Nos vies valent plus que leurs profits

Réponses à un questionnaire du Collectif d’acteurs de l’Éducation populaire à Grenoble

Le Collectif d’acteurs de l’Éducation populaire à Grenoble (réseau départemental des MJC et MPT, Peuple et culture, Francas de l’Isère, collectif Avenir de l’éducation populaire, Ligue de l’enseignement de l’Isère, Aroeven, Cap Berriat, Jeunes et nature, La Madre, Villeneuve Debout, l’Accorderie) nous a sollicité dans le cadre de la campagne municipale de Grenoble. Voici nos réponses !

 

 

QUESTION 1 : Quel est votre diagnostic de la situation actuelle, de l’éducation populaire et de la vie associative à Grenoble ?

Notre liste est composée de travailleurs et de travailleuses, de celles et ceux qui font tout tourner dans la société, dont dans les associations. Certaines et certains de nos candidats sont salariés de l’action sociale, de l’insertion et de l’animation.

Notre tête de liste, Baptiste Anglade, est éducateur en prévention spécialisée dans une association qui, elle aussi, a de plus en plus recours aux contrats précaires, dont les moyens sont régulièrement diminués et où la charge de travail ne fait qu’augmenter malgré l’accroissement des besoins des jeunes, des habitantes et des habitants des quartiers ouvriers et populaires.

Notre campagne dénonce la concentration des richesses et du pouvoir de direction entre les mains d’une minorité de grands patrons. Les travailleurs produisent tout, font tout fonctionner, y compris dans le secteur associatif : elles et ils devraient aussi décider de tout. Collectivement, les salariés de ce secteur, comme de l’ensemble du monde du travail, peuvent en finir avec ce système capitalisme et sa logique de recherche du profit immédiat qui transforme la solidarité en service marchand.

En reprenant aux patrons les richesses qu’ils nous ont volées, il serait possible d’augmenter les salaires, de stopper la dégradation des services utiles à la population, et même de les étendre et de les rendre gratuits. Les capitalistes sont incapables d’assurer des droits aussi élémentaires que le logement, l’alimentation ou l’accès aux loisirs. Les travailleurs au pouvoir feraient bien mieux.

Grenoble a un tissu associatif historiquement dense, fruit de luttes, de mouvements sociaux et de l’éducation populaire issue du mouvement ouvrier, avec plus de 5 000 associations dont près de la moitié concerne la solidarité (action sociale, santé, action humanitaire, défense des droits, éducation et insertion). Cette richesse ne doit pas masquer une réalité plus brutale : la vie associative grenobloise subi les coupes budgétaires et la logique des appels à projets qui mettent en concurrence les associations et les poussent à prioriser les demandes des financeurs sur celles de la population.

Bien souvent, les associations d’éducation populaire fonctionnent grâce au bénévolat et à la bonne volonté de celles et ceux capables de dégager un peu de temps quand ils ne sont pas en train de vendre leur force de travail ailleurs. Cela fragilise d’une part la possibilité d’un fonctionnement pérenne, d’un travail sur le temps long qui est nécessaire, au détriment des personnes accompagnées. D’autre part, cela contribue à la non-formation professionnelle de celles et ceux qui sont sur le terrain et parfois à la déqualification de celles et ceux déjà en poste. Enfin, ces associations reposent trop souvent sur des contrats précaires et les salaires y sont bas, les conventions collectives commençant régulièrement en dessous du salaire minimum.

Nous ne nous positionnons pas de la même manière vis-à-vis des employeurs qui acceptent les politiques d’austérité et d’appels à projets sur le dos des salariés et des personnes accompagnées que vis-à-vis de ces dernières. Il faut arrêter les baisses des budgets, embaucher massivement et augmenter les salaires.

La mairie parle de « participation citoyenne » et donne à Grenoble un « objectif ville d’éducation populaire ». Mais en confiant les licenciements économiques, les plans de restructuration et autres mesures austéritaires aux associations, la ville poursuit ses objectifs de réduction des dépenses municipales entamés en 2016. Cela transforme les associations et les structures d’éducation populaire en gestionnaires de la misère générée par l’exploitation capitaliste.

Avec une baisse de plus de 25 % des subventions venant des collectivités sur dix ans, de nombreuses structures sont prises à la gorge. La généralisation des appels à projets, la contractualisation permanente, l’évaluation quantitative et la mise en concurrence organisée aggravent la situation. Les conséquences se font ressentir tant pour les personnes bénéficiant des services de ces associations que pour les salariés de ces dernières. Cette logique remet en cause des principes encore partagés par de nombreux salariés du secteur : autonomie politique, action pérenne, auto-organisation et objectif de transformation sociale.

Les associations d’éducation populaire qui assument leur indépendance politique vis-à-vis du patronat ou de l’État, celles qui soutiennent les luttes des travailleurs, des chômeurs et chômeuses, des habitantes et habitants des quartiers populaires ou des sans-papiers, subissent encore davantage cette pression financière et institutionnelle. Certaines sont parfois contraintes de fermer, comme le Plateau dans le quartier Mistral ou la Cordée.

Depuis les années 80, nombre d’associations de l’éducation populaire ont été intégrées aux institutions et à l’État. Elles se sont retrouvées chargées d’atténuer les conséquences des politiques au service du patronat et des riches.

Pour le NPA-Révolutionnaires, l’éducation populaire et le tissu associatif ne doivent pas dépendre d’appels à projets. Leur financement devrait être garanti en prenant sur les profits du patronat. Car ces associations permettent un accès, pour la jeunesse, les travailleurs et l’ensemble de notre camp social, à la culture, aux loisirs, aux droits, participant ainsi aux possibilités d’émancipation.

QUESTION 2 : Quelle est votre vision de la coopération à mettre en œuvre avec les associations d’éducation populaire à Grenoble ?

Nous pensons qu’il faut en finir avec l’austérité permettant aux riches de devenir toujours plus riches et aux pauvres de devenir toujours plus pauvres, et qui place les associations comme spectatrices et parfois accompagnatrices de cette évolution sociale.

Nous sommes convaincus que les salariés qui sont sur le terrain, s’ils en ont les moyens humains, politiques et financiers, sont les mieux à même de savoir ce qui est utile pour le développement de leurs missions dans l’intérêt du plus grand nombre.

Selon nous, il ne suffira pas de changer le personnel politique pour inverser la vapeur et changer radicalement la situation. Nous pensons que la solution réside dans la mise en mouvement de la majorité de notre camp social : celles et ceux qui subissent l’exploitation et les oppressions. Notre stratégie politique met au centre la question des mobilisations, de leur extension et de leur généralisation.

La coopération que nous voulons mettre en œuvre est une solidarité militante, sur le terrain des luttes, en soutien aux mobilisations portées par les travailleurs et les travailleuses de ce secteur, en lien avec les habitantes, les habitants et les personnes participant aux activités de ces associations.

QUESTION 3 : Quels engagements prenez-vous pour soutenir les associations d’éducation populaire afin de donner corps à un partenariat solide pour un développement social et culturel à Grenoble ?

La politique portée par notre liste ne se situe pas dans la logique de la gauche institutionnelle ou réformiste et ne prétend pas gérer ou aménager les politiques municipales existantes, ou encore gérer des budgets d’austérité. Nous militons pour changer radicalement les politiques publiques et la logique marchande et de contrôle social qu’elles sous-tendent. À ce titre, nous ne faisons pas de promesses électorales, même raisonnables, envers les associations d’éducation populaire. L’engagement que nous prenons est de continuer à soutenir et à visibiliser les mobilisations des salariés de ces associations, y compris contre leurs employeurs.

Notre position est claire : l’émancipation sociale ne viendra ni des politiques municipales ni de partenariats institutionnels, mais des luttes collectives menées par les travailleurs, les travailleuses et les habitants.

Si nous avons des élus, elles et ils affirmeront leur soutien constant aux mobilisations contre les politiques d’austérité et pour des conditions de vie et de travail dignes pour tous, contre la précarisation et la répression syndicale des salariés associatifs comme à l’Apajh ou à l’Afhip, et contre la répression politique et administrative via les baisses ou les suppressions de subventions. Elles et ils seront les plus à même d’exprimer les difficultés des salariés, car nous sommes des militantes et militants du quotidien et ne prétendons ni faire carrière ni vivre de la politique, au contraire de la majorité des autres listes.

Nous tenons également à votre disposition ce reportage que nous avons réalisé lors de la grève du travail social et médico-social du mois de décembre à Grenoble, autour de notre tête de liste, Baptiste Anglade, qui met en avant ce que nous revendiquons pour ce secteur qui touche en partie à l’éducation populaire: https://www.youtube.com/watch?v=99V9m45FOIA