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Brèves

L’actualité en bref

Nicolas Sarkozy est convoqué le 13 octobre au parquet national financier pour connaître les modalités de son incarcération imminente après sa condamnation à cinq ans de prison ferme dans le cadre de l’enquête sur le financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007. Pour rester fidèle jusqu’au bout à sa réputation « bling bling », il a organisé un pot de départ dans le très chic manoir des Pavillons des Étangs du bois de Boulogne, dans le 16e arrondissement de Paris. Parmi les invités présents à cette sauterie, on notait la présence du secrétaire général de l’Élysée, Emmanuel Moulin, bras droit du président de la République. Il n’était évidemment pas là par hasard mais pour souligner le plus ou moins discret soutien de Macron à Sarkozy, qu’il avait d’ailleurs appelé au téléphone après sa condamnation. En son temps, le dirigeant du PCF, Jacques Duclos, critiquait la tendance à créer une élite privilégiée, composée de proches du pouvoir (les copains) et de ceux qui profitent de leur position pour des intérêts personnels (les coquins). Sarkozy réalise le tour de force d’être les deux à la fois. Et soyons sûrs qu’à la fin des agapes les participants lui ont souhaité une bonne santé mais aussi un bon séjour à la Santé.

Une bande de crétins a profané la tombe de l’ancien ministre de la Justice, Robert Badinter, au carré juif du cimetière de Bagneux (Hauts-de-Seine), au moment où son cercueil entrait au Panthéon. Que cette nouvelle « panthéonisation » puisse provoquer un sentiment de ras-le-bol est tout a fait légitime. Depuis des années Macron multiplie ce genre de cérémonies (Simone Veil, Maurice Genevoix, Joséphine Baker, les Manouchian et on nous annonce Marc Bloch pour l’an prochain) pour, à chaque fois, se mettre en avant et se faire de la pub avec décorum rétro, profusion de drapeaux tricolores et gueules de circonstance, ce qui devient insupportable. Il n’est pas question d’idéaliser Badinter. On oublie un peu vite aujourd’hui qu’avant d’être ministre de la Justice de Mitterrand puis sénateur, il fut un avocat « paillettes » spécialisé dans la défense des célébrités (Charlie Chaplin, Brigitte Bardot, Coco Channel, le baron Empain, Jimmy Connors, l’héritière d’Opel, etc.) et pas dans celle du chômeur, de la veuve et de l’orphelin. Mais ce qui va changer sa vie est son échec à sauver de l’échafaud Roger Bontemps, guillotiné à la prison de la Santé en novembre 1972. À partir de ce moment, il consacra sa vie à l’abolition de la peine de mort qu’il obtiendra finalement neuf ans plus tard, une fois devenu ministre de Mitterrand. On lui doit, également parmi d’autres combats, la dépénalisation de l’homosexualité. Et cela mérite, sinon une admiration béate pour ce serviteur toujours fidèle de la bourgeoisie, du moins un certain respect.

Un gardien de la paix, qui était en poste à Vaulx-en-Velin, dans la banlieue lyonnaise, a été condamné à huit mois de prison avec sursis pour violences aggravées sur un adolescent de 14 ans. L’incident s’était produit le 19 mars 2020 à Villeurbanne lors d’une intervention policière suite à un rodéo de scooter. L’adolescent, d’origine maghrébine, avait été frappé au visage avec une bombe lacrymogène, ce qui lui avait cassé une dent. Dans un premier temps, suite à une enquête bâclée, « la police des polices » avait écarté toute responsabilité du policier. La famille de l’adolescent avait alors porté plainte à deux reprises, chaque fois classée sans suite avant que la partie civile ne riposte par une citation directe. Malgré la légèreté de cette condamnation l’avocat du flic tabasseur a fait appel, en espérant décrocher un acquittement. Comme dirait Sarkozy, encore un exemple d’une justice trop répressive à l’égard des honnêtes gens.

C’est du moins ce qu’affirme l’ancien ministre de la Justice, Éric Dupond-Moretti qui leur reproche de quitter le navire macroniste avant qu’il ne coule. Il souligne le manque de loyauté vis-à-vis du président de la République des deux anciens Premiers ministres. Lui, qui a prudemment quitté son ministère de la place Vendôme il y a un an pour reprendre sa lucrative activité d’avocat de la bonne société, canarde depuis à boulets rouges ses anciens petits camarades, aujourd’hui Attal et Philippe, hier Darmanin et Retailleau. Un signe, parmi beaucoup d’autres, de la crise que traverse actuellement la macronie et, au-delà, le régime politique.

Plusieurs associations de défense des droits des Palestiniens, dont Avocats pour la justice au Proche-Orient et l’Union juive française pour la paix ont porté plainte contre les organisateurs du salon de l’aéronautique du Bourget (Seine-Saint-Denis) pour complicité de crime de guerre et génocide. En cause, la présence de stands de cinq entreprises militaires israéliennes lors de cette manifestation qui s’est tenue en juin dernier, en pleine guerre de Gaza. La plainte, déposée au tribunal de Bobigny, soutient que « promouvoir et accueillir des entreprises d’armement israéliennes […] va à l’encontre du Code pénal en matière de complicité et recel de crimes internationaux ». Ses initiateurs espèrent ainsi empêcher l’impunité des acteurs économiques et étatiques dans les crimes internationaux. C’est loin d’être gagné tant le monde économique est impliqué dans les guerres. Mais la plainte a au moins le mérite de mettre en lumière les complicités dont a bénéficié directement et indirectement Israël dans ce génocide.

Des bateaux d’une nouvelle flottille internationale humanitaire ont été interceptés par la marine de guerre israélienne dans les eaux internationales, à quelque 220 kilomètres des côtes de Gaza. Un troisième acte de piratage en quelques mois dans l’indifférence des gouvernements occidentaux, en fait complices depuis le début du massacre des Gazaouis. Dans le même temps des participants suisses de la flottille précédente, de retour dans la Confédération helvétique, ont dénoncé des traitements inhumains et des abus lors de leur détention à la prison de Ktzi’ot, dans le désert du Néguev. Ils affirment avoir été victimes de « tortures et d’exactions » et ont également mentionné des problèmes d’hygiène, d’accès à la nourriture et à l’eau potable. De son côté l’organisation Waves of Freedom (Vagues de la liberté) a réitéré ses accusations contre le gouvernement israélien, dénonçant des détentions « illégales » et des traitements « cruels, inhumains et dégradants ». Venant de la clique Netanyahou cela ne peut étonner…

Au début de ce mois les talibans ont interdit aux femmes l’accès à Internet et aux réseaux de téléphonie mobile. Pour beaucoup d’entre elles, c’était le dernier lien qui leur permettait de sortir de leur isolement et de garder des contacts avec l’extérieur. Il leur était déjà interdit de sortir seules dans la rue, de discuter ou de chanter en public, ou de poursuivre des études. Depuis leur retour au pouvoir en 2021, les talibans ont adopté plus d’une centaine de décrets limitant chaque fois un peu plus les droits des femmes. Conséquence : selon les experts de l’ONU, aujourd’hui 78 % des Afghanes ne sont ni scolarisées, ni salariées, ni en formation. Et lors du tremblement de terre, qui a touché le pays à la fin août, des centaines d’entre elles sont mortes faute de soins car il leur était interdit de se faire soigner par un médecin homme. Pour les femmes de ce pays le régime des talibans c’est l’enfer sur terre.

Alors même que l’allongement de l’âge de la retraite et les projets de ponctionner les retraités contribuent à la colère de la population laborieuse contre le gouvernement, une catégorie semble épargnée par la rigueur : les élus locaux. En effet les parlementaires, tant ceux du palais Bourbon que leurs collègues du Sénat, finalisent une réforme des retraites plus avantageuse pour les élus locaux dans le cadre d’une loi qui devrait encadrer leur statut. L’article 3, déjà adopté par les deux Chambres, prévoit d’accorder aux élus locaux des trimestres de retraite supplémentaires pour chaque mandat, sans cotisation. Les liens entre élus locaux et les parlementaires sont connus et bien documentés, nombre de députés et de sénateurs étant d’anciens (ou futurs) élus locaux. Pas question donc de se mettre à dos ces derniers. Par contre, lors des débats, personne n’a évoqué le coût de la mesure : au moins 100 millions d’euros. Bref la dette « abyssale» du pays n’est agitée que lorsque les salariés revendiquent pour leurs revendications.

Dans une tribune publiée dans Le Monde, des médecins et scientifiques s’inquiètent des effets sur la santé de l’hexane, solvant utilisé dans l’industrie agroalimentaire. Issu de la distillation du pétrole, ce solvant sert à faciliter l’extraction des huiles végétales (soja, tournesol, colza). Mais l’hexane est un « neurotoxique avéré, toxique pour le système reproducteur chez l’homme et la femme, et perturbateur endocrinien (qui) fait depuis dix ans l’objet d’alertes de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail et de l’Institut national de recherche et de sécurité », écrivent les signataires. Le 22 septembre dernier un rapport de Greenpeace montrait déjà la présence de résidus d’hexane dans 36 produits alimentaires (huiles, beurre, laits, poulet) sur les 56 testés. Et si ces résidus étaient présents à des quantités inférieures aux seuils réglementaires, l’ONG rappelait que lesdits seuils avaient été fixés à partir d’études fournies en 1995… par les industriels eux-mêmes. Et pour eux par question d’arrêter d’utiliser l’hexane. La santé publique attendra encore quelques décennies.