Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Entre 1962 et 1965, environ 90 000 harkis et leurs familles – des Algériens musulmans qui avaient choisi de combattre aux côtés de l’armée française contre les militants du Front national de libération – ont été accueillis en Métropole. Plusieurs dizaines de milliers furent parqués dans des « camps de transit et de reclassement » gérés par l’armée, aux conditions de vie déplorables et théâtres d’une surmortalité infantile. L’impérialisme français ne montrait aucune reconnaissance à l’égard de ceux qui l’avaient servi et les méprisait ouvertement. 21 000 d’entre eux ont transité par le camp de Rivesaltes, près de Perpignan. Et, depuis des décennies, des familles sont toujours à la recherche d’une soixante de corps – dont ceux d’enfants – pour leur offrir une sépulture digne. Finalement, André Basou, maire de la ville depuis 1983, a reconnu que ces corps avaient été exhumés et inhumés dans une fosse commune au cimetière local en 1986 sans prévenir les familles. Mais il ne se rappelle plus exactement à quel endroit. Les harkis étaient et sont toujours victimes du même racisme anti-arabe que leurs frères qu’ils avaient trahis, au-delà même de la mort.

Décidément pas lassée de courir derrière l’extrême droite, Élisabeth Borne, la ministre de l’Éducation nationale, a annoncé que les forces de l’ordre effectueront des « contrôles inopinés des sacs » des élèves à partir du printemps. Cela, dit-elle, afin de lutter « contre la violence à l’école ». De la part d’une ministre qui siège dans un gouvernement dirigé par un Premier ministre qui a couvert pendant des années les violences scolaires qui avaient cours à l’école privée de Notre-Dame de Bétharam, cela ne manque pas de sel…

Depuis janvier, une plainte déposée par l’association de consommateurs UFC-Que Choisir a révélé au grand public les dégâts des airbags défectueux de la marque Takata. Présents dans des voitures de nombreuses marques, ils ont fait 18 morts en France depuis leur mise en circulation. Citroën, par exemple, a fini par rappeler 250 000 voitures, alors que le constructeur était au courant du problème depuis 2014… Les constructeurs automobiles, à l’instar de Stellantis, ont donc laissé sciemment des automobilistes risquer leur vie pendant dix ans. Que ce soit celle des salariés ou des usagers, nos vies passeront toujours après leurs profits.

Pour Valérie Pécresse, présidente d’Île-de-France Mobilités, « ceux qui fraudent volent dans la poche de ceux qui paient ». Parole d’experte ? IDFM lance en ce début 2025 une vaste campagne de contrôle dans les transports en commun, censée récupérer les 171 millions d’euros de manque à gagner dans les transports parisiens qui seraient soi-disant liés à la « fraude ». Pourtant le budget d’IDFM augmente jusqu’à 15 milliards en 2024 ; le prix du passe Navigo atteint 88,80 euros par mois en 2025, mais, aux dires mêmes d’IDFM, le service se détériore : la ponctualité s’effondre et le nombre de rames diminue. Alors, qui vole qui ?

La guerre continue au Congo où les rebelles du mouvement M23, soutenus par l’armée du Rwanda voisin, contrôlent désormais toute la rive ouest du grand lac Kivu. Une région riche en or, cobalt, cassitérite mais aussi, et surtout, en coltan, utilisé dans l’industrie électronique, notamment pour les smartphones. Bien qu’il n’ait aucune mine sur son territoire, le Rwanda en est le premier exportateur mondial, pour le plus grand bonheur des multinationales qui s’arrachent ce minerai. Le Rwanda exploite, sous l’œil complaisant des pays impérialistes, les ressources de son voisin en imposant le travail forcé dans la grande mine de Rubaya, notamment celui de dizaines de milliers d’enfants. Les guerres qui ravagent la région depuis 1993 auraient fait, selon certaines estimations, au moins 6 millions de morts.

La ministre de la Culture, Rachida Dati, s’est rendue en début de semaine au Sahara occidental, ancienne colonie espagnole contrôlée à 80 % par le Maroc mais revendiquée depuis un demi-siècle par le Front Polisario, soutenu par l’Algérie. Sa visite, qu’elle a modestement qualifiée d’« historique », n’avait pas grand chose à voir avec la culture mais tout a voir avec le soutien apporté il y a sept mois au Maroc par Macron. Selon un communiqué du ministère de la Culture marocain, cette visite « revêt une dimension politique après la reconnaissance par la France de la pleine souveraineté du Maroc sur ses provinces du Sud ». Et le fait que l’ONU n’ait jamais reconnu l’annexion forcée du Sahara occidental par le Maroc (qui avait refusé d’organiser un référendum d’autodétermination prévu en 1991) ne gêne pas trop Macron qui passe sans problème par-dessus la législation internationale quand cela l’arrange.

Lundi 24 février s’ouvrira devant la cour criminelle de Vannes, dans le Morbihan, le procès hors-norme de Joël Le Scouarnec, un ancien chirurgien accusé d’avoir violé ou sexuellement abusé 300 enfants, filles ou garçons, au cours de sa carrière alors qu’il pratiquait dans une douzaine d’établissements de l’Ouest du pays. Déjà condamné à quinze ans de réclusion criminelle en 2020 pour des agressions sexuelles et viols commis sur deux nièces, une patiente et sa voisine, il encourt cette fois vingt ans de réclusion criminelle. L’affaire avait éclaté en 2017 lorsque les parents d’une petite fille avait porté plainte contre le médecin. Mais jusqu’à là, officiellement, personne ne savait rien. Ce qui est douteux. Car non seulement une partie de sa famille était plus ou moins au courant mais, plus grave, il avait été condamné en 2005 à quatre mois de prison avec sursis pour détention d’images pédopornographiques. Cependant la condamnation n’avait pas, en fait, été assortie d’une obligation de soin ou d’interdiction d’exercer. Et, en août 2006, il était même titularisé à l’hôpital de Quimperlé (Finistère) sans que son directeur ou le conseil départemental de l’Ordre des médecins – pourtant informés de sa condamnation – n’y trouvent à redire. En bref, pour continuer son activité prédatrice, le médecin a dû bénéficier de la complicité, au moins passive, d’une partie de ses collègues, pétris de préjugés machistes.

Trois jours après l’attaque, par une bande d’une vingtaine de néo-nazis, d’un local de travailleurs kurdes et turcs dans le 10 arrondissement de Paris, le ministre de l’Intérieur ne l’a toujours pas condamnée. Il a évoqué le sujet devant le Parlement pour finalement s’en prendre… à l’ultra-gauche. Bien mieux, il a utilisé cette agression fasciste comme l’un des arguments pour faire interdire les manifestations demandant la libération du militant révolutionnaire libanais Georges Ibrahim Abdallah en affirmant que les mêmes nervis pourraient attaquer les cortèges constituant ainsi un trouble à l’ordre public. L’autre argument étant que de demander la libération d’Abdallah pouvait être assimilé à une apologie du terrorisme. Plus c’est gros…

Dans une déclaration commune, trente-et-une associations et institutions (dont la Ligue des droits de l’homme, la Cimade, la CGT, l’association des avocats pénalistes, etc.) expriment leur profonde indignation quant à l’annonce par le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, d’une instruction ministérielle ordonnant l’arrêt de toutes les activités en prison autres que le « soutien scolaire », « la langue française » et ce qui touche au travail ou au sport. Cette décision démagogique a été prise pour faire une fleur au très droitier syndicat FO pénitentiaire qui perpétue l’image d’une prison « quatre étoiles », chère aux réacs de tout poil. La polémique est partie d’une activité de soins esthétiques proposée à des femmes détenues à la maison d’arrêt de Toulouse-Seysses, en Haute-Garonne. Une prison où s’entassent 1239 personnes pour 580 places. Et les signataires de souligner que « le garde des Sceaux choisit une fois de plus de nourrir la désinformation, plutôt que de rappeler la mission d’insertion des personnes détenues confiée à son administration… Il défend à nouveau une approche exclusivement punitive de la prison, au mépris des principes fondamentaux des droits humains ». Un acte aux conséquences désastreuses surtout pour les personnes détenues mais aussi pour la société. Venant de Darmanin cela ne peut étonner.