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Royaume-Uni : liberté pour les militants de Palestine Action en danger de mort

24 militants en prison sans procès pour leur opposition au génocide. Photo du site https://filtonactionists.com/

 

 

Huit militants de Palestine Action, un groupe de soutien au peuple palestinien fondé en 2020, sont en grève de la faim illimitée depuis le 2 novembre dernier. Cette grève entre dans son troisième mois et est classée comme la plus longue dans les prisons britanniques depuis celle de 1981, sous Margaret Thatcher, observée par des militants républicains irlandais et qui s’était terminée par la mort de Bobby Sands et de neuf de ses camarades.

Les grévistes de la faim font partie d’un groupe de 24 personnes emprisonnées, pour certains depuis dix-huit mois, et qui sont toujours en attente de leur procès. Le groupe a revendiqué plusieurs intrusions, notamment dans des entreprises militaires et des sites qui produisent des armes et du matériel à destination du régime sioniste, notamment l’entreprise israélienne Elbit située à Filton, près de Bristol, au pays de Galles, et la base aérienne de Brize Norton de la Royal Air Force, près d’Oxford. Il en a paralysé certains plusieurs jours. Il a détérioré des millions de dollars d’armes en instance d’être livrées à Israël. Traîné devant les tribunaux dès 2021, il a réussi à en sortir blanchi par la justice à plusieurs reprises, au nom de la « lawful excuse » (excuse légitime), une disposition du droit britannique qui exonère de l’accusation de dommages criminels des actes illégaux commis pour empêcher un tort plus grave : en l’occurrence, tuer des Palestiniens1.

L’actuel gouvernement travailliste de Keir Starmer ne cache pas son soutien à Netanyahou. Il a même déroulé le tapis rouge en septembre dernier lors de la visite officielle au Royaume-Uni du président israélien Isaac Herzog. Entré en fonction sans que son prédécesseur de droite conservatrice ait trouvé la parade contre les actions de Palestine Action, il a opté pour l’inscription du groupe sur la liste des organisations terroristes. Celle-ci, validée par le Parlement lors d’un vote en juillet 2025, rend la simple appartenance au groupe passible d’une arrestation et de poursuites pénales. À la suite de manifestations en sa faveur à Londres, Cardiff, Leeds, Derry et ailleurs, plusieurs milliers de manifestants ont été arrêtés par la police dont plus de 2 000 dans la seule capitale. En outre, 254 personnes ont été inculpées pour leur soutien à l’organisation dissoute. Cela n’a cependant pas affaibli les mobilisations pour la Palestine qui se poursuivent.

Il y a urgence du côté des grévistes de la faim : deux d’entre eux ont été hospitalisés en raison de leur état de santé dégradé et trois autres sont en danger de mort. Leurs avocats réclament leur libération conditionnelle, mais le ministère de la Justice britannique refuse de les rencontrer.

Sur le site officiel des Nations unies, sept rapporteurs spéciaux se sont inquiétés de l’état des prisonniers. Ils se disent « profondément préoccupés » par la dégradation rapide de leur santé. Certains présentent un « risque critique » de complications graves, allant « de la défaillance organique à des lésions neurologiques irréversibles, en passant par des troubles cardiaques pouvant être fatals ».

Il va sans dire que nous nous joignons au mouvement international de solidarité qui réclame leur libération immédiate.

Jean Liévin

 

 

1  Pour plus de détails, lire l’article de Rayan Freschi et Mathieu Rigouste, « Ces “terroristes” britanniques qui soutiennent la Palestine », Le Monde Diplomatique, no 862, janvier 2026, p. 18-19.