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Brèves

L’actualité en bref

Au début de ce mois les talibans ont interdit aux femmes l’accès à Internet et aux réseaux de téléphonie mobile. Pour beaucoup d’entre elles, c’était le dernier lien qui leur permettait de sortir de leur isolement et de garder des contacts avec l’extérieur. Il leur était déjà interdit de sortir seules dans la rue, de discuter ou de chanter en public, ou de poursuivre des études. Depuis leur retour au pouvoir en 2021, les talibans ont adopté plus d’une centaine de décrets limitant chaque fois un peu plus les droits des femmes. Conséquence : selon les experts de l’ONU, aujourd’hui 78 % des Afghanes ne sont ni scolarisées, ni salariées, ni en formation. Et lors du tremblement de terre, qui a touché le pays à la fin août, des centaines d’entre elles sont mortes faute de soins car il leur était interdit de se faire soigner par un médecin homme. Pour les femmes de ce pays le régime des talibans c’est l’enfer sur terre.

Alors même que l’allongement de l’âge de la retraite et les projets de ponctionner les retraités contribuent à la colère de la population laborieuse contre le gouvernement, une catégorie semble épargnée par la rigueur : les élus locaux. En effet les parlementaires, tant ceux du palais Bourbon que leurs collègues du Sénat, finalisent une réforme des retraites plus avantageuse pour les élus locaux dans le cadre d’une loi qui devrait encadrer leur statut. L’article 3, déjà adopté par les deux Chambres, prévoit d’accorder aux élus locaux des trimestres de retraite supplémentaires pour chaque mandat, sans cotisation. Les liens entre élus locaux et les parlementaires sont connus et bien documentés, nombre de députés et de sénateurs étant d’anciens (ou futurs) élus locaux. Pas question donc de se mettre à dos ces derniers. Par contre, lors des débats, personne n’a évoqué le coût de la mesure : au moins 100 millions d’euros. Bref la dette « abyssale» du pays n’est agitée que lorsque les salariés revendiquent pour leurs revendications.

Dans une tribune publiée dans Le Monde, des médecins et scientifiques s’inquiètent des effets sur la santé de l’hexane, solvant utilisé dans l’industrie agroalimentaire. Issu de la distillation du pétrole, ce solvant sert à faciliter l’extraction des huiles végétales (soja, tournesol, colza). Mais l’hexane est un « neurotoxique avéré, toxique pour le système reproducteur chez l’homme et la femme, et perturbateur endocrinien (qui) fait depuis dix ans l’objet d’alertes de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail et de l’Institut national de recherche et de sécurité », écrivent les signataires. Le 22 septembre dernier un rapport de Greenpeace montrait déjà la présence de résidus d’hexane dans 36 produits alimentaires (huiles, beurre, laits, poulet) sur les 56 testés. Et si ces résidus étaient présents à des quantités inférieures aux seuils réglementaires, l’ONG rappelait que lesdits seuils avaient été fixés à partir d’études fournies en 1995… par les industriels eux-mêmes. Et pour eux par question d’arrêter d’utiliser l’hexane. La santé publique attendra encore quelques décennies.

C’est la ministre démissionnaire de la Culture et maire du 8e arrondissement, Rachida Dati, qui a ouvert le feu. Elle a reproché à la maire de Paris, Anne Hidalgo, ses notes de frais somptuaires en l’accusant de dépenser l’argent public pour acheter des vêtements de luxe, fréquenter les restaurants chics et s’offrir des vacances exotiques, notamment à Tahiti. Touchée mais pas coulée, Hidalgo renvoie sa rivale de droite à ses ennuis judiciaires puisque cette dernière est inculpée de corruption et trafic d’influence pour avoir touché illégalement 900 000 euros d’une filiale de Renault. Tout ce beau monde lave son linge sale en public en laissant aux Parisiennes et Parisiens la possibilité de choisir entre une élue qui prend ses aises avec l’argent du contribuable et une autre qui encaisse en douce le jackpot d’une entreprise privée. Bref entre une profiteuse et une fraudeuse. Un choix véritablement cornélien.

La Cour de cassation commence à réexaminer le pourvoi formé par Nicolas Sarkozy dans l’affaire Bygmalion pour financement illégal de sa campagne présidentielle de 2012. Il avait été condamné à un an d’emprisonnement en première instance en 2021 puis en appel à un an de prison, dont six mois ferme, en février 2024. Rappelons que l’ancien locataire de l’Élysée avait déjà écopé le 18 décembre dernier d’un an de prison ferme sous bracelet électronique pour corruption et trafic d’influence dans l’affaire des écoutes (dite Bismuth) et condamné pour association de malfaiteurs à cinq ans d’emprisonnement ferme pour avoir tenté de faire financer sa campagne de 2007 par le régime libyen. Un exemple de la parfaite probité de nos élites politiques. À ce rythme, Sarkozy ferait bien de louer un appartement au Palais de Justice, ça lui éviterait les déplacements et améliorerait sinon sa réputation du moins son bilan carbone.

Sonia Mejri, 36 ans, va devenir la première Française jugée aux assises pour crime de génocide lors d’un procès qui va se tenir à Paris. Elle est accusée d’avoir réduit en esclavage une adolescente yézidie de 16 ans au printemps 2015. Partie en Syrie avec son époux, Abelnasser Benyoucef, un « émir » du groupe État islamique, elle avait séquestrée la jeune fille, régulièrement violée par son mari, dans le cadre de la politique d’anéantissement menée par Daech contre les Yézidis, une minorité ethnique kurdophone non musulmane du nord de l’Irak et de Syrie. Environ 10 000 personnes furent tuées, principalement des hommes qui refusaient de se convertir à l’islam, alors que 6 500 femmes et enfants furent enlevés, réduits en esclavage sexuel ou vendus comme esclaves. Pour sa part, Benyoucef sera jugé par défaut car il est présumé mort en 2016. Le procès sera l’occasion de revenir en détail sur ces massacres. Mejri risque la réclusion criminelle à perpétuité.

La Cour des comptes a publié un rapport sur les maladies professionnelles dans le pays. En 2023, année de référence, 85 000 cas de maladies professionnelles avaient été déclarées alors qu’elles concernaient en réalité au moins 126 000 personnes, soit une sous-estimation de près de 50 %. En effet, chaque fois que c’est possible, les patrons refusent de les prendre en charge en préférant faire payer la Sécurité sociale pour un coût annuel estimé pour la collectivité à 3 milliards d’euros par an (régime général et agricole compris). De plus, les victimes de ces accidents rencontrent nombre de difficultés administratives et autres pour être pleinement pris en charge. Encore une fois celles et ceux en bas de l’échelle sociale sont les plus mal lotis.

Deux ONG – le Bureau européen de l’environnent (EEB) et le Secrétariat international de la chimie (ChemSec) – ont présenté les résultats d’analyses de sang réalisées sur 19 dirigeants des États membres de l’Union européenne en juillet dernier lors d’une réunion organisée par le ministre de l’Environnement danois, Magnus Heunicke, avec ses collègues d’autres pays. Le résultat est sans appel : tous les participants étaient contaminés aux PFAS, dits aussi polluants éternels. Utilisés dans de nombreux objets (textiles, emballages alimentaires, ustensiles de cuisine, cosmétiques…) pour leurs propriétés antiadhésives, imperméabilisantes ou leur résistance à la chaleur, les PFAS peuvent avoir des effets délétères sur la santé : augmentation du taux de cholestérol, effets sur la fertilité et le développement du fœtus, etc. Bien mieux, plusieurs PFAS classés cancérogènes étaient présents dans leur sang. Et ils sont sans doute à l’image du reste de la population. Quant aux tentatives de la Commission européenne de limiter, voire d’interdire les PFAS, elles se heurtent à de puissants lobbys industriels qui jusqu’ici ont eu le dessus.

La militante féministe Ibtissame Lachgar, connue pour son engagement en faveur des libertés individuelles, a vu sa peine de deux ans et demi de prison pour blasphème confirmée par un tribunal de Rabat. Elle avait été arrêtée cet été après avoir publié sur les réseaux sociaux une photo d’elle vêtue d’un t-shirt où apparaissait la phrase «Allah is lesbian ». L’image était accompagnée d’un texte qualifiant l’islam, « comme toute idéologie religieuse », de « fasciste, phallocrate et misogyne ». Cette publication avait suscité de vives réactions sur Internet, dont des appels à son arrestation mais aussi des menaces de viol et de lapidation. La justice lui a refusé des peines alternatives à la prison bien qu’elle souffre d’un cancer. Qu’au 21e siècle on puisse encore condamner quelqu’un pour « blasphème » et « insulte à la religion » montre le degré d’obscurantisme de la monarchie chérifienne qui dirige le pays.