Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Alors que Marine Le Pen gardait un silence prudent sur le renversement du régime syrien, Jordan Bardella, le président du Rassemblement national, présentait el-Assad comme un « rempart » contre le déferlement de centaines de milliers de Syriens vers l’Europe. Il a déclaré sur France 3 : « Dans quelques mois, il est possible que nous payions les conséquences de cette prise de pouvoir des fondamentalistes islamistes par des flux migratoires importants », avant d’appeler l’Union européenne à « anticiper le risque d’un déferlement migratoire, où pourraient se glisser des terroristes islamistes ». Même son de cloche chez son allié Éric Ciotti qui a prédit « un chaos aux conséquences incalculables, notamment migratoires, pour l’Europe ». Et ce sans même évoquer les crimes épouvantables que les Assad, père et fils, ont commis contre leur propre peuple – et conduits à l’exil de six millions de personnes – et qui ont toujours été minimisés, voire niés, par l’extrême droite. La joie qu’ont manifestée nombre de Syriens, de l’intérieur comme de l’extérieur, à l’annonce de la chute du dictateur sanglant est tout à fait compréhensible. Mais il est plus que probable que les milices islamistes qui l’ont renversé mettront sur place un régime qui ne sera guère plus démocratique que le précédent. Pour cela il faudrait que le peuple syrien non seulement manifeste dans la rue mais mette sur pied les embryons d’un pouvoir véritablement populaire.

« Ici, Vinci licencie à bas prix ! » : c’est le slogan qui était inscrit sur la banderole tenue par plus d’une cinquantaine des salariés d’Axians (filiale télécoms de Vinci Energies) qui étaient présents à la manif du 5 décembre dernier à Rennes. Ces derniers ont appris en septembre la fermeture de trois sites en Bretagne ainsi que 161 licenciements. La direction se sert d’un prétexte : le non-renouvellement d’un contrat de sous-traitance avec Orange pour faire des économies sur le dos des salariés, en rechignant même à les reclasser au sein de l’entreprise. Pourtant en 2023, Vinci Energies c’est 1,4 milliard d’euros de profits ! Depuis plusieurs semaines, les travailleurs d’Axians organisent des actions : le 4 novembre puis le 4 décembre des rassemblements de 70 puis 80 personnes ont eu lieu sur le site de Pacé, près de Rennes. C’est comme ça qu’ils se feront entendre.

Le tribunal administratif de Toulouse, qui devait se prononcer sur la validité des autorisations environnementales liées au projet de l’autoroute A69 entre Castres et Toulouse, a reporté sa décision… dans les prochains mois. Pourtant, le 20 novembre dernier, la rapporteuse publique, une magistrale indépendante, s’était prononcée en faveur d’une annulation de l’autorisation du chantier, estimant qu’il n’y avait pas de « raison impérative d’intérêt public majeur » justifiant sa construction. Depuis, certains élus locaux et les entreprises du BTP impliquées dans ce projet se livrent à un lobbying intensif pour que cette annulation ne soit pas prononcée. Mais de toute façon, même si le chantier – qui continue comme si de rien n’était – était finalement abandonné, les dégâts écologiques qu’il a provoqués (abattage de centaines d’arbres, bétonnage de zones humides, saccage de forêts, destructions de haies et d’habitats naturels, etc.) seront sans doute irréversibles.

Invité sur le plateau du Club Le Figaro idées, le « philosophe libéral » (comme il se définit lui-même) Pierre Manent a déclaré à la question du journaliste « Peut-on encore vivre ensemble ? » : « Ce que je veux dire simplement, c’est qu’il faut quand même regarder les masses, les forces, se rendre compte que la pression est telle que nous avons à prendre des décisions concernant – je le dis brutalement – le nombre de musulmans qui sont en Europe. » C’est-à-dire, pour faire simple, envisager de les expulser. Une façon de reprendre la théorie nauséabonde du « grand remplacement » de Renaud Camus, chère à l’extrême droite. Ce n’est pas le première fois, ni la dernière, que Le Figaro fait de la publicité pour les idées racistes. Là, il se défend en invoquant un débat philosophique. La philosophie a bon dos.

Tout le monde connait l’expression : « Il y a de l’eau dans le gaz. » Désormais il faudra dire : « Il y a de la radioactivité dans l’eau. » Selon un rapport établi par Mediapart et la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité, à partir de données des agences régionales de santé recueillies entre 2016 et 2024, l’eau potable de près de dix millions de ménages est touchée par une pollution radioactive en provenance des centrales nucléaires. Environ une personne sur sept vit dans une des 2 300 communes concernées où du tritium, une forme radioactive de l’hydrogène, a été détecté dans l’eau potable au moins deux fois, et à un niveau au moins cinq fois supérieur à la normale. Les autorités sanitaires se veulent rassurantes et affirment que le tritium est « sans risque ». Une opinion fortement contestée par nombre de scientifiques qui les accusent de sous-estimer son impact. Entre le récent scandale des eaux minérales en bouteilles trafiquées et celui de l’eau du robinet radioactive faudra-t-il revenir au gros rouge qui tache pour conserver la santé ?

Les Émirats arabes unis, qui accueillent le siège de nombreuses entreprises étrangères, ont annoncé l’introduction d’un impôt de 15 % sur les bénéfices des multinationales à partir de janvier 2025. Il s’agit de l’application d’un accord conclu par 140 pays sous l’égide de l’OCDE fin 2021. La mesure s’appliquera aux multinationales opérant dans le pays dont le chiffre d’affaires global consolidé s’est élevé à au moins 750 millions d’euros au cours d’au moins deux des quatre exercices financiers précédents. Mais, dans la même déclaration, le ministre des Finances a tenu à préciser que « les Émirats continueront à développer un environnement favorable aux entreprises » et à renforcer leur compétitivité, annonçant par la même occasion que de nouvelles mesures « d’incitations fiscales » étaient à l’étude pour les soutenir. Bref, rien ne va vraiment changer. Les actionnaires respirent !

À peine le régime de Bachar el-Assad effondré, certains pays européens annoncent déjà des mesures contre les réfugiés qui ont fui la guerre en Syrie. En moins de 24 heures, le Danemark, la Norvège, la Suède ou l’Allemagne ont déjà décidé de geler les demandes d’asile des Syriens, la France a annoncé y réflechir, tandis que les autorités autrichiennes envisagent de les expulser. Après dix ans d’opérations prétendument « anti-terroristes » contre Daesh, voilà qu’ils trouvent normal de renvoyer des migrants sous la coupe des islamistes de HTS, les héritiers d’Al-Qaïda qui ont pris le pouvoir en Syrie. Pour ces « démocraties » occidentales, les djihadistes sont tout à fait fréquentables quand ils permettent de contrôler les flux migratoires.

Le centre médical Stalingrad dépend de la Caisse régionale d’assurance maladie d’Île-de-France et est un maillon important du système de santé de ce quartier populaire du 19e arrondissement. Un projet prévoit la fermeture de plusieurs services de consultation, équivalant à 25 postes supprimés. Pour la population du quartier, c’est une catastrophe : ce centre est indispensable aux habitants. Ainsi, il est quasi impossible de trouver un kinésithérapeute en libéral. Quant aux médecins spécialistes, on n’en trouve plus, surtout en secteur 1. Non à la fermeture du centre médical Stalingrad !

Dans la nuit de vendredi à samedi, l’armée israélienne a mené une nouvelle attaque contre un hôpital de Gaza en visant cette fois le complexe hospitalier Kamal Adouane. En octobre 2024, les forces israéliennes avaient déjà pris d’assaut cet hôpital en prétextant « la présence de terroristes » à l’intérieur. L’OMS venait de faciliter l’entrée d’une délégation médicale d’urgence indonésienne, celle-ci a reçu l’ordre de quitter définitivement les lieux. Aujourd’hui, dans le nord de Gaza, les trois principaux complexes hospitaliers ne fonctionnent presque plus. Les hôpitaux sont parmi les cibles privilégiées de la politique génocidaire et de terreur menée par l’État israélien.