Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

La Commission d’enquête sénatoriale sur les aides publiques aux grandes entreprises et à leurs sous-traitants, mise sur pied à la demande du groupe communiste, poursuit ses auditions, et ce n’est pas triste. Dès 2015, le Conseil d’État demandait au gouvernement d’élaborer un document de référence et invitait l’Insee et la direction du budget à dresser la liste des dispositifs de ces aides. Et depuis : rien. Le gouvernement entretient sciemment le flou artistique sur l’argent public qui abreuve le secteur privé. Alors on se contente d’approximations qui vont de 70 milliards d’euros par an, selon Sylvain Moreau, un des directeurs de l’Insee, à 170 milliards pour Marc Auberger, inspecteur général des finances. Mais en tenant compte des exonérations fiscales et autres le total pourrait avoisiner les 250 milliards d’euros. Et, pendant ce temps, les services publics sont saignés à blanc et crèvent faute de financement.

En 2023, la hausse des crimes et délits à caractère raciste avait atteint quelque 30 %. En 2024 la tendance ne s’est pas arrangée. Selon des chiffres communiqués par le ministre de l’Intérieur l’an dernier les crimes ou délits à caractère raciste xénophobe ou anti-religieux (islamophobie, antisémitisme) ont fait un nouveau bond de 11 %. On a dénombré 9 350 crimes et délits et 6 895 contraventions, ce qui fait qu’au total plus de 16 000 infractions pour ces motifs ont été dénombrées dans tout le pays. Comme les années précédentes, les crimes et délits à caractère raciste ont principalement été des injures publiques (52 %), des menaces, ou du chantage (20 %) et des discriminations et provocations (10 %). On a compté six homicides. Parmi les victimes, les étrangers ressortissants d’un pays d’Afrique sont surreprésentés. À Paris ces méfaits sont de trois à quatre fois supérieurs à la moyenne nationale. Ces chiffres, sans doute sous-estimés car nombre de personnes agressées ne portent pas plainte, montrent cependant que le fléau du racisme se propage et que le combattre est une nécessité vitale pour le mouvement ouvrier.

Avec la multiplication des cyberattaques, les entreprises souhaitent de plus en plus former leurs salariés à la sécurité informatique. Ainsi, de nombreux cheminots ont reçu un mail contenant un lien renvoyant vers un prétendu listing annonçant leur nouveau positionnement dans la grille de notation qui détermine leur rémunération. Après de nombreuses années de gel des salaires, on comprend que l’envie de cliquer était forte. Mais, surprise : le mail était un faux réalisé par la direction pour « tester » la réaction des agents face aux courriers frauduleux ! La SNCF a donc sciemment joué sur les inquiétudes des travailleurs concernant leur salaire afin de les piéger et pointer du doigt les « mauvais élèves » ! Mensonges et fourberie : on reconnaît bien là des méthodes de management patronales.

À Bruxelles les scandales de corruption se suivent et se ressemblent. En 2022 plusieurs dizaines de parlementaires étaient mis en cause dans le « Qatargate », une opération de corruption lancée par la Qatar, le Maroc et la Mauritanie pour tenter de masquer les violations systématiques des droits humains qui avaient lieu dans ce pays. Cette fois c’est le groupe de télécommunications chinois Huawei qui est sur la sellette. Il aurait soudoyé une quinzaine de députés pour faciliter ses affaires. Plusieurs interpellations et une vingtaine de perquisitions ont eu lieu en Belgique et au Portugal. Ces euro-députés avaient trouvé le moyen de servir l’Europe tout en se servant au passage. Vieille rengaine…

La prochaine conférence de l’ONU sur le changement climatique se tiendra du 10 au 21 novembre prochain à Belem. Pour accueillir dignement les 40 000 à 50 000 personnes attendues et faciliter leurs déplacements, les autorités ont décidé de construire une autoroute à quatre voies de 13 kilomètres. Pour ce faire elles vont détruire plusieurs milliers d’hectares de forêt amazonienne primitive avec des impacts dramatiques sur la biodiversité. Un résumé de ce qu’est la défense de l’environnement et du climat sous le capitalisme.

L’association de défense des animaux L214 a déposé sept plaintes pour maltraitance animale contre huit propriétaires d’élevages porcins, tous situés dans les Côtes-d’Armor, en Bretagne, fournissant les super et hypermarchés du groupe Leclerc. « Le fait que ce soit huit élevages distincts montre qu’il ne s’agit pas d’anomalies isolées mais bien d’une cruauté structurelle, institutionnelle, presque cautionnée par Leclerc », a déclaré Ambre Bernard, chargée de campagne contre l’élevage intensif pour L214. Ce n’est pas la première fois que le groupe, et sa filiale Kermené, spécialisée dans la transformation de produits carnés, sont montrés du doigt. À chaque fois ils promettent d’intervenir mais rien ne change. Car produire à moindre coût – quelles que soient les conditions d’élevage – est le seul impératif. Chez Leclerc plus les prix sont bas, plus les animaux en bavent.

Les 26 et 27 mars va se tenir à Jérusalem une conférence internationale de lutte contre l’antisémitisme. Parmi les invités vont se trouver le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, la députée européenne Marion Maréchal-Le Pen et le vice-président du parti, le maire de Perpignan, Louis Alliot. Une fois n’est pas coutume, la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme, plutôt connue pour ses forts penchants sionistes, a protesté contre l’invitation à cette conférence d’« un parti qui a autant à voir avec la lutte contre l’antisémitisme que les moustiques avec la lutte contre le paludisme ». Sans pour autant s’interroger sur les raisons profondes de cette invitation. Pourtant les choses sont claires : sous couvert d’une conférence contre l’antisémitisme, il s’agit de battre le rappel de tous les soutiens d’Israël dans sa lutte colonialiste, raciste et xénophobe contre le peuple palestinien. Anne Frank réveille-toi, ils sont devenus fous !

Le troisième round de négociations sur l’avenir des retraites et l’abrogation des 64 ans vient de s’ouvrir. Alors qu’organisations syndicales et patronales continuent de blablater, un nouvel élément vient de s’inviter dans les débats : la possibilité d’allonger l’âge de départ à la retraite, peut-être jusqu’à 70 ans, pour financer l’effort d’armement. C’est Gilbert Cette, le président du Conseil d’orientation des retraites, qui a lancé un ballon d’essai en déclarant : « L’entrée progressive, plus ou moins explicite, dans une économie de guerre, rendra secondaires sinon dérisoires les débats actuels sur l’âge légal à 64 ans. La question deviendra plutôt […] comment augmenter rapidement cet âge au-delà des 64 ans. » Un propos bien accueilli par le patronat et… l’entourage présidentiel. En bref l’équation devient « moins de retraite pour plus de canons ». Une seule réponse : pas question. Mais pour ne pas subir ce genre de « choix », il faudra se battre.

Le nouveau logo, inauguré à l’été 2024, ne cesse de faire discuter les soignants quand le sujet vient sur la table. Il faut dire qu’il y a de quoi être agacé par ce coup de com’ à 185 000 euros. La direction voulait créer une image de marque pour concurrencer le privé en attirant des soignants. Mais quels travailleurs choisissent leur entreprise pour la couleur de son logo ? Cette justification, en plus d’être ridicule, souligne la logique à l’œuvre dans les hôpitaux publics. En plus de son coût démesuré (qui représente environ 40 mensualités d’aides-soignants, comme le rappelle la CGT), il y a un petit malaise sur l’originalité du logo. Un article d’un journal satirique local rapportait qu’il était en vente presque à l’identique sur n’importe quelle banque d’image pour une cinquantaine d’euros. Autre hic, facturé au prix fort par l’agence Saguez & Partners, il ressemble étrangement à celui d’autres entités (cf image). Victime d’une arnaque grotesque ou coupable de détournement de fonds publics, la direction du CHU semble ne savoir faire des économies que sur les choses essentielles : elle avait supprimé 100 lits rien qu’en 2022, et prévoit d’en fermer de nouveau 60 en court séjour en 2027. Si elle prend l’hôpital pour une start-up innovante et disruptive plutôt qu’un établissement de soin, peut-être serait-ce le moment de laisser les personnes les plus à même de faire tourner le CHU prendre les décisions qui les concernent, à savoir les soignants eux-mêmes !