Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Une enquête du média d’investigation Disclose révèle les pratiques douteuses, voire carrément criminelles, des plus importants fournisseurs de Decathlon. Salaires misérables au Bangladesh dans des usines qui emploient des enfants et des adolescents, recours au travail forcé des Ouïghours en Chine, utilisation de peaux de bovins au Vietnam en provenance du Brésil pour fabriquer des chaussures « au risque de contribuer à l’éradication des forêts primaires dans le pays », estime Disclose. Et cela dans un contexte où l’Union européenne veut encore assouplir les règles qui obligent les grandes entreprises à vérifier le caractère « éthique » de leurs fournisseurs et sous-traitants. Des règles dont, à l’évidence, Decathlon n’a jamais entendu parler.

Les frasques et déclarations tonitruantes, racistes, sexistes et suprémacistes d’Elon Musk et son soutien à divers mouvements d’extrême droite, le tout couronné par le salut nazi lors de l’investiture de Donald Trump, ont eu pour conséquences une chute des ventes de 15 % de sa voiture électrique Tesla en Europe et de 41 % outre-Rhin. Au Royaume-Uni et en Allemagne, certains propriétaires de Tesla affichent sur les pares-brises un sticker qui affirme : « Je l’ai achetée avant qu’on sache qu’Elon était dingue. » Cela est supposé les protéger des tags anti-Musk qui font florès. Aux Pays-Bas, fin janvier, un programme de la télévision publique, EenVandaag, effectuait un sondage auprès des possesseurs de Tesla sur leur rapport à la marque. Un tiers d’entre eux affirmait qu’ils envisageaient de se débarrasser de leur véhicule à cause des prises de position d’Elon Musk. Les Pays-Bas sont le premier marché européen du constructeur. Alors bien sûr cela ne va pas mettre l’homme le plus riche du monde sur la paille, d’autant plus que ses entreprises réalisent plus de 40 % de leur chiffre d’affaires avec l’État américain (Nasa, armée, administrations publiques, etc.). Mais son impopularité grandissante dans une partie de l’opinion internationale est un marqueur positif du rejet que rencontrent ses idées ultra-réactionnaires.

Une médecin de New-York et sa clinique ont été inculpées vendredi 31 janvier pour avoir permis d’avorter à une mineure de Louisiane, dont la mère a aussi été poursuivie. Protégée par les lois new-yorkaises, la médecin, militante pour le droit à l’IVG, ne devrait pas être inquiétée à moins de visiter certains États américains. Dans les États où l’avortement est illégal, les femmes ne peuvent avorter sans risque pour leur santé que si des médecins se mobilisent… ou bien faire des centaines de kilomètres, à leurs risques et périls.

Selon une étude ministérielle récente, un quart des enfants de familles monoparentales n’ont aucun lien avec leur père. Loin des clichés véhiculés par les mouvements masculinistes, il s’agit très souvent de pères qui abandonnent à la mère la responsabilité de l’enfant, les laissant au passage dans la précarité. Les femmes ont toujours en moyenne des revenus inférieurs aux hommes, de l’ordre de 20 % dans le monde du travail. Les mères seules, cas de loin le plus fréquent des familles monoparentales, se retrouvent souvent sans moyen de faire garder leurs enfants et sont souvent contraintes de ne travailler qu’à temps partiel, ce qui les appauvrit d’autant plus.

Après le Parti socialiste, c’est au tour du Rassemblement national d’accorder son appui au Premier ministre. Son président, Jordan Bardella, a plaidé pour que son parti ne censure pas le gouvernement en reprenant presque mot à mot les arguments que le secrétaire national du PS, Olivier Faure, avait utilisé la veille : il s’agirait d’épargner au pays « une période d’incertitude et d’instabilité ». Et Bardella d’enfoncer le clou : « C’est un mauvais budget qui demande des efforts toujours aux mêmes et ne fait pas les bonnes économies. » Donc… ne nous opposons pas à son adoption. Une logique implacable. En fait, Faure et Bardella se retrouvent sur la même ligne. À la place des militants socialistes on serait inquiet !

Cinq euro-députés écologistes ont saisi la Commission européenne pour qu’elle ouvre une enquête sur les pratiques du Groupe Bernard Hayot (GBH). Ce dernier profite d’une position dominante dans la grande distribution, l’agroalimentaire et le secteur automobile aux Antilles, en Kanaky ou à Mayotte pour pressurer la population et augmenter ses profits. Un pouvoir qui lui a permis d’imposer des prix en moyenne 40 % plus chers qu’en Métropole – un gap qui peut même atteindre 78 % en Kanaky. La lettre des députés écologistes pointe le fait que les prix excessifs pratiqués par la distribution dans les territoires ultra-marins mettent à mal la notion d’égalité de tous les citoyens. Ce qui n’empêche pas le groupe Hayot d’encaisser régulièrement des subventions européennes, notamment pour ses bananeraies martiniquaises. GBH, fondé en 1960 grâce à la fortune d’une famille de békés (descendants des blancs esclavagistes arrivés en Martinique en 1690) est devenu, en Martinique, la cible privilégiée des manifestations contre la vie chère.

La Confédération paysanne, une organisation syndicale classée à gauche, appelait mardi 4 février à un rassemblement à Paris, devant le tribunal de grande instance, dans le 17e arrondissement, en solidarité avec deux de ses membres qui comparaissaient en justice. Ils faisaient partie d’un groupe de cinq militants violemment arrêtés par la police le 5 décembre dernier alors qu’ils prenaient part une manifestation pour dénoncer le traité de libre-échange entre les pays du Mercosur et ceux de l’Union européenne devant le Grand Palais. Ils avaient été placés en garde à vue pendant 48 heures, et deux ont été jugés pour violences en groupe et rébellion, alors même que la manifestation s’était déroulée dans le calme. Interrogée par l’Humanité à propos des mobilisations récentes d’autres syndicats agricoles, proches de la droite et de l’extrême droite, notamment la FNSEA, les Jeunes Agriculteurs ou la Coordination rurale, Laurence Marandola, la porte-parole de la Confédération paysanne regrettait un « deux poids deux mesures ». « Quand il y a des dégradations sur des bâtiments publics, sur l’Inrae, sur des préfectures, sur l’Office national de la biodiversité, quand il y a des menaces sur des personnes, il ne se passe rien », précisait l’agricultrice ariégeoise. « Visiblement, on n’a pas les mêmes droits que d’autres syndicats », résumait-elle. Deux des manifestants ont porté plainte pour violences policières et, face à cette situation, la Défenseure des droits a été saisie.

C’est Libération qui révèle l’information. L’institut Iliade, un think tank d’extrême droite, a comme projet de créer un espace de ségrégation en plein cœur de la capitale. Le futur « Cercle Europa » est censé ouvrir en mai 2025 dans un local de 220 mètres carrés. Selon l’historien des idées Stéphane François, le cercle de réflexion à l’origine de ce projet porte « un discours qui veut défendre une civilisation d’un “génocide lent” qui se fait par le métissage et l’immigration vue comme une “colonisation inversée” ». Un repas de soutien au projet a réuni la fine fleur de la fachosphère. Un document d’Iliade qualifie le « Cercle Europa » de « lieu de rencontres pour les Européens ». Le texte ne dit pas explicitement qu’il vaut mieux que les Européens en question ne soient ni juifs, ni racisés mais cela va sans dire.

C’est du 4 au 11 février 1945 que les dirigeants de l’URSS (Staline), des États-Unis (Roosevelt) et du Royaume-Uni (Churchill) se réunirent à Yalta, en Crimée, pour se coordonner en vue de la fin de la Seconde Guerre mondiale, mais surtout décider le sort des perdants (l’Allemagne et le Japon) et se partager le monde. Un peu plus tard, la France de De Gaulle se vit attribuer un strapontin. L’URSS obtint une bonne partie de l’Europe centrale et orientale, les États-Unis firent passer le Japon dans leur giron et le Royaume-Uni récupéra ses colonies en Asie (notamment l’Inde), occupées par le Japon, et noya dans le sang un mouvement populaire en Grèce qui s’opposait à sa mainmise. À peine la guerre terminée, un conflit larvé, appelée la guerre froide, opposa l’URSS à ses anciens alliés, provoquant des tensions un peu partout dans le monde. Et si les révolutions coloniales, les explosions populaires, puis l’implosion et la disparition de l’URSS en 1991 ont changé la donne, il n’empêche qu’aujourd’hui encore les grandes puissances impérialistes, tout en s’opposant dans nombre de domaines, prennent soin de réprimer tout soulèvement populaire qui se produit dans leur sphère d’influence. L’ordre impérialiste règne !