Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Le groupe Decathlon s’apprête à verser un milliard d’euros de dividendes à ses actionnaires, en grande partie à l’Association familiale Mulliez (AMF)… On s’acheminerait donc vers une ponction de 7 % du chiffre d’affaires 2024 par les actionnaires, soit la quasi totalité du résultat ! En pleines négociations annuelles obligatoires, la direction française ne propose même pas les miettes : elle refuse pour le moment de répercuter la hausse de 2 % du Smic sur l’ensemble des salaires. Une insulte ressentie comme telle par les travailleurs. Un appel à la grève est prévu le 7 décembre.

Stéphane Bern, Macron et autres nous ont rebattu les oreilles du magnifique élan populaire (340 000 donateurs de 150 pays), qui aurait permis de financer les 700 millions d’euros (sur les 843 millions récoltés) nécessaires à la reconstruction de la cathédrale. Ils insistent moins sur le fait que la plus grande partie de cette somme provient d’une poignée de grands groupes capitalistes qui ont trouvé là le moyen de se faire une pub gratuite dans les médias, de redorer leur blason… et pour certains de bénéficier d’énormes réductions fiscales. Bernard Arnault, du groupe de luxe LVMH, et la famille Bettencourt Meyers, propriétaire de l’Oréal, ont donné chacun 200 millions d’euros. La famille Pinault (groupe Kering) a contribué pour 100 millions d’euros, tout comme le groupe pétrolier Total, alors que Bouygues et JC Decaux versaient plus de 10 millions d’euros au pot.

France Assos santé, une fédération qui regroupe 72 associations de patients, souligne que les mesures d’économie prises par le gouvernement ces derniers mois ont considérablement aggravé la situation des plus modestes. La liste de ces « économies » sur le dos des patients ne cesse de s’allonger : hausse des franchises médicales, baisse de la prise en charge des consultations, des soins dentaires mais aussi des médicaments. Résultat : le « reste à charge » payé pour les malades (après remboursement de l’Assurance maladie et des mutuelles) est évalué dans l’enquête de France Assos santé à environ 1 500 euros par an et par personne, et même à plus de 1 600 euros pour les malades en affection longue durée. De plus, les associations craignent que le budget de la Sécurité sociale pour 2025 aggrave encore la situation. Quant au gouvernement il n’en a cure. Il s’appuie sur un indicateur « officiel » qui évalue ce « reste à charge » en moyenne à 274 euros, soit six fois moins. Grâce aux statistiques bidon, tout baigne.

Le leader indépendantiste kanak Christian Tein, interpellé le 19 juin et transféré dans l’Hexagone quatre jours plus tard avec six autres militants, restera incarcéré près de Mulhouse, dans le Haut-Rhin. Ainsi en a décidé la cour d’appel de Nouméa après l’invalidation en octobre de son placement en détention par la Cour de cassation. Ses avocats avaient demandé, en vain, que le dossier soit jugé par une cour d’appel métropolitaine, celle de Nouméa étant connue pour sa proximité avec les milieux anti-indépendantistes. Une décision scandaleuse à l’image de la situation néo-coloniale que connait l’archipel. Liberté pour Christian Tein et ses camarades !

Le 1er décembre 2018, Zineb Redouane, une vieille dame algérienne de 80 ans, était à sa fenêtre pour regarder passer une manifestation de Gilets jaunes dans les rues de la Marseille. C’est alors qu’un CRS tira sur elle une grenade lacrymogène qui la toucha à la tête. Elle devait décéder quelques heures plus tard à l’hôpital. Pour ne pas démentir sa légendaire lenteur dès qu’il s’agit de mettre en cause un membre des forces de l’ordre, la justice a mis six ans pour inculper le CRS auteur du tir d’« homicide involontaire ». Le patron de la police nationale de l’époque, Frédéric Veaux, avait protégé le policier en question et son chef en refusant de les envoyer devant un conseil de discipline. Pas besoin de lire dans l’avenir pour prévoir que le flic en question, qui est toujours en poste, sera, au maximum, condamné à de la prison avec sursis. Comme d’habitude.

Cité comme témoin au procès de Bernard Squarcini, l’ancien responsable des services secrets reconverti dans les coups tordus, Bernard Arnault, le PDG du groupe de luxe LVMH, n’était au courant de rien et ne se souvient de rien. Pas plus de l’espionnage de François Ruffin et de son journal satirique Fakir que des pressions exercées sur l’équipe du magazine Complément d’enquête de France 2 qui préparait un reportage sur Arnault. Il préfère faire porter le chapeau à son ex-bras droit, Pierre Godet, qui a eu la bonne idée de décéder en décembre 2018. De toute façon, Arnault ne risque rien puisqu’il a signé l’an dernier une convention judiciaire qui, contre paiement d’une amende de 10 millions d’euros, lui évitait, ainsi qu’à son groupe, un procès public. Mais si son argent lui permet d’échapper à la justice, par contre il ne peut rien pour le protéger du ridicule dont il s’est couvert au cours de l’audience.

Dans une lettre au président sénégalais, Emmanuel Macron a reconnu que les forces coloniales françaises avaient commis un massacre à Thiaroye, près de Dakar, le 1er décembre 1944. Ce jour-là, des officiers français avaient donné l’ordre d’ouvrir le feu sur 1 600 tirailleurs sénégalais désarmés, regroupés dans un camp après avoir été rapatriés de la métropole. Ils avaient pris part aux combats de 1940 et manifestaient pour réclamer le paiement de leurs arriérés de solde et diverses primes et indemnités de combat. La seule réponse des officiers fut d’ordonner d’ouvrir le feu. Les autorités françaises de l’époque annoncèrent 35 morts mais les historiens estiment qu’il y en a eu beaucoup plus, sans doute plusieurs centaines. Aucun des militaires qui prit part à ce massacre ne fut inquiété et les victimes et leurs familles jamais indemnisés. C’était « le temps béni des colonies », comme le chantait Michel Sardou.

Macron va célébrer en grande pompe le 7 décembre la réouverture de Notre-Dame. 160 chefs d’État sont conviés pour assister à un spectacle coûtant la bagatelle de 9 millions d’euros. Avec un gouvernement en sursis, peut être espère-t-il un miracle : la résurrection de Renaissance portée sur les fonts baptismaux par le RN ?

François Durovray, le ministre des Transports, était l’invité mercredi 27 novembre du talk-show de RMC. Vu les obsessions sécuritaires et racistes des chroniqueurs, ainsi que leur opposition à toute dépense sociale, il est presque passé pour un modéré. Mais il a quand même distillé quelques-unes de ses idées poisseuses : la lutte des cheminots contre le démantèlement du fret et pour des augmentations de salaire ne serait pas légitime, il y aurait un « abus » à ce que les travailleurs du transport fassent grève… Sans oublier son thème phare, un « grand plan pour la mobilité » au rabais, car pas question d’y mettre les moyens nécessaires. Bref, une émission qu’on peut se passer de podcaster !

… d’après le bulletin Interurbain Isère