Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Les services de l’instruction du tribunal de Paris ont lancé une enquête à l’encontre de l’euro-député Rassemblement national Fabrice Leggeri. L’information judiciaire est ouverte au titre de « complicité de crime contre l’humanité ». En effet, avant d’être élu à Bruxelles, Leggeri avait dirigé entre janvier 2015 et avril 2022 Frontex, l’agence de l’Union européenne chargée du contrôle des frontières. Plusieurs ONG l’accusent d’avoir mené, dans le cadre de ses fonctions, une véritable « chasse aux migrants » qui s’était traduite par des morts, des blessés, des violences et des arrestations arbitraires. Il avait donc le profit idéal pour représenter le Rassemblement national à Bruxelles.

Après les révélations de violences physiques et sexuelles au lycée-collège de Notre-Dame de Bétharram (Pyrénées-Atlantiques), et dans d’autres établissements privés, la ministre de l’Éducation nationale d’alors, Élisabeth Borne, avait lancé en mars 2025 un plan sur deux ans prévoyant que 40 % des établissements privés sous contrat (sur un total d’environ 7 500, en grande majorité catholiques) seraient inspectés. À mi-course le bilan est édifiant. Les 1 500 contrôles effectués ou en cours ont donné lieu à 442 mises en demeure et six signalements au procureur de la République « dont une partie pour des faits de maltraitance d’élèves ». Et maintenant il ne reste plus aux responsables de l’enseignement catholique qu’à ordonner des prières collectives et des actions de grâce dans tous leurs établissements pour que les contrôles s’arrêtent. Amen !

Après une enquête menée en France par Libération, et en Israël par le quotidien Haaretz, les services de renseignements tricolores ont confirmé qu’une officine israélienne nommée Blackcore avait mené une campagne d’ingérence et de désinformation lors des dernières élections municipales, visant en particulier des candidats de La France insoumise dont François Piquemal à Toulouse et Sébastien Delogu à Marseille. Cette campagne avait notamment pris la forme de créations de faux comptes déversant calomnies, fake news et images générées par l’intelligence artificielle. À l’époque, les dirigeants de La France insoumise avaient dénoncé une opération de déstabilisation propre à « les traîner dans la boue ». Sans réaction notable de la part des pouvoirs publics. Blackcore, qui n’est sans doute qu’un faux nez pour les services secrets israéliens, avait ciblé LFI pour sa dénonciation de Netanyahou et son soutien aux Palestiniens. Et il est probable que le même type d’ingérence va se retrouver lors de la prochaine élection présidentielle.

Le réalisateur Asghar Farhadin, qui présente au festival son film Histoires parallèles, a dénoncé lors d’une conférence de presse tout à la fois la mort d’Iraniens innocents dans les frappes des États-Unis et d’Israël contre son pays au même titre que les exécutions perpétrées par la république islamique. Il a déclaré s’être rendu à Téhéran la semaine dernière et porter encore en lui « les stigmates et l’impact » de deux événements « extrêmement douloureux qui ne seront jamais oubliés » à savoir « la mort de nombreux innocents, des enfants, des civils décédés pendant l’attaque qu’a subie l’Iran ». Et avant cette guerre, « la mort de nombreux manifestants, des personnes descendues dans la rue qui étaient toutes aussi innocentes ». Et de conclure : « Tout meurtre est un crime. Je ne peux d’aucun point de vue, sous aucune justification, accepter que la vie soit ôtée à un être humain, que ce soit dans une guerre, des exécutions ou dans un massacre de manifestants. » Farhadi a toujours été une voix d’opposition au régime iranien. Il a publiquement soutenu les manifestations de masse contre le gouvernement en 2025 et 2026, et refuse de tourner à nouveau dans son pays tant que la censure impose aux femmes d’apparaître voilées à l’écran.

Deux journalistes, le franco-tunisien Mourad Zeghidi, ancien collaborateur de Canal +, et son collège Borhen Bsaies, ont été condamnés en appel à trois ans et demi de prison pour « blanchiment d’argent » et « infraction fiscale ». Ils avaient été arrêtés en mai 2024, jugés une première fois le 12 janvier dernier avant d’être définitivement condamnés. Leurs soutiens et leurs avocats ont expliqué qu’il s’agissait d’accusations parfaitement bidon visant à faire taire deux hommes très critiques du régime présidentiel et des méthodes dictatoriales du chef de l’État, Kaïs Saïed. D’autres journalistes ont été visés ces derniers mois par le pouvoir tunisien comme Zied el-Heni, condamné il y a quelques jours à un an de prison ferme pour avoir critiqué des décisions judiciaires visant d’autres journalistes. Et des centaines d’opposants croupissent dans les prisons du pays. La semaine dernière, le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme a exhorté la Tunisie à « cesser la répression » visant la société civile et les médias. Jusqu’ici sans grand succès…

Des dizaines de milliers de Juifs d’extrême droite ont participé jeudi à « La Journée de Jérusalem », une manifestation qui marque chaque année la conquête de la vieille ville par les troupes israéliennes en 1967, lors de la guerre des Six Jours. Chaque année, on assiste aux mêmes scènes : des passants arabes sont pris à partie et insultés, et les voyous sionistes tentent de les passer à tabac en criant des slogans racistes. Du mobilier urbain est saccagé, des voitures vandalisées alors que beaucoup de commerces et d’églises sont fermés par crainte de vandalisme. En outre, des drapeaux israéliens sont accrochés de force sur les immeubles habités par les Arabes. Quant à la police, elle boucle les quartiers palestiniens, laissant librement entrer les Juifs mais refusant aux Arabes non-résidents d’y pénétrer. Si ces derniers protestent, ils sont arrêtés. Cette manifestation xénophobe, raciste et suprémaciste a, sans surprise, recueilli l’appui de nombreux ministres.

Le 1er mars dernier, le gouvernement a mis en place une taxe de deux euros sur les petits colis visant à freiner l’activité des grandes plateformes chinoises – comme Temu, Shein et AliExpress – qui vendent par correspondance des millions d’articles bon marché. Mais, après quelques mois, son rendement a été évalué par le directeur général des Douanes à 2,3 millions d’euros par mois… soit 14 fois moins que ce qui était prévu. Car les plateformes visées ont vite trouvé la parade. Elles envoient les petits paquets dans des entrepôts hébergés par d’autres pays, puis les acheminent jusqu’en France par la route. Ce qui, en volume, représente 90 % de leurs expéditions. Pour tenter d’y parer, le gouvernement a annoncé qu’en juillet la plupart des pays de l’Union européenne devraient adopter des mesures similaires à celles prises par Paris. Qui vivra verra ! Il n’empêche que ce genre de taxes douanières, destinées à protéger nos capitalistes « nationaux », se retournent toujours en dernière analyse contre le consommateur appelé à passer à la caisse.

Plus de 300 personnes, en majorité auteurs et autrices, ont participé au théâtre de la Concorde, à Paris, à une réunion destinée à discuter des meilleurs moyens de sauver l’édition « des griffes » de Vincent Bolloré après le limogeage d’Olivier Nora de la direction de Grasset. Plus généralement, il s’agissait de tenter de trouver une parade et les moyens juridiques pour sauver de faire face à la concentration éditoriale et à l’emprise croissante du milliardaire breton ultra-réactionnaire sur le monde du livre. On comprend fort bien, et on partage, la crainte des écrivaines et des écrivains face à la main mise de Bolloré sur l’édition. Mais la question restera insoluble tant que les trois quarts des grands médias et des maisons d’édition seront contrôlés par une poignée de milliardaires. Et si tous ne sont pas aussi intrusifs que Bolloré, ils ont toujours la possibilité d’imposer leur loi et leur point de vue. Les exproprier permettrait de garantir une presse et une édition enfin libérées du pouvoir de l’argent.

Comme chacun sait, le ministère de la Santé est à la recherche d’économies. Il a donc chargé l’Inspection générale des affaires sociales de plancher sur les agences sanitaires, la Sécurité sociale et les hôpitaux publics. Sans oublier bien sûr l’hospitalisation privée qui représente 18 % des dépenses de l’Assurance maladie. Mais pour cette dernière mission, la ministre, Stéphanie Rist, a désigné à la tête du comité stratégique, censé définir les grandes orientations, un certain Sébastien Proto. Ce dernier n’est autre que le patron d’Elsan, le principal groupe de santé privée du pays qui possède pas moins de 217 cliniques et hôpitaux. Et, par le plus grand des hasards, il s’avère qu’il est aussi un copain de promo de Macron à l’ENA. Sûr que Proto va faire preuve d’indépendance, d’impartialité et de neutralité lorsqu’il examinera les finances de ses propres établissements et celles des autres groupes. C’est en quelque sorte la santé privée contrôlée… par elle-même. Tout baigne…