Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Selon des chiffres du ministère de la Justice, avec 81 599 détenus recensés au 1er février, les prisons n’ont jamais connu un nombre aussi élevé de personnes incarcérées. Et ces détenus doivent se partager seulement 62 363 places opérationnelles. Près de 4 500 d’entre deux dorment par terre sur de simples matelas dans des conditions d’hygiène déplorables. La surpopulation carcérale dépasse en moyenne les 130 % et est supérieure ou égale à 200 % dans 18 établissements ou quartiers pénitentiaires. Elle atteint 158,9 % en maison d’arrêt, où sont incarcérés les détenus en attente de jugement, donc présumés innocents, et ceux condamnés à de courtes peines. Ce qui n’empêche pas les ministres de l’Intérieur et de la Justice, Retailleau et Darmanin, de réclamer des peines toujours plus sévères, voire de supprimer les activités ludiques pour les détenus et de reprendre régulièrement la démagogie de l’extrême droite contre les pseudo « prisons quatre étoiles ». Ces prisons reflètent la réalité d’une société inhumaine et méprisante pour les plus pauvres qui constituent l’écrasante majorité des prisonniers.

C’est hier qu’est entrée en application l’exemption de TVA sur 69 familles de produits de grande consommation, ce qui devrait mécaniquement faire baisser les prix de 6 000 d’entre eux. Une bonne nouvelle pour la population, notamment sa partie la plus modeste, qui se bat depuis des mois contre la vie chère et des prix 40 % plus élevés qu’en Métropole. Mais cette solution, issue d’un accord signé le 16 octobre dernier, épargne les super-profits que réalisent les grandes enseignes de la distribution dont notamment le groupe Bernard Hayot qui possèdent onze hypermarchés Carrefour et plusieurs franchises comme Decathlon et Mr.Bricolage. Pour eux, les marges indécentes ne baisseront pas.

Un policier de 49 ans de la brigade anti-criminalité comparait devant le tribunal correctionnel pour violences volontaires par une personne dépositaire de l’autorité publique. Il avait tabassé un étudiant de 21 ans le 10 avril 2023 lors d’un banal contrôle d’identité. Comme d’habitude, le procureur, bonne pomme, n’a demandé contre lui que quatre mois de prison avec sursis. Or c’est un récidiviste. En juillet de la même année, avec trois autres collègues, il avait fracassé le crâne d’un autre jeune, Hedi. Ce qui lui vaut d’être actuellement sous contrôle judiciaire et interdit d’exercer son métier. Pour ce second délit il sera jugé le 3 avril prochain. Mais là encore, lui et ses collègues clament leur innocence et la « légitime défense ». Une chronique de la violence policière quotidienne.

Cela pourrait sembler une blague mais ce n’en est pas une. Le Canard enchaîné nous apprend que le gouvernorat de l’État de la Cité du Vatican (763 habitants sur un demi kilomètre carré) a promulgué une législation draconienne contre les sans-papiers. Toute personne entrant illégalement dans la cité pontificale sera passible de un à quatre ans de prison et d’une amende allant de 10 000 à 25 000 euros. De leur côté, les résidents souhaitant accueillir des visiteurs devront désormais obtenir une autorisation officielle, sous peine de se voir infliger une amende comparable. Quant aux belles paroles du pape sur la main tendue aux pauvres et aux persécutés, la charité chrétienne et tutti quanti, les bons pères n’en ont rien à cirer et adoptent une législation anti-migrants encore plus dure que celle de l’Union européenne.

Sept consommateurs ont assigné Apple devant la justice civile californienne en l’accusant d’avoir menti sur ses engagements de réduction d’émissions de gaz à effet de serre liés à ses montres connectées. En septembre 2023, le groupe américain avait présenté la nouvelle génération de ses Apple Watch Séries 9 comme les premiers de ses produits ayant atteint la neutralité carbone. Pour parvenir à ce résultat, la firme à la pomme disait avoir réduit ses émissions et compensé le solde par l’achat de crédits carbone en replantant des forêts au Kenya et en Chine. Mais le site kenyan est sanctuarisé depuis 1983 et celui de Chine est déjà densément boisé. Bref une opération de communication pseudo-écologiste dont les grandes entreprises sont devenues familières, mais qui cette fois a fait flop.

Bien qu’il ait été débarqué de la tête du groupe automobile Stellantis (Peugeot, Citroën, Fiat et Chrysler) le 1er décembre dernier, l’ancien directeur général Carlos Tavares va toucher une indemnité de départ de 12 millions d’euros, bien que le bénéfice net du groupe ait baissé de 70 % en 2024 par rapport à l’année précédente. Mais cela est un argument que l’on oppose aux salariés qui se battent pour des augmentations de salaire ou s’opposent à des licenciements, pas à un grand patron qui a touché plus de 100 millions d’euros de rémunération depuis son arrivée à la tête de Stellantis en 2021. Selon le quotidien américain The Detroit News, lorsqu’il était en fonction, il a reçu environ 350 fois le salaire moyen d’un employé de son entreprise. Faire trimer les travailleurs ça peut rapporter gros.

Des tags antisémites, anti-communistes et homophobes ont recouvert un des murs externes du lycée Merleau-Ponty, à Rochefort-sur-Mer, illustrés de croix gammées. Parmi les inscriptions relevées : « Ici on brûle les juifs et les communistes » et « LGBT au bûcher ». Ces derniers jours, des graffitis semblables ont été découverts à Aytré, près de La Rochelle, et en plusieurs endroits de la commune de Saujon. Plusieurs plaintes ont été déposées mais, jusqu’à présent, les auteurs de cette propagande nauséabonde n’ont pas été retrouvés.

Le député insoumis de Seine-Saint-Denis, le franco-gambien Aly Dioura, a été pris à partie par deux policiers alors qu’il s’opposait à un contrôle au faciès et à une fouille au corps de deux jeunes dans une cité populaire de la commune. Le parlementaire LFI a été menacé d’être tasé lorsqu’il a demandé aux agents de respecter les droits des personnes controlées qui ont finalement été laissées libres pour absence d’infraction. L’adjointe au maire communiste de La Courneuve, Betty Saint-Ubert, présente au moment des échanges entre le député et les policiers, a été elle interpellée pour « outrage » et placée en garde à vue plusieurs heures. Quant aux cow-boys racistes impliqués dans cet incident ils ont reçu, sans surprise, le plein soutien du préfet de police de Paris, Laurent Nuñez, et de celui de Seine-Saint-Denis, Julien Charles.

La Cour européenne des droits de l’homme a rendu son jugement concernant la mort du jeune botaniste de 21 ans, Remi Fraisse, tué par l’explosion d’une grenade offensive lancée par un gendarme lors d’affrontements avec les forces de l’ordre contre le projet de barrage de Sivens, dans le Tarn, dans la nuit du 25 au 26 octobre 2014. L’État français a été reconnu coupable de « violation du droit à la vie » et responsable de la mort de Fraisse. Le gendarme responsable du tir n’avait jamais été poursuivi par la justice française et l’enquête des juges d’instruction s’était conclue par un non-lieu. Une décision confirmée en appel et en cassation. Une pratique habituelle de la justice lorsqu’il s’agit de poursuivre des membres des forces de l’ordre.