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Brèves

L’actualité en bref

Par le biais d’une de ses filiales, le Crédit agricole a accepté de payer une amende de 88,24 millions d’euros pour ne pas être poursuivi par le parquet national financier (PNF) dans une affaire de fraude fiscale. Le groupe bancaire avait mis au point une combine d’optimisation fiscale pour ses gros clients étrangers possédant des actions en France afin de leur permettre d’échapper au paiement de l’impôt sur les dividendes. Amende finalement modeste si on se rappelle que la banque a réalisé en 2024 un bénéfice net record de 8,6 milliards d’euros (+ 4,6 %) et un chiffre d’affaires de 38,1 milliards d’euros (+ 4,3 %). Et l’affaire n’est pas terminée. En effet l’enquête lancée par le PNF en 2021 concerne, outre le Crédit lyonnais, cinq autres banques dont la BNP Paribas et la Société générale. Mais pas question de les voir finir derrière les barreaux contrairement aux jeunes de banlieue qui piquent un vélo.

La police hongroise a annoncé l’interdiction d’une marche des fiertés prévue le 4 octobre à Pécs, une ville du sud du pays. Cette décision fait suite à l’interdiction de la Budapest Pride en juin dernier par le gouvernement du Premier ministre Viktor Orbán, qui mène une campagne de répression contre les droits des personnes LGBT+. Plus de 200 000 personnes, un chiffre historique, avaient défié cette décision en participant à la marche. « Nous refusons d’être réduits au silence. Nous ne nous laisserons pas intimider », ont prévenu dans un communiqué les membres de l’association Diverse Youth Network qui ont décidé de maintenir l’évènement à Pécs malgré l’interdiction. Depuis 2018, Orbán réduit progressivement les droits fondamentaux des minorités sexuelles au nom de la « protection de l’enfance ». Mais ces dernières ne se laissent pas faire.

Sur des images relayées sur les réseaux sociaux, on peut voir un policire gifler violemment un jeune homme avant de lui cracher dessus quelques instants plus tard. La scène s’est déroulée le 28 août dernier dans le quartier de la Sablière, à Saint-Denis, et a été filmée par une mère de famille. Face à l’ampleur prise par cette vidéo, déjà vue plus de 100 000 fois le jour de sa mise en ligne, le parquet de Bobigny a annoncé l’ouverture immédiate d’une enquête pour « violences par personne dépositaire de l’autorité publique ». Le député local LFI, Aly Dioura, a interpellé le préfet de police, Laurent Nuñez, sur cette affaire. L’entourage de ce dernier se contente d’affirmer qu’une enquête administrative est en cours sans donner plus de précision. Rappelons que le même Nuñez avait déposé plainte contre Dioura le 22 août dernier parce qu’il avait déclaré que « la police tue ». Va-t-il le poursuivre cette fois pour avoir affirmé, preuve à l’appui, que la police tabasse ?

Le décret détaillant le financement des partis à la suite des élections législatives de 2024 vient d’être publié au Journal officiel. Il permet, en autres, de connaître les partis qui n’ont pas respecté la parité hommes-femmes au moment d’investir leurs candidates et candidats. Sur les quinze principaux partis en lice, seuls La France insoumise, le Parti socialiste et Debout la France ont respecté la parité. Les autres ne l’ont pas fait. En queue de peloton on trouve Les Républicains de Bruno Retailleau qui n’ont fait figurer qu’un tiers de femmes sur leurs listes. Mais ils font malgré tout presque deux fois mieux que l’Union des droites pour la République, d’Éric Ciotti, député des Alpes-Maritimes et allié de Marine Le Pen, qui n’alignait que 17,5 % de candidates. Cela explique le recul régulier du nombre de députées sur les bancs de l’Assemblée nationale. Elles ne sont actuellement que 208 à siéger (sur 577) alors qu’elles étaient 215 en 2022 et 224 en 2017. Dans ce domaine aussi la parité n’est pas gagnée.

Hubert Guérin, qui fut longtemps un collaborateur de Geneviève de Fontenay, la créatrice du concours Miss France, publie ces jours-ci un livre intitulé Miss France, du rêve à la réalité. Après avoir interviewé 60 anciennes Miss ou candidates, il lève le voile sur les coulisses de cette compétition où se côtoient dépression, harcèlement, violences sexuelles répétées pouvant aller jusqu’au viol. Le tout couvert par une omerta imposée par tous les moyens. Une partie de ces agressions sexuelles auraient eu lieu lors des voyages de préparation à l’étranger, parfois jusqu’au soir de l’élection, principalement entre 1990 et 2002. La société Miss France actuelle affirme avoir pris connaissance de ces affirmations mais rejette la responsabilité de ces actes sur ses prédécesseures. Qu’importe. Les concours de Miss sont un condensé de tous les poncifs sexistes et machistes que véhicule la société. Alors que parfois cela se termine en viol n’a rien d’étonnant.

Les pouponnières de l’aide sociale à l’enfance (ASE) accueillent des bébés de la naissance à trois ans, placés le plus souvent par la justice, car ils sont à risque de danger dans leur famille : maltraitances, toxicomanie ou troubles psychiatriques des parents, violences inter familiales, etc. Mais ces pouponnières sont souvent sur-occupées et dotées d’un encadrement notoirement insuffisant. La ministre des Familles, Catherine Vautrin, vient d’intervenir en signant un décret qui refonde le cadre réglementaire datant de 1974 et jugé « obsolète ». « L’objectif est d’essayer le plus possible que l’enfant ne passe pas plus de 3-4 mois dans la pouponnière, où il vit 24 heures sur 24 en collectivité, pour être le plus possible orienté vers une famille », a expliqué la ministre. Il faut dire qu’en quelques années, la durée moyenne de placement est passée de cinq à huit mois, certains enfants y restant jusqu’à leurs trois ans, voire plus. Désormais la capacité d’accueil dans chaque pouponnière sera plafonnée à 30 enfants, avec une organisation en « petites unités de vie », plus « chaleureuse et sécurisante ». En outre le texte limite la durée de placement en pouponnière à quatre mois, renouvelable une seule fois après une évaluation de « l’évolution de la situation de l’enfant ». Fort bien. Mais cela va demander l’ouverture de crèches supplémentaires et l’embauche de nouveaux encadrants. Comment tout cela sera financé ? La ministre ne dit pas un mot sur le sujet. C’est d’autant plus dommage que le financement de l’ASE repose largement sur les départements dont beaucoup sont exsangues. Ce qui fait que son décret a surtout l’air d’un effet d’annonce.

La militante féministe Ibtissame Lachgar, a été condamnée à trente mois de prison ferme pour « atteinte à l’islam » et « blasphème ». Elle était poursuivie pour avoir fin juillet publié sur les réseaux sociaux une photo d’elle vêtue d’un t-shirt où apparaissaient les mots « Allah is lesbian », en anglais, phrase jugée « offensante envers Dieu » par la justice marocaine. Lors de l’audience devant le tribunal de première instance de Rabat, elle a déclaré que son tee-shirt reprenait « un slogan féministe qui existe depuis des années contre les idéologies sexistes et les violences faites aux femmes […] et n’a aucun rapport avec l’islam ». Plus de 260 prisonniers politiques ou d’opinion croupissent dans les prisons du régime.

Le Conseil de l’Assurance maladie, sorte de parlement de l’institution, a rendu un avis défavorable au doublement des franchises médicales (reste à charge) que veut instaurer Bayrou et qui conduirait à ce que les assurés sociaux paient de leurs poches quatre euros au lieu de deux pour une consultation médicale, deux euros par boite de médicaments, etc. et jusqu’à 200 euros par an au maximum contre 100 actuellement. Au total, ce sont de 700 à 800 millions d’euros que le locataire de Matignon veut piquer dans nos poches. Mais les avis du Conseil de l’Assurance maladie n’étant que consultatifs, Bayrou a décidé de passer outre et de publier le décret. Au sein du Conseil les représentants des syndicats de salariés se sont opposés à cette la mesure, soutenus par les représentants d’institutions comme la Mutualité française ou l’Union nationale des associations familiales, alors que sans surprise les organisations patronales, à l’exception de celle des artisans qui est abstenue, ont voté pour. C’est le contraire qui aurait été étonnant.

Le Syndicat national des journalistes (SNJ) est vent debout contre Retailleau. En cause : le nouveau schéma national des violences urbaines, dévoilé et diffusé en douce par les services du ministère de l’Intérieur. Il doit permettre de clarifier les réponses policières « à toutes les situations de violences urbaines, jusqu’aux émeutes insurrectionnelles, caractérisées par une très haute intensité ». Un paragraphe du texte est consacré aux journalistes. Il explique que « la prise en compte du statut des journalistes telle que consacrée par le schéma national du maintien de l’ordre, ne trouve pas à s’appliquer dans un contexte de violences urbaines ». En clair, dans des telles situations, les professionnels des médias qui couvrent un évènement violent peuvent être matraqués et embarqués comme n’importe quel manifestant. Ce qui était déjà parfois le cas mais qui devient la règle. Bonjour la liberté de la presse !