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Brèves

L’actualité en bref

Des habitants d’un quartier de Chartres (Eure-et-Loir) ont découvert que Bouygues Immobilier enterrait en douce 71 sacs géants de déchets d’amiante dans un de ses chantiers de construction, situé à côté de chez eux. Ils ont aussitôt prévenu les autorités qui ont mis en demeure le promoteur immobilier de cesser cette pratique délictueuse et dangereuse. Avec un certain culot Bouygues a affirmé à la presse locale que ces déchets ne constituaient un danger ni pour l’environnement, ni pour les riverains. Mais ces derniers sont vent debout et ne sont pas disposés à lâcher le morceau. Suite à leur action, le procureur de la République a fait savoir qu’il ouvrait une enquête sur cette affaire.

Le mois dernier, la maison de couture italienne Loro Piana, propriété du groupe LVMH de
Bernard Arnault, a été placée sous administration judiciaire par les juges de Milan pour avoir fait travailler, par le biais d’un de ses sous-traitants, des ouvriers chinois dans des ateliers clandestins de la Péninsule. Les malheureux étaient payés quatre euros de l’heure pour des semaines de travail pouvant atteindre 90 heures. Pour avoir réclamé 10 000 euros d’arriérés de salaire, l’un d’entre eux avait été roué de coups par les hommes de main du patron. Grâce à cet esclavagisme moderne, Loro Piana réalise des marges commerciales colossales. Selon le mensuel L’Essentiel de l’éco, une veste vendue au détail entre 1 900 et 3 000 euros est payée au fournisseur chinois, à l’autre bout de la chaine, entre 80 et 86 euros. Et Loro Piana n’est pas un cas isolé. Depuis 2023 deux autres maisons de luxe italiennes, Armani et Valentino ont été placées sous administration judiciaire ainsi que… Dior, la marque vedette de LVMH. Le luxe des uns prospère sur la misère des autres.

Au moins 49 personnes sont mortes et une centaine d’autres portées disparues suite au naufrage au large des cotes d’une pirogue transportant des migrants. Seuls 17 d’entre eux ont pu être secourus. L’embarcation, venue de Gambie et avec à bord environ160 personnes, a été déséquilibrée par un mouvement des migrants à bord. La majorité de ces derniers venait de Gambie, du Sénégal, et d’autres pays d’Afrique de l’Ouest. La Mauritanie est devenue un point de départ pour de nombreux migrants africains tentant de rejoindre l’Europe par la mer via les îles Baléares et l’Espagne. Le régime mauritanien a été dénoncé à de nombreuses reprises, notamment par l’ONG Human Rights Watch, pour les conditions et traitements inhumains qu’il inflige aux migrants, notamment des tortures, des arrestations arbitraires et des refoulements. Selon l’ONG espagnole d’aide aux migrants Caminando Fronteras, plus de 10 000 personnes ont perdu la vue l’an dernier sur cette route maritime extrêmement dangereuse.

En 2022, devant le nombre record d’enfants sans domicile fixe et sans solution d’hébergement, le gouvernement s’était engagé sur l’objectif de parvenir à « zéro enfant à la rue ». Une promesse (une de plus) non tenue. Trois ans plus tard, le bilan est catastrophique. Le baromètre « Enfants à la rue » réalisé par l’Unicef-France et la Fédération des acteurs de la solidarité, montre que le nombre d’enfants dans cette situation a en réalité augmenté de 30 % depuis cette promesse. Aujourd’hui 2 159 enfants, dont 503 de moins de trois ans, dorment à la rue. Une augmentation de 6 % par rapport à 2024. L’an dernier, 38 décès de mineurs sans abri ont été recensés. Paris, la Seine-Saint-Denis, le Nord, la Haute-Garonne et l’Hérault sont les départements qui comptent le plus grand nombre de familles sans domicile fixe. Quant au numéro d’hébergement d’urgence, le 115, il est débordé et submergé par les demandes. À la veille de la rentrée scolaire, plusieurs milliers d’enfants se trouvent privés d’accès à l’école faute d’avoir un toit. Pour eux l’école laïque, gratuite et obligatoire est un mirage.

Environ 300 personnes ont manifesté à Royère-de-Vassivière, un village gersois de 600 habitants, pour dire « non au racisme et à la violence », dix jours après l’agression de plusieurs jeunes lors de la fête du village du 15 août. Sur une butte, trois grandes banderoles avaient été déployées : « Dans nos villages, pas de racisme, pas de violence ». Ces jeunes avaient été insultés, pris à partie et poursuivis en voiture par des individus passablement éméchés qui visaient particulièrement l’un d’entre eux qui était noir. Cinq plaintes ont été déposées pour violence en réunion. De leur côté les mis en cause, dont notamment un élu du conseil municipal et le président de la société de chasse locale, reconnaissent une altercation mais nient tout caractère raciste. Sauf qu’à quelques pas des manifestants un homme a cru bon de les défier en faisant le salut nazi. Une ambiance délétère.

Le Pôle national de lutte contre la haine en ligne enquête sur les auteurs de propos racistes tenus sur un groupe Facebook intitulé « La France avec Jordan Bardella » auquel appartenaient des figures du Rassemblement national, des collaborateurs parlementaires, élus locaux ou responsables régionaux du parti. Quelques citations phares qui apparaissaient sur le site : « Les Arabes dehors », « La France est dirigée par les juifs sionistes », « Il nous manque un mec à petite moustache. Tout serait fini très vite. Désolé j’ai oublié son nom ». En mal de respectabilité et de ravalement de sa façade facho, Marine Le Pen avait demandé en juin à ses députés de quitter tous les groupes Facebook sur lesquels avaient été publiés des propos « litigieux ». Ce qui n’empêche pas ce genre de propagande raciste de continuer à prospérer sur les réseaux avec la collaboration de militants et de sympathisants du RN. Chassez le naturel…

Le tribunal de première instance de Rabat a refusé une demande de liberté provisoire pour la militante féministe Ibtissame Lachgar jugée pour « atteinte à l’islam », bien que sa défense avait fait valoir son grave état de santé, car elle souffre d’un cancer. Cette psychologue clinicienne de 50 ans, connue pour son engagement en faveur des libertés individuelles, est poursuivie après la publication sur les réseaux sociaux d’une photo jugée « offensante envers Dieu » où elle apparaissait vêtue d’un t-shirt portant l’inscription en anglais « Allah is lesbian », accompagnée d’un texte qualifiant l’islam, « comme toute idéologie religieuse », de « fasciste, phallocrate et misogyne ». La publication avait suscité de vives réactions sur les réseaux sociaux, allant des appels à son arrestation à des menaces de viol et de lapidation. Incarcérée à la prison d’El Arjat près de la capitale, elle a été placée à l’isolement et a interdiction de parler avec les autres détenues. L’Association marocaine des droits humains a dénoncé son incarcération, la qualifiant de « violation de la liberté d’expression et d’opinion ».

La France, le Royaume-Uni et l’Allemagne ont annoncé avoir déclenché le mécanisme de rétablissement des sanctions des Nations unies contre l’Iran en raison de son programme nucléaire. Ces sanctions avaient été supprimées lors de l’accord sur le nucléaire de 2015. Les pays impérialistes européens et les États-Unis soutiennent que l’Iran utilise son programme nucléaire pour développer potentiellement des capacités militaires, en violation du traité de non-prolifération. L’Iran affirme, de son côté, ne rechercher qu’une énergie nucléaire civile. Il est difficile de ne pas voir le lien entre la réimposition de ces sanctions et les récentes attaques militaires menées contre l’Iran par les États-Unis et Israël. En fait le camp impérialiste ne tolère pas que Téhéran refuse de se soumettre à son bon vouloir. Le nucléaire n’est qu’un prétexte puisque les mêmes ne sont nullement gênés que leur principal allié dans la région, Israël, non seulement possède l’arme nucléaire, mais a toujours refusé de signer le traité de non-prolifération.

Les associations féministes, confrontées à des coupes budgétaires importantes, tirent la sonnette d’alarme sur les conséquences dramatiques des restrictions financières sur l’accompagnement des femmes victimes de violences. Selon une enquête menée par la Fondation des Femmes en 2025, près de la moitié des 148 associations interrogées ont dû réduire leurs activités comme la fermeture de permanences, la suppression de postes essentiels, et la réduction des services d’aide, laissant un grand nombre de femmes en danger face à des portes fermées. La baisse des subventions, souvent de 10 à 50 %, ainsi que les retards de versement, fragilisent la capacité des structures à fonctionner. Les associations mettent en garde contre le risque d’augmentation des féminicides. « Les vies des femmes valent qu’on sanctuarise le budget de lutte contre les violences, et qu’on continue de le faire augmenter, malgré un contexte de rigueur budgétaire », martèle Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des Femmes. Pas sûr qu’elle soit entendue…