Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

La liaison de nuit Paris-Berlin qui passe par Strasbourg devrait fermer d’ici décembre, faute de subventions de l’État, car elle est légèrement déficitaire. Pourtant bien fréquentée, notamment grâce à des billets abordables, la SNCF et l’État ne l’estiment pas prioritaire et préfèrent miser sur la ligne TGV, plus rentable mais clairement moins accessible pour les petits portefeuilles. Le message est clair : les pauvres, restez chez vous !

… d’après le bulletin SNCF Strasbourg

Mieux que la première classe, la SNCF lancera la classe Optimum en janvier 2026 pour les « professionnels à la recherche d’une expérience de haute qualité ». Comme si les usagers modestes étaient à la recherche d’un service dégradé et adoraient s’entasser dans les sièges trop étroits des Ouigo. Il faudra compter environ 200 euros le billet pour une prestation incluant une offre de restauration « bistronomique » « de produits de saison » servis dans de la porcelaine. La SNCF, aux petits soins des riches, ne voit que le profit, alors que les usagers manquent de tout, avec des billets déjà bien trop chers.

… d’après le bulletin SNCF Strasbourg

Le 21 septembre, quand des trombes d’eau se sont abattues sur le région, nous nous sommes retrouvés avec trois à quatre centimètres d’eau dans les urgences de l’hôpital de Saint-Malo. Au point qu’il a fallu évacuer une quarantaine de patients par le Samu vers Rennes, Cancale et Dinan. Ce n’est pourtant pas la première fois que des plafonds fuient et il semble que ce soit difficilement réparable. La construction d’un nouvel hôpital serait donc une excellente chose si le projet adopté n’entraînait pas une réduction du nombre de lits et des difficultés supplémentaires pour les patients privés d’un hôpital de proximité en raison du regroupement des établissements de Saint-Malo, Dinan et Cancale. Mais, même ce projet qui traîne depuis plus de quatre ans semble désormais compromis. Pourtant, son budget a été réduit de 445 millions d’euros à 350, ce qui suppose des économies sur les locaux, le matériel et le personnel. À l’image des coupes budgétaires que Macron veut infliger aux services publics pour continuer à subventionner grassement les plus grandes entreprises et doubler le budget de l’armée.

… d’après le bulletin du centre hospitalier de Saint-Malo

La Cnam a découvert que des fraudeurs se trouvent chez les professionnels de santé qui surfacturent leurs actes. Les assurés vont-ils pouvoir souffler ? Certainement pas ! Ils vont recevoir un courriel tous les dix jours pour les inviter à vérifier que leur médecin n’a pas fraudé. Quand on sait que beaucoup sont déjà angoissés face aux sollicitations de France Travail et de la CAF cette campagne de harcèlement ne risque pas d’améliorer leur bien-être psychologique ! On nous affirme que cette démarche vise à responsabiliser les patients quant au coût de la santé, qu’en est-il de la responsabilisation des fraudeurs ? Plutôt que d’augmenter ses effectifs, la Cnam préfère faire travailler les assurés bénévolement en leur imposant ce travail de contrôle. Il n’y a pas de petites économies !

Deux Somaliennes sont mortes lors d’une tentative de traversée clandestine de la Manche au sud de Boulogne-sur-Mer, à hauteur des plages de Neufchâtel-Hardelot (Pas-de-Calais). Le drame s’est produit alors qu’une centaine de migrants tentaient de prendre la mer sur une embarcation de fortune qui n’a pas pu démarrer, a dérivé et a pris l’eau. D’où la panique à bord. Une soixantaine de personnes ont été prises en charge par la protection civile. D’autre part le corps d’un autre migrant a été découvert dans un canal à Gravelines (Nord). Cela porte à au moins 26 le nombre de morts lors de ces tentatives de traversées clandestines de la frontière franco-britannique depuis le début de l’année. Selon des associations d’entraide, plus de 500 migrants ont péri dans la Manche depuis 1999. Mais malgré le renforcement régulier des moyens français et britanniques pour empêcher ces traversées, ces départs ne faiblissent pas, bien au contraire : plus de 32 000 personnes sont parvenues à rejoindre les côtes britanniques depuis le début de l’année. Un nombre record. Londres et Paris continuent, par démagogie et sous la pression de l’extrême droite, de durcir la législation anti-migrants qui ne freine pas les traversées mais les rend toujours plus périlleuses et augmente le nombre de victimes. Solidarité avec les migrants, ouverture des frontières !

Après le Medef, c’est au tour de l’Association française des entreprises privées, qui regroupe
les 117 plus grosses sociétés du pays, de s’élever contre toute taxation supplémentaire des entreprises et de vanter « la contribution économique et sociale » du patronat à la vie du pays. Et de souligner que ses membres, qui emploient 2,1 millions de salariés en France, versent 85,1 milliards d’euros de prélèvements obligatoires et réalisent 50 % de la recherche privée française. Mais pas question de rappeler que lesdites entreprises empochent chaque année pour plus de 210 milliards de subventions publiques. Sans doute par pudeur…

Serge Halimi, le fils de Gisèle Halimi, conteste le choix de Charlotte Gainsbourg pour interpréter le rôle de sa mère dans le film qui lui est consacré et qui doit sortir courant 2026. A priori cela pourrait passer pour une anecdote ou un fait divers « people ». Ce n’est pas le cas. La position de Serge Halimi n’a rien à voir avec l’esthétique et tout avec le fait que Charlotte Gainsbourg a signé une tribune dans Le Figaro, aux côtes de l’animateur de radio Arthur et de Bernard-Henri Lévy. Le texte s’élève contre la reconnaissance de la Palestine par Macron et s’aligne sur Israël. « Ma mère aurait lu cette tribune collective avec dégoût », a dénoncé Serge Halimi auprès du média indépendant Blast, regrettant que le texte ne mentionne pas « les crimes de guerres israéliens » dans la bande de Gaza. Il rappelle notamment qu’au-delà de son combat pour le droit l’avortement, ou encore pour l’indépendance de l’Algérie et de la Tunisie, Gisèle Halimi avait toujours apporté son soutien à la cause palestinienne. Il souligne son engagement pour le Tribunal Russel sur la Palestine, fondé en 2009 pour « mobiliser les opinions publiques » sur le sort des Palestiniens et aussi sa défense comme avocate de Merwan Barghouti, membre du parti politique Fatah arrêté par Israël et emprisonné depuis le début des années 2000. Auprès du journal L’Humanité, elle avait également appelé à mettre « fin à l’occupation israélienne ». Dans ces conditions, on comprend que Serge Halimi estime que le casting choisi trahit complètement les combats et la mémoire de sa mère.

C’est Mediapart qui l’a révélé. À l’invitation de l’ambassade d’Israël à Paris, des journalistes de cinq titres de la presse hexagonale (Le Journal du dimanche, Le Figaro, La Croix, L’Express et Marianne) se sont rendus du 20 au 24 juillet dans le pays, tous frais payés (avion, hôtel, repas etc.) pour écouter des hauts gradés de l’armée récuser la responsabilité israélienne dans la famine à Gaza. « Hormis le quotidien catholique et L’Express, aucun des trois autres n’a jugé utile de préciser que leurs articles avaient été rédigés dans le cadre d’un voyage concocté par l’ambassade israélienne », signale Mediapart. Et de poursuivre : « S’agissant des articles de Marianne, du JDD et du Figaro, les récits produits sont souvent à sens unique, accordent une large place aux arguments israéliens, sans chercher à les confronter aux faits ou à d’autres sources interrogées de manière indépendante ». Et, bien entendu, aucun ne s’est rendu à Gaza dont l’État sioniste interdit, depuis le 7 octobre 2023, l’entrée aux professionnels étrangers des médias. Dans le même temps, l’armée israélienne a tué plus de 200 journalistes palestiniens. On se demande comment de tels « journalistes » peuvent encore se regarder dans la glace et avoir une carte de presse.

L’hebdomadaire d’extrême droite Valeurs actuelles va changer de propriétaires mais pas de ligne. Il était jusqu’alors propriété du milliardaire franco-libanais Iskandar Safa, décédé l’an dernier. Depuis lors, sa famille cherchait à se débarrasser du titre. Elle a finalement trouvé acquéreurs : un trio d’investisseurs dont le plus médiatisé est Pierre-Édouard Stérin, connu pour son projet Périclès qui consiste à mettre une partie de sa fortune à la disposition de l’extrême droite pour qu’elle parvienne au pouvoir dans les années qui viennent. Dans le passé il avait déjà tenté de mettre la main, sans succès, sur un autre hebdomadaire, Marianne. Soyons sûrs qu’avec lui Valeurs actuelles continuera de déverser sa haine raciste, sexiste et homophobe. C’est ce que les nouveaux propriétaires appellent sans rire « le respect de la liberté d’expression et du pluralisme ».