Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Un immeuble du centre ville, où se trouve la permanence de deux sénateurs démocrates, a été pris d’assaut par des manifestants dénonçant le soutien de ces élus à Israël et la situation dans la bande de Gaza. À l’initiative de l’association « Jewish Voice for Peace » (Voix juive pour la paix) les manifestants portaient des t-shirts sur lesquels on pouvait lire : « Laissez Gaza vivre » et « Les Juifs demandent de laisser Gaza vivre ». Ils ont ensuite participé à un « sit-in », s’asseyant dans le hall du bâtiment pour témoigner leur opposition avant finalement d’être dispersés par la police qui a procédé à une cinquantaine d’arrestations. Mais ils ont promis de recommencer.

La diffusion de trois vidéos, par le Hamas et le Djihad islamique, montrant deux otages israéliens, Rom Breslevski et Evyatar David, particulièrement affaiblis et décharnés, a suscité de nombreuses réactions. Que des organisations islamistes utilisent de telles images dégradantes dans un but de propagande ne peut que provoquer l’écœurement. Mais l’indignation sur commande de certains hommes politiques n’est pas neutre. Macron, par exemple, a fustigé la « cruauté abjecte » du Hamas. Mais on ne l’a jamais entendu s’élever contre la « cruauté abjecte » de Netanyahou qui réserve ce sort horrible non pas à deux mais à des centaines de milliers de Palestiniens. Netanyahou qui, de son côté, a demandé au Comité international de la Croix-Rouge de fournir « nourriture et traitement médical » aux otages israéliens alors que dans le même temps il affame la population gazaouie et la prive de tous soins médicaux. Alors les dirigeants du Hamas et du Djihad islamique sont sans doute des individus sans scrupule mais nos propres dirigeants valent-ils vraiment mieux ?

La presse financière, et autre, s’est intéressée ces derniers temps au banquier et milliardaire Patrick Drahi et à son groupe, Altice, maison mère de l’opérateur Internet, fibre et téléphonie SFR. Il faut dire qu’Alice trimballe une dette colossale de 24 milliards d’euros et que sa restructuration pourrait entraîner des licenciements, notamment la vente de SFR. Par contre ce que l’on sait moins est que Drahi, qui a la double nationalité franco-israélienne, possède aussi en Israël une chaîne télévisée multilingue (anglais, français, arabe, hébreu), dénommée I24 news, qui diffuse à longueur d’antenne des reportages vantant la colonisation, l’action de l’armée israélienne à Gaza et le soutien à Netanyahu. Ce dont Drahi se vante fort peu ici.

Au moins 68 migrants sont morts noyés après que leur embarcation, qui faisait route vers l’Arabie Saoudite, a fait naufrage au large du Yémen. Le bilan pourrait s’alourdir compte tenu du fait que 74 personnes sont encore portées disparues. En tout l’embarcation transportait 154 Éthiopiens qui tentaient de gagner l’Arabie et les pays pétroliers du Golfe dans l’espoir d’y trouver du travail. Chaque année, des milliers d’exilés venant de pays comme l’Éthiopie, l’Érythrée et la Somalie, empruntent cette route, traversant la mer Rouge depuis Djibouti vers le Yémen, puis la Péninsule arabique. Selon l’Organisation internationale pour les migrants, il s’agit de l’une des « routes migratoires les plus fréquentées et les plus risquées au monde ». L’année dernière plus de 60 000 migrants sont arrivés au Yémen alors que plusieurs centaines d’autres se sont noyés. Et le bilan s’alourdit chaque jour.

La monarchie wahhabite a procédé à 17 exécutions capitales en trois jours, dont deux saoudiens pour « terrorisme » et 15 étrangers pour « trafic de drogue ». Mais vu l’opacité de la justice locale il est difficile de savoir ce qui se cache derrière ces exécutions. En 2024, le régime avait procédé à 338 exécutions, un record qui risque d’être encore dépassé cette année puisqu’on compte déjà 239 suppliciés depuis janvier. Et si cela nuit quelque peu à l’image de « modernité » que veut donner à son pays le prince héritier Mohammed Ben Salmane, ses alliés occidentaux s’accommodent fort bien de cette barbarie, Ryad étant à la fois un gros client d’armement et un obligé de l’impérialisme américain dans la région.

C’est Mediapart qui le révèle. Depuis plusieurs années une auto-école de la ville refuse son accès aux femmes musulmanes qui portent le foulard. Pour se défendre elle brandit son règlement intérieur qui interdit le port de couvre-chef, en précisant que ces règles s’appliquaient à tous les couvre-chefs et n’avaient pas pour but de discriminer. Sauf que jusqu’à présent on n’a jamais entendu parler d’interdiction des auto-écoles à celles et ceux qui portent un béret, voire une kippa, ou une capuche. Et le cas de Dreux n’est pas isolé. Des cas similaires dans d’autres régions, comme Orléans (Loiret), ont abouti à des relaxes judiciaires sous prétexte que le règlement intérieur s’appliquait à tous et à toutes… mais sans doute un peu plus aux musulmanes qu’aux autres.

Interpellé par le Rassemblement national, qui tenait l’information d’un syndicat de gardiens de prison, le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a tenu à faire savoir qu’il avait demandé l’annulation immédiate d’une activité surf thérapeutique organisée à la maison d’arrêt de Saint-Malo (Ille-et-Vilaine) en septembre pour des détenus en voie de réinsertion. Et droite comme extrême droite de tartiner sans vergogne sur les prisons quatre étoiles alors même que pratiquement chaque mois tombe un rapport sur l’état lamentable des prisons et la surpopulation carcérale (le taux d’occupation de celle de Saint-Malo dépasse les 150 %). Mais finalement l’affaire s’est dégonflée comme une baudruche. On a appris en effet que l’administration pénitentiaire n’était pour rien dans ce stage qui est organisé par l’hôpital psychiatrique de Rennes fréquenté par cinq détenus souffrant de troubles mentaux. Un projet sanitaire donc, pas un projet pénitentiaire, sous la responsabilité du ministère de la Santé. Mais pour Darmanin tout est bon pour attiser les préjugés les plus abjects. C’est d’ailleurs là son fonds de commerce.

La Cour de justice de l’Union européenne a apporté son soutien aux juges italiens demandant le retour sans délai dans le pays de migrants expulsés d’Italie vers les centres de rétention de Shëngjin et de Gjadër, en Albanie. Le gouvernement d’extrême droite de Giorgia Meloni avait conclu un accord avec Tirana, contre compensations financières, pour que ces migrants séjournent en Albanie avant d’être expulsés vers des pays comme la Tunisie, l’Égypte ou la Bangladesh, où beaucoup risquaient d’être emprisonnés, voire pire. Meloni a reproché à la Cour « de revendiquer des compétences politiques qui ne lui appartiennent pas » alors que son bras droit, Matteo Salvini, chef de la Ligue anti-migrants, trouvait la décision « scandaleuse ». Quoi qu’il en soit, il ne s’agit que d’un répit pour les migrants car leur situation est toujours aussi précaire. Plus que jamais il s’agit de leur ouvrir grand les frontières et de les laisser s’installer librement là où ils veulent.

Plus de 1 200 rabbins du monde entier, mais principalement des États-Unis, ont co-signé une lettre ouverte pour interpeller Benjamin Netanyahou sur la situation à Gaza. Ils fustigent « les massacres de civils dont un grand nombre de femmes, d’enfants et de personnes âgées » – ainsi que « l’utilisation de la famine comme arme de guerre ». « Le massacre d’un grand nombre de Palestiniens à Gaza, y compris ceux qui cherchaient désespérément de la nourriture, a été largement rapporté par des médias respectables et ne peut pas raisonnablement être nié », insistent-ils. Enfin ils pressent le Premier ministre israélien de permettre à davantage d’aide humanitaire d’entrer dans l’enclave palestinienne. Peu probable qu’ils soient entendus. Mais de toute façon pour Netanyahou ce genre d’initiatives est à classer dans la catégorie des « provocations antisémites » qui le visent. Une de plus…