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Brèves

L’actualité en bref

Le Premier ministre, François Bayrou, et Marc Fesneau, le président de son parti, le Modem (Mouvement des démocrates), à l’Assemblée nationale, ont tous les deux menacé de ne pas soutenir la candidature aux élections municipales à Lille de la députée du Nord, Violette Spillebout, qui est pourtant de leur bord. La raison : cette dernière, qui co-présidait la commission d’enquête parlementaire sur l’affaire Bétharram — dans laquelle Bayrou est mouillé jusqu’au cou — se serait montrée trop offensive et trop intrusive au lieu de protéger son patron. En résumé elle a trop bien fait son travail et cela Bayrou ne lui pardonne pas. Pour le Béarnais la vengeance est un plat qui se mange chaud, quitte à s’asseoir sur la sacro-sainte séparation des pouvoirs.

Le ministre de l’Intérieur a fièrement annoncé que 620 étrangers en situation irrégulière ont été interpellés mercredi et jeudi lors d’opérations de contrôle qui avaient mobilisé plus de 4 000 policiers, gendarmes et militaires dans 780 gares et 1 090 trains. Et maintenant ? Rien n’est réglé. Ce coup de pub ne résoudra ni la question des migrants, ni celle des sans-papiers. Comme l‘ont justement dénoncé dans un communiqué commun plusieurs syndicats (CGT, Solidaires et FSU) ainsi que le Mrap (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples) il s’agissait avant tout « d’une opération xénophobe prenant pour bouc émissaire les plus précaires parmi les précaires ». Pas de quoi s’en vanter.

Trois personnes et deux sociétés comparaissent devant le tribunal correctionnel pour avoir exploité des travailleurs sans papier en les payant au lance-pierres (et parfois pas du tout) et en les entassant dans des logements insalubres. Finalement cinquante sept d’entre eux – originaires du Sénégal, de Mauritanie et du Mali – se sont constitués parties civiles contre les négriers qui les employaient pour travailler dans les prestigieux vignobles de la région. Chaque année des milliers de travailleurs immigrés saisonniers sont exploités dans des conditions indignes un peu partout dans le pays, dans l’agriculture aussi bien que dans le bâtiment ou d’autres secteurs. Mais il est rare que le traitement qu’ils subissent aboutisse en justice. Et généralement les patrons voyous s’en tirent à bon compte.

Dans l’archipel de Mayotte, dans l’Océan indien, qui détient le triste titre de département le plus pauvre de France, une partie de la population souffre du chikungunya, une infection virale transmise par les moustiques. Depuis le début 2025, 969 cas ont été enregistrés dont 210 dans la première semaine de juin. Face à cela les urgences des hôpitaux sont débordés et beaucoup de Mahorais n’ont pas accès au soin. Il faut dire que l’an dernier une épidémie de choléra puis le cyclone Chido ont mis à mal nombre de structures sanitaires qui étaient déjà auparavant en nombre insuffisant. Et les promesses gouvernementales de tout reconstruire, en faisant notamment disparaître les bidonvilles où vivent de nombreuses familles, n’ont pas été tenues. Comme d’habitude. Bienvenue dans une des dernières colonies de l’impérialisme français.

Le Conseil constitutionnel vient de censurer six articles de la loi sur la justice des mineurs qui avait été présentée par l’ex-Premier ministre, Gabriel Attal, et votée par le Parlement à la mi-mai. La loi Attal visait à durcir les peines encourues par les mineurs délinquants sans tenir compte de leur âge. Ce qui allait à rebours de toutes les législations adoptées depuis une ordonnance de 1945 qui privilégiait l’éducatif plutôt que le répressif. Mais cela ravissait la droite et l’extrême droite toujours promptes à vouer aux gémonies les « voyous des banlieues » et leurs familles. Sont censurés notamment l’article supprimant « l’excuse de minorité », selon laquelle un mineur est sanctionné moins sévèrement qu’un majeur, celui ne rendant plus obligatoire l’atténuation des peines pour des mineurs de plus de 16 ans, et celui créant une procédure de comparution immédiate, c’est à dire une justice expéditive, pour ces jeunes. Une censure bienvenue mais qui, bien sûr, ne résout en rien la grande misère de la justice pour mineurs qui manquent de juges, d’éducateurs, de centres d’hébergements, de familles d’accueil et de procédures de réinsertion.

Turki al-Jaser a été mis a mort au terme de sept ans d’emprisonnement arbitraire. Le seul crime de ce journaliste était d’avoir fait son métier en enquêtant notamment sur les droits des femmes et la cause palestinienne mais aussi sur la corruption et les atteintes aux droits fondamentaux dont se seraient rendus coupables des membres de la famille royale. La monarchie saoudite est une dictature féroce, semi-féodale, qui impose une forme ultra-rétrograde de l’islam et qui écrase toute opposition. C’est également un des pays au monde qui exécute le plus. Pas moins de 88 condamnés ont été pendus depuis le début de l’année. Ce qui n’empêche évidemment pas Washington, mais aussi Paris, d’entretenir des relations étroites et amicales avec cette carte maitresse de l’impérialisme au Moyen-Orient. Les droits humains attendront encore un peu…

Alors que l’agression israélienne contre l’Iran se poursuit voilà que resurgit Mohammed Reza Pahlavi, fils aîné du dernier shah d’Iran chassé du pouvoir par une révolution populaire en 1979. Il a appelé au « soulèvement de la nation » pour mettre un terme définitif au régime des ayatollahs. En 2023 déjà, en plein mouvement « Femme, vie, liberté », il avait plaidé pour un renversement de la République islamique. Mais pas sûr qu’il soit entendu par les Iraniens. Et pour cause. Car l’héritier du défunt Shah, qui vit aux États-Unis, ne tarit pas d’éloge sur Trump et Netanyahu, auquel il avait rendu visite à Jérusalem en 2003 et n’a pas condamné les bombardements meurtriers de l’armée sioniste sur ses propres concitoyens. De plus les plus anciens d’entre eux se rappellent que si le régime des Pahlavi, qui a duré de 1925 à 1979, était encensé par l’Occident pour son « modernisme », c’était aussi une dictature sanguinaire dont la sinistre police politique, la Savak, soutenue par la CIA américaine, arrêtait, emprisonnait et assassinait en toute impunité. Pas sûr que les Iraniens veuillent revenir vers ce riant passé.

La cour d’appel de Paris devait se prononcer le 19 juin sur la libération de Georges Ibrahim Abdallah, militant libanais pro-palestinien incarcéré à la prison de Lannemezan dans les Hautes-Pyrénées. Mais les juges ont mis leur décision en délibéré jusqu’au 19 juillet. En effet rien ne presse. Il n’y a guère que 40 ans qu’Abdallah croupit dans les geôles françaises, ce qui lui vaut le titre peu envieux de plus ancien prisonnier politique d’Europe. Agé aujourd’hui de 73 ans, Abdallah est libérable depuis 1999 mais il a vu sa dizaine de demandes de libération échouer sous pression tout à la fois du gouvernement français mais aussi d’Israël et des États-Unis. Il était en effet accusé de l’assassinat de deux diplomates, l’un américain, l’autre israélien, ce qu’il a toujours nié. L’acharnement judiciaire à son encontre se poursuit. Libérez Georges Abdallah !

Entre 1966 et 1996 la France a procédé à 193 essais nucléaires dans le Pacifique ce qui a conduit à l’infection par diverses maladies d’une partie de la population polynésienne exposée aux radiations. Mais sur les 13 000 personnes malades ou décédées, seules 1 200 ont été reconnues comme victimes. Trente ans après la dernière explosion, au titre d’« essais » militaires prétendument sans danger, des milliers de malades se battent toujours pour être reconnus comme tels. Ils se heurtent à l’inertie administrative, et parfois même au fameux « secret défense ». Certains députés demandent aujourd’hui à Paris de pratiquer une politique d’ouverture à leur égard. Par exemple la députée de Polynésie, Mereana Reid Arbelot, affirme : « La France a plus que jamais le devoir d’assumer son passé, le cas échéant en reconnaissant ses fautes à l’égard de la Polynésie française, sans nier leur réalité ni minorer leur ampleur. » On peut toujours rêver !