
Le gouvernement Lecornu survit grâce au PS
Le vote du budget de la sécu (PLFSS) a été permis par une double alliance de Lecornu-Macron : d’un côté avec LR (au prix d’une quasi-disparition du parti présidentiel aux municipales), de l’autre avec le PS qui a carrément voté pour le projet avec comme simple contrepartie la suspension (qui vaut validation) d’une partie de la réforme des retraites. Le gain électoral pour le PS est incertain, en tout cas cela n’a suscité qu’ironie et colère dans les classes populaires. Les Verts et le PCF se sont partagés entre le vote contre et l’abstention. La FI a dénoncé la trahison de ses alliés, mais on ne peut être trahi que par ceux auquel on a fait un minimum confiance… C’est la FI qui a sauvé le PS avec la Nupes puis le NFP. Le PS, lui, est fidèle à sa politique (qui a enfanté Macron) avec Hollande aux commandes. Finalement les seuls qui ont « trahi », au moins leurs propres idées, ce sont ceux qui ont intégré la Nupes puis le NFP tout en prétendant appartenir à l’extrême gauche ou faire partie de l’aile révolutionnaire du mouvement ouvrier.
Le budget de l’État, lui, peine à trouver une majorité à l’Assemblée. Ce n’est pas faute d’un accord sur le fond politique : du PS au RN, tous approuvent (et ont voté en ce sens) l’augmentation du budget militaire qui est la marque de ce budget anti-social. Mais aucun parti ne veut apparaître comme un allié de Macron en cette fin de règne. Ceux qui veulent que ce budget passe sans avoir à assumer la responsabilité de le voter (PS, LR) pressent Lecornu de recourir au 49-3. Lecornu s’y refuse pour l’instant pour les forcer à se découvrir.
Ces péripéties parlementaires ont donc pour seul enjeu de prendre une posture pour les élections à venir, municipales et surtout présidentielles. Chaque parti présente son programme sous la forme d’un amendement ou d’un projet de loi qui, même adopté à l’Assemblée, n’a que peu de chances de passer le barrage du Sénat ou du Parlement. Peu importe, c’est l’affichage qui compte ! C’est le cas par exemple de l’amendement sur la nationalisation d’Arcelor France présenté par Mélenchon comme une « victoire historique ». Une « victoire historique » qui n’a aucune chance de devenir loi, sauf à s’appuyer sur un rapport de force induit par une mobilisation ouvrière contagieuse. Une « victoire historique » qui en dit long sur le programme affiché par la FI (puisqu’il ne s’agit que de ça) : faire payer 3 milliards à la collectivité pour prendre le contrôle des aciéries sans s’engager ne serait-ce qu’à garantir les emplois. Ce genre de nationalisation a été pratiqué par la gauche pour faire payer par l’État le coût des licenciements en masse.
Le RN tout à la présidentielle
Le RN se tient à l’écart des débats sur le budget, une stratégie électorale qui lui permet à la fois de rester formellement dans l’opposition à Macron tout en n’apparaissant pas comme jetant de l’huile sur le feu. Il en a profité pour envoyer des messages au patronat en présentant son propre projet de manière assez confidentielle : un projet encore plus anti-ouvrier et pro-capitaliste que celui de Lecornu. Geste symbolique, il a abandonné la retraite à 60 ans. Le RN met au rencart le peu de démagogie sociale que contenait son programme.
Le Pen étant empêchée par son inéligibilité (son procès en appel s’ouvre le 13 janvier), c’est Bardella qui a lancé sa campagne présidentielle avec un livre de témoignages de « travailleurs » – en s’inspirant des campagnes de Sarkozy. Avec l’appui médiatique de Bolloré, il obtient le ralliement de figures de la droite qui se résolvent à la perspective de participer à un gouvernement dominé par le RN. Non pas qu’ils aient eu à aucun moment la moindre prévention idéologique (le quinquennat Sarkozy était déjà marqué du sceau de la droite extrême), mais ils préféraient garder les commandes et marginaliser le RN – dont « s’échappaient » régulièrement quelques figures attirées par les maroquins ministériels. Mais au vu du rapport de force électoral attendu, la droite se rend à l’évidence…
Tout cela concourt à donner une impression d’inévitabilité à la victoire du RN en 2027. Nous devons expliquer cette poussée comme une conséquence des besoins politiques de la classe capitaliste dans la période actuelle de concurrence économique et militaire exacerbée entre grandes puissances qui impose de continuer et d’amplifier l’offensive nationaliste anti-ouvrière, appuyée sur la démagogie raciste et les méthodes autoritaires. Nous n’en déduisons aucune fatalité mais que le combat contre le RN ne peut se mener sur le terrain électoral et institutionnel mais fondamentalement par la lutte de classe. De ce point de vue, nous dénonçons les illusions véhiculées par la gauche (y compris LFI et PCF, tout en prenant soin de relever les différences de posture qu’ils entretiennent par rapport au PS afin de se faire entendre de leur milieu), et nous mettons en avant la nécessité de frapper ensemble sur le terrain des luttes.
La poussée de l’extrême droite a peu de chances d’être enrayée dans les urnes dans les prochaines élections de 2027. Elle ne pourra être combattue efficacement qu’à la faveur d’un changement du rapport de force au profit du monde du travail. Cela implique que des militants dans la jeunesse et dans la classe ouvrière saisissent les occasions de lutte en poussant leur organisation à la base et leur extension. Seuls les révolutionnaires défendent et agissent pour cette orientation, la question de leur regroupement est essentielle pour entraîner des milieux plus larges, y compris certains influencés par la gauche institutionnelle.
La passivité des directions syndicales
Les directions syndicales ont fait le choix de ne pas perturber l’équilibre parlementaire précaire pendant la discussion du budget. Elles se sont de fait alignées sur le PS (et ses alliés Verts et PCF) dans la droite ligne de leur politique de pompiers face aux menaces d’incendie social autour du 10 septembre. Les nombreuses attaques contenues dans le budget qui vont impacter rémunérations et conditions de travail dans beaucoup de secteurs (public ou semi-public de droit privé) sont à peine dénoncées. La CGT actualise régulièrement sa carte des licenciements, montrant l’ampleur des dégâts patronaux, mais uniquement pour proposer des plans industriels, secteur par secteur, en s’appuyant au passage de manière crasse sur le développement de l’industrie de guerre.
Cette passivité « d’en haut » n’empêche pas des mouvements locaux d’émerger (ils ne sont pas moins nombreux que dans la période précédente), mais rend plus difficile le fait de leur donner une résonance plus large. La dénonciation de cette politique bureaucratique ne doit pas apparaître comme une simple requête aux sommets syndicaux de mener une autre politique mais doit s’accompagner, là où l’occasion existe, de démonstration de la possibilité de s’organiser à la base et de s’adresser à d’autres.
Le mouvement des agriculteurs
Le seul mouvement contestataire qui se soit clairement opposé au gouvernement dans la rue pendant les débats sur le budget est celui des éleveurs contre l’abattage systématique des troupeaux. Ce mouvement est par essence très limité, avec une revendication spécifique pour une couche sociale petite-bourgeoise composée de petits propriétaires indépendants qui, pour la plupart, travaillent et n’exploitent pas de salariés. Le gouvernement a certes plus de facilité à céder sur des revendications spécifiques d’indépendants mais la mobilisation a néanmoins démontré que la pression par l’action sur un pouvoir en difficulté peut payer. C’est cela (et pas la défense des intérêts ouvriers face à ceux de la petite-bourgeoisie) qui explique le silence des directions syndicales à propos de ces mobilisations : en creux, elles montrent à quel point les luttes des travailleurs salariés pourraient mettre le gouvernement en difficulté et à quel point les directions syndicales s’y refusent.
Ce mouvement des éleveurs a été combattu par la FNSEA qui représente les plus grands patrons de l’agrobusiness. Les couches les plus basses de la petite-bourgeoisie travailleuse sont victimes du grand capital – fait que nous soulignons non pas pour encourager la petite production individuelle mais pour montrer l’intérêt de toutes les couches travailleuses à se solidariser de la classe ouvrière plutôt qu’à crever tout en rêvant de devenir capitaliste.
Le mouvement a été dirigé par la Coordination rurale, organisation complètement liée à l’extrême droite et particulièrement au RN. La stratégie du RN ne passe pas par des actions de rue. Pour l’instant il recherche plutôt la respectabilité électorale. Mais que des petits propriétaires en colère fassent l’expérience d’actions directes sous la direction de l’extrême droite pourrait représenter un danger à l’avenir. La présence du RN à la direction de ces mobilisations agricole est significative de la progression de l’ancrage de l’extrême droite, dans un secteur traditionnellement dominé par la droite. Le RN n’a pas du tout les mêmes possibilités ni, pour l’instant, les mêmes ambitions dans les syndicats ouvriers, qui, eux, sont dirigés par la gauche.
La Confédération paysanne a aussi participé au mouvement, en mettant en avant la lutte contre l’agrobusiness capitaliste, avec des aspects justes et en s’adressant comme c’est son habitude aux syndicats ouvriers pour chercher du soutien. Néanmoins, l’orientation protectionniste de ce syndicat n’a pas permis de déjouer la manœuvre nationaliste du gouvernement et de la FNSEA de détourner la colère sur le front de l’opposition à Bruxelles et au Mercosur. Nous dénonçons cet accord entre brigands capitalistes, mais certainement pas au nom d’un repli derrière les intérêts des capitalistes français, que ce soit dans le secteur agricole ou un autre !
Postures de l’opposition et politiques de l’exécutif face à l’intervention américaine au Venezuela
Le choc créé par l’intervention américaine au Venezuela divise bourgeoisies et gouvernements dans le monde mais aussi en France.
La réaction initiale de Macron présentait le double caractère d’un alignement total sur la politique américaine et en même temps d’une posture menaçante à l’égard de ses adversaires – peuples colonisés ou travailleurs. En enterrant, à la suite de Trump, toute notion de multilatéralisme ou d’un droit international « fondé sur des règles », Macron met l’accent sur la nécessité de renforcer la France et l’Union européenne dans la jungle que serait devenue l’arène internationale. Un bon prétexte aux durcissements autoritaires et aux politiques militaristes en cours. Cette menace est à prendre au sérieux, malgré le caractère ridicule de ce président de seconde zone qui joue les matamores en même temps qu’il s’écrase devant Trump. C’est une nouvelle affirmation que la guerre contre les classes populaires va s’intensifier, de même que les guerres qui se déroulent ou se préparent entre États.
Néanmoins, la position du président a choqué jusque dans son propre camp où le faux-semblant d’un attachement au « droit international » sert de justification politique à l’autoritarisme et au militarisme. Il n’y aurait pas d’alternative que d’accepter les sacrifices pour les classes populaires jusqu’à « perdre ses enfants », mais au nom de la défense de « l’État de droit », de la « démocratie » ou des « droits de l’homme »… Et si on enlève ça au discours des puissances impérialistes européennes, que reste-t-il, sinon la défense des intérêts de leurs grands groupes capitalistes – exactement comme les États-Unis ou la Chine ?
D’autant qu’il n’a pas fallu 48 heures à Trump pour désigner le Groenland comme nouvelle cible. Ce qui a sûrement joué dans le rétropédalage de Macron qui a tenu finalement à rappeler son attachement au droit international… qui devrait donc, si on le suit, s’appliquer plus dans les colonies des puissances européennes qu’à Caracas.
L’extrême droite est divisée entre d’un côté Le Pen qui met en avant la souveraineté et de l’autre Ciotti qui applaudit au coup de force de Trump (Bardella restant entre les deux, union des droites oblige). Posture électorale pour Le Pen, dont les amis politiques au pouvoir en Italie ou en Hongrie ont applaudi bruyamment le geste américain (Orbán indiquant que « c’est bon pour les marchés de l’énergie »).
La gauche, dont la FI qui est la plus audible sur ce sujet, dénonce le coup d’État au nom de la souveraineté et du droit international. Ce qui l’amène d’un côté à placer la discussion sur le terrain exclusif de la libération de Maduro et de sa réinstallation en tant que président légitime, et de l’autre à faire valoir que la France doit rompre avec l’impérialisme prédateur américain. Comme si l’État français n’était pas lui-même un impérialisme prédateur et comme si la France bourgeoise pouvait avoir les mêmes intérêts à défendre que les travailleurs du pays.
Les tâches des révolutionnaires
Nous ne rappelons pas ici nos activités prioritaires d’implantation et d’intervention sur les lieux de travail. Nous n’insistons pas sur l’importance du recrutement politique de communistes révolutionnaires dans la jeunesse scolarisée. Quelques remarques sur des activités spécifiques :
Répression
La répression sous ses formes patronales et policières, sous couvert de racisme ou directement anti-ouvrière accompagne l’offensive de la bourgeoisie. Le coup de force de Trump au Venezuela et l’appui qu’il a reçu de Macron indiquent que cette répression tous azimuts va se renforcer encore et s’affranchir des quelques garde-fous légaux qui subsistent. La lutte contre la répression est donc une tâche politique à part entière, qui doit être l’occasion de regrouper largement les militants, y compris de la gauche institutionnelle, tout en montrant à chaque étape que le combat contre la répression des militants concerne les intérêts de tous les travailleurs, militants ou pas.
Nous avons organisé des luttes au long cours contre la répression raciste avec des victoires partielles obtenues devant des tribunaux mais sur la base d’un rapport de force : à propos de Bruno et Ibrahima à la ville de Paris ou de Majdouline à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière. Nous avons contribué à animer la lutte contre la répression du mouvement de solidarité avec la Palestine, d’autant que nos camarades David et Alex l’ont directement subie. Enfin la répression patronale confirmée par la décision inique du tribunal contre les cinq postiers du 92 est à combattre en général mais aussi pour empêcher une jurisprudence négative autour de la violation de domicile professionnel. Nous intensifions nos efforts dans ce sens en montrant la logique générale de ces attaques et des ripostes à y opposer. La lutte pour les cinq du 92 est une échéance centrale pour nous dans cette optique.
Jeunesse
Dans la jeunesse, en plus de notre propagande et de notre construction (qui porte ses fruits même dans cette période où nous sommes à contre-courant : le dernier WEF a été le plus nombreux), nous testons des axes d’agitation autour de la militarisation. Dénonciation des interventions impérialistes, de la montée des risques de guerre, lutte contre le retour du service militaire même volontaire, lutte contre les effets sociaux de la militarisation (comme les effets sur les budgets de l’éducation et leurs conséquences, par exemple l’augmentation des frais d’inscription). Le génocide en Palestine et la complicité-responsabilité de Macron a déclenché une politisation très large et assez profonde dans la jeunesse. L’évolution de la situation internationale va probablement encore approfondir cette tendance. Il faut se mettre en position de proposer et de saisir les occasions pour que cette politisation se transforme en action – ce qui n’a pas été le cas à une échelle large jusqu’ici.
Pôle des révolutionnaires
L’accélération de la situation internationale va se traduire (et se traduit déjà) par une accélération des attaques sur le plan intérieur sur fond d’une crise politique latente qui n’est pas réglée. Cette situation ouvre et ouvrira de nombreuses occasions à saisir dans les luttes, comme le 10 septembre dernier. Dans ces situations, même si nous recherchons l’unité d’action la plus large, la question de la direction des mouvements est capitale. Directions syndicales et politiques de gauche mèneront à l’impasse, d’où l’importance d’une alternative politique révolutionnaire qui dépasse une certain seuil en termes d’audience et de poids politique… ce que nous appelons le pôle des révolutionnaires. Nous concevons toute notre activité (interventions dans les luttes, campagnes électorales) dans le cadre de ce pôle, tout en saisissant toutes les occasions d’apparaître même seuls en tant que NPA-R. C’est dans ce sens que nous maintenons la proposition faite à Lutte ouvrière pour les municipales. Ce même état d’esprit devra se décliner pour les échéances électorales de 2027, pour lesquelles la discussion commencera après les municipales.