc le fait de se battre contre les futurs “plans de sauvegarde des services publics” qui sont des plans d’austérité et de licenciements à peine déguisés est une question importante.
La coopération que nous voulons mettre en œuvre est une solidarité militante, sur le terrain des luttes, en soutien aux mobilisations portées par les travailleurs et les travailleuses de ce secteur, en lien avec les habitantes, les habitants et les personnes participant aux activités de ces associations.
Nous le répétons : si nous avons des élus, elles et ils affirmeront leur soutien constant aux mobilisations contre les politiques d’austérité et pour des conditions de vie et de travail dignes pour tous, contre la précarisation, et contre la répression politique et administrative via les baisses ou les suppressions de subventions. Elles et ils seront les plus à même d’exprimer les difficultés des salariés, car nous sommes des militantes et militants du quotidien et ne prétendons ni faire carrière ni vivre de la politique, au contraire de la majorité des autres listes.
Nous nous permettons de vous suggérer le visionnage de cette vidéo, compilant les interventions de notre tête de liste Baptiste Anglade lors du débat avec les autres candidats à la mairie de Grenoble, organisé par l’association TEMPO – réseau des musiques actuelles de la métropole grenobloise, sur le thème de la culture : Face aux candidats à la mairie de Grenoble, Baptiste Anglade défend les idées révolutionnaires.
Nous vous remercions pour votre sollicitation et nous rendrons disponibles pour un éventuel débat public nous permettant de continuer à développer les axes de notre campagne et notre orientation politique générale.
En toute camaraderie,
La liste Grenoble Ouvrière et Révolutionnaire