Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Rodolphe Saadé, le propriétaire et PDG de CMA CGM, troisième armateur mondial, basé à Marseille, a été auditionné par la commission sénatoriale sur les aides publiques aux entreprises. Il a notamment été interrogé sur « la taxe au tonnage », un avantage fiscal dont bénéficient les compagnies d’armement maritimes, et en premier lieu CMA CGM, et qui coûte chaque année à l’État entre 5 et 6 milliards d’euros. Il a défendu mordicus cette taxe qui, selon ses dires, a permis à son groupe de dégager des marges importantes et de prendre des participations dans des entreprises comme Air France-KLM et Pathé. En un mot l’État casque et les patrons encaissent.

Interrogé par une commission parlementaire sur les violences physiques et sexuelles qui avaient cours pendant des décennies à l’établissement catholique Notre-Dame de Bétharram, près de Pau, le Premier ministre a débuté son audition en affirmant sans rire : « De ces faits d’il y a trente ans, lorsque les échos sont apparus quelques semaines après ma nomination comme Premier ministre, je n’ai aucun souvenir à cette époque, je n’ai aucun document. » Un gros mensonge, un de plus. Mediapart en a recensé et documenté pas moins de quatorze au cours des trois derniers mots concernant cette affaire. Alors vouloir faire croire qu’en tant que conseiller général puis président du conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques, député, ministre de l’Éducation nationale, maire de Pau et parent d’élèves, Bayrou n’avait rien vu, rien lu, ni rien entendu sur cette affaire, c’est nous prendre pour des billes. C’est sans doute la conception de l’éthique d’un politicien chrétien-démocrate bon teint et cul-béni.

Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, cache de moins en moins ses ambitions présidentielles pour 2027. Et il multiplie les gestes en ce sens. Le dernier en hâte : une réception géante organisée à son ministère avec pas moins d’un millier d’invitations envoyées à tous les parlementaires tricolores (députés, sénateurs, euro-députés). Objectif officiel de cette sauterie géante : « un temps d’échange » (sur un ou des sujets non précisés) suivi d’un « cocktail dînatoire ». Le tout aux frais de la République, c’est-à-dire du contribuable. À l’évidence, Darmanin n’a pas entendu l’appel de Bayrou demandant aux ministres de faire des économies.

Gérard Depardieu a été condamné à dix-huit mois de prison assortis d’un sursis simple, et à deux ans d’inéligibilité pour des agressions sur deux femmes lors du tournage du film Les Volets verts, en 2021. Il sera, en outre, inscrit au fichier des auteurs d’infractions sexuelles. On peut constater que la justice ne s’est pas montré excessivement sévère à l’égard d’un « monstre sacré » du cinéma qui, depuis 2018, avait été accusé par vingt femmes de violences sexuelles et sexistes. Cependant, alors que s’est ouvert le Festival de Cannes, on ne peut que se réjouir que ces comportements, qui pendant des années ont bénéficié d’une forme de complaisance dans les milieux du cinéma, sont de moins en moins tolérés, les victimes n’ayant plus peur de les dénoncer. Merci à #MeToo.

Les sénateurs ont adopté une proposition de loi présentée par Les Républicains et qui vise à interdire aux associations d’aide aux étrangers (comme la Cimade, France terre d’asile ou Forum réfugiés) d’entrer dans les centres de rétention administrative (CRA). Ces associations interviennent dans ces centres pour aider dans leurs démarches les personnes étrangères enfermées en vue de leur expulsion et les aident à faire valoir leurs droits. Désormais elles seraient remplacées par des fonctionnaires de l’Office français de l’immigration et de l’intégration qui dépendent… du ministère de l’Intérieur. En résumé, ce sont ceux qui envoient ces personnes derrière les barreaux qui seraient supposés défendre leurs droits. Avec Retailleau aux manettes, on peut être sûr que cette défense sera minime, voire inexistante.

Plusieurs organisations – Ligue des droits de l’homme, Syndicat de la magistrature, Syndicat des avocats de France, l’Association de défense des libertés constitutionnelles, Cimade, le Gisti, et Avocats pour la défense des droits des étrangers – ont saisi le tribunal administratif de Montreuil pour réclamer, en urgence, l’annulation d’une note de service de la préfecture de Seine-Saint-Denis instaurant un fichage des étrangers en situation régulière « dont la présence en France représente une menace pour l’ordre public ». Le but avoué est de réunir le maximum d’éléments à charge (venant de la police, de la gendarmerie, de l’administration pénitentiaire, etc.) pour leur refuser des demandes de renouvellement de carte de séjour. Ce fichage s’appuie sur la circulaire Retailleau du 28 octobre 2024 qui vise à durcir les conditions de régularisation des étrangers, sans papiers et autres. La chasse aux migrants continue…

À la recherche de 40 à 50 milliards économies pour équilibrer son budget, Bayrou vient de brandir une nouvelle taxe qui répond au joli nom de Dilico, abréviation qui signifie Dispositif de lissage conjoncturel des recettes fiscales. L’idée est de ponctionner un milliard d’euros sur les budgets de 2099 collectivités territoriales, dont la moitié sera prise dans la poche des communes, 220 millions dans celle des départements et 280 millions dans celles des régions. Les collectivités touchées vont bien sûr répercuter cette ponction sur l’ensemble de la population en réduisant un peu plus les budgets sociaux ou en investissant moins dans les équipements collectifs. Quant à faire des économies en freinant la hausse vertigineuse des dépenses militaires, ce n’est pas à l’ordre du jour.

La centrale de Gardanne a recommencé à fonctionner le 1er janvier dernier malgré une procédure judiciaire en cours. Ce redémarrage annoncé en grande pompe lors de la visite de l’ex-ministre déléguée à l’énergie, Olga Givernet, pour promouvoir « l’énergie décarbonée » a surtout pour objectif de rentabiliser l’investissement du groupe EPH du milliardaire Daniel Kretinsky. Un rapport de l’Autorité environnementale pointe en effet des émissions fossiles 16 fois supérieures à la moyenne nationale de cette centrale « biomasse » qui consomme en fait 100 000 tonnes de charbon par an et importe le tiers de son bois du Brésil. Par ailleurs le prix d’achat de l’électricité produite convenu entre l’exploitant et l’État serait de 250 €/MWh, soit quatre fois le prix du marché. Sur l’écologie, l’État est bien laxiste.

… d’après le bulletin Suez La Défense

Depuis le 5 mai, ce sont onze communes du Haut-Rhin où la consommation d’eau est interdite en raison d’une contamination aux PFAS. Cette fois ils proviennent de mousses anti-incendie utilisées sur les pistes de l’aéroport de Bâle-Mulhouse. Les débats sont lancés sur la réglementation, le traitement de l’eau et qui paiera la facture. Mais la directive européenne programmée pour 2026 ne prévoit l’analyse que de 20 molécules dans l’eau. Or il en existe plus de 10 000, utilisées massivement depuis les années 1940 ! Ce n’est qu’en coupant le robinet à la source (études de toxicité systématiques et interdiction des molécules) que pourrait venir le commencement d’une solution. Mais pour cela il faudrait revoir le mode de production de toute l’industrie pétrochimique. Pendant ce temps, les majors de l’eau placent leurs billes en proposant leurs solutions « innovantes » en se présentant comme des chevaliers (vert ou rouge) de l’écologie. Les vendeurs d’eau en bouteille, quant à eux, comptent déjà les billets.

… d’après le bulletin Suez La Défense