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Brèves

L’actualité en bref

Dans le budget que Bayrou a fait passer au Parlement figure notamment l’assujettissement à la TVA au taux de 20 % des auto-entrepreneurs qui réalisent un chiffre d’affaires d’au moins 25 000 euros par an. Aussitôt des organisations patronales sont montées au créneau et le ministre de l’Économie, Éric Lombard, a annoncé la suspension de la mesure en attendant de rencontrer les intéressés. Interrogé à ce sujet, Bayrou a affirmé, sans rire, qu’il ne s’était pas aperçu que cette mesure figurait dans le budget en renvoyant la responsabilité à son prédécesseur, Barnier. Quant au Front national, il s’est surpassé. Il a lancé une pétition pour la suppression de cette mesure… alors qu’il y a quatre mois il avait proposé une mesure similaire encore plus sévère. Vous avez dit démagogues ?

Sans surprise le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, a applaudi la décision de Donald Trump de s’en prendre à la Cour pénale internationale (CPI) en interdisant l’entrée aux États-Unis aux dirigeants, employés et agents de la CPI ainsi qu’aux plus proches membres de leurs familles. Sa déclaration accuse l’instance internationale d’avoir « engagé des actions illégales et sans fondement contre l’Amérique et notre proche allié Israël », en référence aux enquêtes sur les crimes de guerre présumés commis par des membres des services américains en Afghanistan et par les troupes israéliennes pendant la guerre Gaza. Aussitôt, l’ONU « a regretté profondément » cette décision et le Conseil européen a qualifié quant à lui le décret américain de « menace » pour l’indépendance de l’institution judiciaire internationale. Sauf que, non seulement ces déclarations platoniques ne changeront rien, mais qu’un passé récent a montré que nombre de gouvernements européens (dont ceux de la France, de la Pologne et d’autres) n’avaient nullement l’intention d’appliquer les décisions de la Cour en ce qui concerne notamment l’arrestation des dirigeants israéliens impliqués, Netanyahou et Gallant.

Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a intimé l’ordre aux militaires de ne pas critiquer le projet de Donald Trump visant à vider Gaza de sa population palestinienne pour en faire une « Côte d’Azur » du Moyen-Orient. Un projet qui avait soulevé une tempête de protestations dans le monde entier. En Israël même, des médias avaient affirmé que le chef du renseignement militaire, le général Shlomi Binder, avait fait état, au cours d’une réunion de travail, de difficultés sécuritaires liées à ce plan risquant notamment d’entraîner une escalade de la violence en Cisjordanie. Il aurait aussi évoqué des dangers majeurs de confrontation le mois prochain, au moment du Ramadan. Il a été officiellement « réprimandé ». Quant à l’état-major israélien, il peut continuer tranquillement à massacrer à Gaza et en Cisjordanie sans aucun risque de se faire taper sur les doigts.

Le 8 février 1962, alors que la guerre d’Algérie faisait encore rage, en plein état d’urgence proclamé par le préfet Maurice Papon, des dizaines de milliers de manifestants bravèrent l’interdiction de manifester pour protester contre les attentats de l’OAS. Organisée par la CGT, la CFTC, l’Unef, les syndicats enseignants, le PCF et le PSU, la manifestation pacifique est violemment réprimée par la police. Neuf militants, dont huit communistes, meurent écrasés contre les grilles du métro Charonne, et 250 manifestants sont blessés. Quatre mois plus tôt, le 17 octobre 1961, la police parisienne avait déjà massacré des centaines d’Algériens manifestant pacifiquement contre le couvre-feu imposé par le gouvernement.

Ni les coupables de Charonne ni ceux du 17 octobre ne furent inquiétés. Si des représentants politiques de la bourgeoisie française ont fini par reconnaitre ces crimes, les responsables de L’État et de son appareil de répression ne seront, eux, jamais traduits devant les tribunaux.

Alors même que certains États américains les plus conservateurs, galvanisés par le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, durcissent l’accès aux pilules abortives, d’autres résistent. Comme celui de New York, qui a passé une loi protégeant les médecins qui prescrivent à distance et envoient ces médicaments à des patientes vivant dans des États où l’IVG est interdite. Le texte a été adopté quelques jours après l’inculpation d’une médecin new-yorkaise, Margaret Carpenter, accusée d’en avoir procuré à une mineure enceinte en Louisiane. Le procureur de cet État a inculpé la jeune fille, sa mère ainsi que la Dr Carpenter. De plus les médecins new-yorkais pourront prescrire ces médicaments au nom de leur cabinet médical plutôt que sous leur identité personnelle. L’objectif est de compliquer la tâche des enquêteurs et procureurs des États anti-IVG qui tentent de traquer et poursuivre ces professionnels de santé. Depuis l’annulation en 2022 du droit fédéral à l’avortement, 18 États pro-IVG ont adopté des lois protégeant leurs médecins des poursuites engagées ailleurs. Mais au-delà de ces mesures protectrices et bienvenues, la lutte pour le droit de toutes les femmes à l’IVG se poursuit.

L’Autorité de contrôle de l’audiovisuel, l’Arcom, s’est penchée sur le temps de parole accordée aux femmes lors de la présentation des épreuves des Jeux olympiques sur les chaînes de France Télés et d’Eurosport. Le résultat est édifiant. Les femmes présentatrices n’ont occupé en moyenne que 18 % du temps d’antenne contre 82 % aux hommes. Une proportion qui tombe à 8 % aux émissions diffusées aux heures de grande écoute et à 5 % pour les disciplines vedette des JO comme l’athlétisme. À la devise olympique « plus vite, plus haut, plus fort », il serait temps d’ajouter « plus féminin ».

La ministre de la culture, Rachida Dati, a annoncé que l’humoriste Merwane Benlazar ne serait plus invité dans les émissions télévisées du service public. En cause sa chronique sur le plateau de C à vous sur la Cinq où il est apparu barbu et coiffé d’un bonnet de laine. Ce qui lui a valu un flot de messages haineux sur les réseaux sociaux le traitant de « salafiste » et l’accusant d’être « partisan de la charia ». Les mêmes accusations avaient ensuite été reprises au Sénat, notamment par la sénatrice Nathalie Goulet qui l’accusait en outre de s’en prendre aux forces de l’ordre et aux femmes. Le tout sans la moindre preuve. La direction de France Télévisions avait tenu à souligner de son côté que la chronique de celui qui intervient également sur France Inter n’avait posé aucun problème. Ce qu’a été forcé de reconnaitre Dati en reprochant alors à Benlazar « des propos et des tweets antérieurs » qu’elle n’a pas explicités. En fait elle a cédé à la campagne raciste qui vise l’humoriste auquel ses détracteurs reprochent surtout d’être né en Seine-Saint-Denis dans une famille d’origine algérienne et de s’affirmer beur et fier de l’être.

Dans une interview accordée au quotidien Sud-Ouest, l’avocate paloise Selvinah Pather, spécialisée dans le droit des étrangers, déclare avoir porté plainte après sa mise en cause par un magazine d’extrême droite, Frontières. Ce torchon zemmourien « identitaire » a publié un numéro spécial sur le thème « Invasion migratoire. Enquête exclusive sur les coupables de l’immigration clandestine : avocats, militants, préfectures cédant aux associations pro-migrants et journalistes de gauche complices ». Il a établi une liste d’auxiliaires de justice spécialisés dans la défense de personnes en situation irrégulière, précisant leur nom, prénom et lieu d’exercice de leur profession, allant jusqu’à poster leur photo sur les réseaux sociaux. Outre maître Pather, deux autres avocats ont également porté plainte. Dans son interview l’avocate constate également que « dans l’exercice quotidien du droit des étrangers, on assiste à une déconsidération de plus en plus forte. On est confrontés à davantage d’interlocuteurs, à toute étape d’une procédure, qui se permettent de tenir des propos déplacés, voire carrément irrespectueux. » Bref, défendre les migrants est devenu suspect, voire dévalorisant, aux yeux d’une bonne partie de l’administration gangrenée par le racisme.

La cour administrative d’appel de Bordeaux a ordonné à la ville basque de Biarritz de débaptiser le quartier et la rue qui portent le nom « La Négresse ». Ce sobriquet était raciste et sexiste, selon l’association bordelaise Mémoires et Partages, qui se battait depuis des années en faveur du changement de nom contre la municipalité, dirigée aujourd’hui par la maire de droite Maider Arostéguy, qui, elle, évoquait « la tradition » et « l’histoire ». La cour a donné trois mois au conseil municipal pour faire disparaitre un nom dégradant « de nature à porter atteinte à la dignité de la personne humaine » qui peut être perçu par la population, « qu’elle soit résidente ou de passage, comme comportant un caractère offensant à l’égard des personnes d’origine africaine ». Il a fallu plusieurs années de lutte en justice pour en arriver là, preuve que la mentalité raciste est bien ancrée dans la tête de certains élus locaux.