Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

À l’occasion du premier anniversaire des émeutes qui ont touché la Nouvelle-Calédonie, le collectif Solidarité Kanaky a organisé une conférence de presse à Paris pour dénoncer notamment le fait qu’en juin de l’an dernier 69 prisonniers kanaks ont été transférés de la prison du Camp Est, à Nouméa, vers la Métropole où ils ont été dispersés dans une quarantaine de prisons. Si le cas du militant indépendantiste Christian Tein et de six de ses camarades a fait un certain bruit, les autres déportés sont passés largement en dessous des radars. Et pour cause. La plupart sont des condamnés de droit commun qui se trouvaient incarcérés avant même le début des émeutes. Mais ils ont été expulsés de Nouvelle-Calédonie pour faire de la place aux centaines de personnes emprisonnées pendant les évènements. Certains, qui ont purgé leur peine, ont été libérés dans l’Hexagone sans ressources et sans moyen de rentrer chez. Il a fallu des mois au collectif Solidarité Kanaky pour les retrouver et les mettre en contact avec des avocats, voire avec leur famille. C’est ce que le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, appelle sans doute, après Sardou, « le temps béni des colonies ».

Alors que Netanyahou, avec le soutien de Trump, continue d’empêcher toute aide humanitaire d’entrer à Gaza, une nouvelle ONG, la Fondation humanitaire pour Gaza, née en février dernier et basée à Genève, vient d’affirmer qu’elle était prête à livrer 300 millions de repas aux Gazouis d’ici la fin du mois. Comment ? En construisant quatre centres de distribution dans le sud du territoire, en accord avec l’occupant israélien. Mais pas question de venir en aide aux habitants du nord de la zone car cela risquerait de perturber les opérations en cours de l’armée sioniste. Elle a été dénoncée par l’ONU et les associations humanitaires actives sur le terrain qui la considèrent comme un faux-nez des génocidaires et de leurs complices. Quant au quotidien israélien The Times of Israël, il évoque sans détour une ONG « créée et soutenue par les États-Unis, en étroite coordination avec Israël ». Au moins les choses sont claires.

Depuis le 1er janvier, les 40 principales actions de la Bourse de Paris, qui servent de base à l’indice du CAC40, ont progressé de 4,9 %, nettement plus que l’inflation… et que les salaires. Arrive en tête de ces petits veinards, le groupe Thales, spécialisé dans les systèmes électroniques destinés aux industriels de la défense, qui a vu son action faire un bond de… 77,6 %. Il laisse loin derrière le second du classement, la maison Dassault, qui s’est contentée d’une modeste hausse de 54,2 % sur un an. Et grâce aux guerres en cours en Ukraine, au Moyen-Orient, à la frontière indo-pakistanaise ou ailleurs, la France continue d’être le second exportateur mondial d’armes derrière les États-Unis. Cocorico !

En plein scandale de Bétharram le fait est passé largement inaperçu. Mais une disposition de la loi des Finances 2025 exonère les établissements privés d’enseignement de toute taxe d’habitation. Ces établissements, au nombre de12 500 environ et qui couvrent le primaire, le secondaire et le supérieur, appartiennent dans leur immense majorité à l’enseignement confessionnel catholique. Cette fleur va coûter au budget de l’État des dizaines de millions d’euros. Le Secrétariat général de l’enseignement catholique a envoyé une lettre aux chefs d’établissements de sa boutique pour leur demander de ne pas manquer de remercier les parlementaires et responsables politiques qui ont permis ce miracle. Au premier rang desquels, bien sûr, François Bayrou.

Une pétition demandant à la Commission européenne de rendre illégales les thérapies de conversion a recueilli plus d’un million de signatures. Ces pseudo-thérapies répressives visent à obliger les personnes LGBT+ à s’aligner sur « les normes » en vigueur en changeant leur orientation sexuelle, leur identité ou leur expression de genre. En France une loi interdisant ces pratiques a été adoptée en janvier 2022, mais des cas continuent d’être épinglés par les autorités. Cela dit, si la pétition lancée à l’échelle européenne par l’association internationale Contre la thérapie de conversion est un succès, cette initiative n’a pas d’effet contraignant : bien que la Commission soit tenue d’y répondre, rien ne l’oblige à la transformer en nouvel acte juridique européen. Le combat continue…

L’Assemblée nationale a approuvé en première lecture un moratoire de trois ans sur les fermetures de maternités. Leur nombre est passé de 1 369 en 1975 à 464 aujourd’hui, c’est-à-dire qu’il a été divisé par trois. Conséquences : des femmes enceintes ont de plus en plus de difficulté à y accéder et font parfois plus d’une heure de voiture pour pouvoir recevoir les soins nécessaires. Or le risque de décès néonatal est multiplié par deux lorsque le trajet jusqu’à la maternité dépasse 45 minutes. Cela explique en partie la hausse de la mortalité infantile dont le taux est passé de 3,5 décès pour 1 000 enfants nés vivants en 2011, à 4,1 en 2024. Durant ce moratoire, un « état des lieux » sera réalisé sur les maternités pratiquant moins de mille accouchements par an qui sont considérées comme « moins sûres ». Mais, le plus souvent, notamment dans le secteur privé, les décisions de fermeture ne reposent pas sur des critères de santé publique mais sur des logiques de rentabilité. Alors, moratoire ou pas, la loi du profit continuera de s’appliquer.

Interviewée par la chaine de télévision israélienne I24News, connue pour sa proximité avec le Premier ministre israélien, Marine Le Pen s’est lancée dans un long plaidoyer de défense de Netanyahou qui, selon elle, ferait son possible pour se débarrasser du Hamas tout en tentant de protéger la population civile palestinienne (sic). Pas un mot sur les bombardements des hôpitaux, des écoles, des camps de regroupement, les assassinats ciblés des journalistes et des travailleurs humanitaires et la famine provoquée volontairement en bloquant toute aide alimentaire. Elle a même trouvé « indigne » la déclaration, pourtant bien modérée, de Macron, critiquant l’offensive israélienne. Netanyahou-Le Pen : mêmes fachos, même combat !

La journée internationale contre l’homophobie, la transphobie et la biphobie est célébrée aujourd’hui 17 mai. À cette occasion le ministère de l’Intérieur a publié des chiffres qui montrent que les attaques anti-LGBT+ ont augmenté de 5 % en 2024. Au total, 4 800 infractions ont été enregistrées l’an passé, dont 3 100 crimes ou délits (+7 % en un an) et 1 800 contraventions (+1 %). Ces chiffres sont largement sous-évalués puisque l’on estime que seules 4 % des victimes de tels actes portent plainte. « Les crimes et délits augmentent plus vite que les contraventions, or, ils correspondent à des actes plus graves », explique Flora Bolter, codirectrice de l’observatoire LGBTI de la fondation Jean Jaurès. Et de constater : « On reste sur une réalité problématique. » De son côté Julia Torlet, présidente de SOS Homophobie, estime que le climat actuel est « délétère » : des personnalités politiques multiplient les propos anti-LGBT+, ce qui « encourage les actes haineux et leur donne une légitimité ». Et d’ajouter : « Ces discours s’infusent dans la société et deviennent banals, ce qui est dangereux. »

L’État a formé un pourvoi contre la décision de la cour administrative d’appel de Paris qui a reconnu sa responsabilité dans le scandale du chlordécone, un pesticide extrêmement toxique utilisé, avec son aval, dans les bananeraies de Martinique et de Guadeloupe et qui a contaminé les terres, les rivières, le littoral maritime et… plus de 90 % de la population adulte, selon l’Agence nationale de sécurité sanitaire. Les pouvoirs publics ont accordé à tour de bras des autorisations de vente d’insecticides à base de chlordécone alors même que l’on connaissait la dangerosité du produit. Et ce pour le plus grand profit des gros planteurs. Ce pourvoi est un signe de mépris néo-colonial de Paris à l’égard des Antillais et des Antillaises.