Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Le géant de la grande distribution Carrefour s’est engagé à « ne commercialiser aucune viande en provenance du Mercosur », dans un courrier adressé au syndicat agricole majoritaire, la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA). Le PDG du groupe, Alexandre Bompard, a invoqué de son côté la « solidarité avec le monde agricole » disant entendre « le désarroi et la colère des agriculteurs face au projet d’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur ». Avec ou sans le Mercosur, Carrefour, deuxième acteur de la distribution française derrière E. Leclerc, s’entend comme cul et chemise avec les tenants de l’agrobusiness pour pressurer les agriculteurs, leur imposer des conditions draconiennes tout en refusant de respecter des prix planchers. Alors brosser les agriculteurs dans le sens du poil sans bourse délier, ça ne mange pas de pain.

Patrick Hetzel, le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, doit désigner, début janvier, un candidat pour présider le Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur, l’organisme chargé d’inspecter les établissements, formations et équipes de recherche. Il s’agit de remplacer le directeur actuel, le mathématicien Thierry Coulon. Or l’un des deux favoris du ministre, Michel Deneken, est un prêtre et théologien à la tête de l’université de Strasbourg depuis 2016. L’autre, Frédéric Forest, est associé au Centre de recherches psychanalyse, médecine et société, vertement critiqué par le milieu scientifique pour son manque de sérieux. De plus, en pleine pandémie du Covid-19, il avait écrit une lettre ouverte à Macron pour qu’il autorise l’usage de l’hydroxychloroquine, le traitement bidon préconisé par Didier Raoult, avant même la fin des études cliniques. Avec deux « scientifiques » de ce calibre, la recherche est mal barrée.

Les membres du collectif « J’accuse » se sont réunis à la frontière franco-espagnole, entre Irun (Espagne) et Hendaye (France), pour dénoncer le contrôle aux frontières décidées par Paris et affirmer leur soutien à sept militants qui avaient été arrêtés et placés en garde à vue, et qui seront jugés le 28 janvier prochain. On leur reproche d’avoir fait entrer clandestinement en France 36 personnes migrantes le 14 mars dernier en profitant de la Korrika, la course-relais pédestre trans-frontalière en faveur de la langue basque. Le collectif a déclaré : « Nous n’acceptons pas ce procès. Ce qui doit être jugé le 28 janvier prochain, ce n’est pas la solidarité, ni les personnes qui travaillent pour les droits de tous. Ce qui doit être puni ce sont les politiques migratoires cruelles et meurtrières… responsables de la mort de neuf personnes dans la Bidassoa ou sur les voies ferrées. » Une manifestation de soutien est prévue le 26 janvier.

Pas encore entré en fonction, Trump a annoncé une série de nominations fracassantes et controversées pour former son futur gouvernement. Parmi elles, celle de Matt Gaetz, comme Attorney général, c’est-à-dire ministre de la Justice. Élu républicain de Floride, il était accusé d’avoir eu une relation sexuelle avec une mineure. Ce qui n’empêchait pas le président élu de lui apporter tout son soutien tout comme la majorité républicaine du Sénat qui refusait de communiquer tout détail sur l’enquête le visant lancée par le Comité d’éthique de la Chambre haute. Mais lorsqu’il a appris que la chaine de télévision CNN avait sous le coude un scoop concernant une seconde affaire de détournement de mineur, il a préféré jeter l’éponge. Trump a entériné son retrait en lui promettant cependant « un bel avenir ». Derrière les barreaux ?

Nombre de Britanniques font le gueule. On vient en effet d’apprendre, selon des chiffres officiels, que les cérémonies du couronnement l’an dernier du roi Charles III avaient coûté aux contribuables la bagatelle de 72 millions de livres sterling (86,5 millions d’euros). Le ministère de la Culture, des Médias et des Sports a dépensé 50,3 millions de livres pour l’évènement auxquels il faut ajouter 21,7 millions déboursés par le ministère de l’Intérieur pour la sécurité. Déjà en 2023, juste avant l’évènement, plus de la moitié des Britanniques estimaient, selon un sondage YouGov, que le gouvernement ne devait pas financer la cérémonie et qu’il appartenait au souverain de le faire sur ses propres deniers. Le monarque britannique est en effet multimillionnaire, possède un nombre incalculable de propriétés et de châteaux et, en plus, perçoit de l’argent public tout en bénéficiant d’importantes exonérations fiscales. Ce qui explique des sentiments anti-monarchistes grandissants parmi une population à laquelle on demande de se serrer toujours plus la ceinture et qui a vu son niveau de vie baisser au cours des dernières années.

Triste bilan. L’année 2024 a vu, jusqu’à présent, 281 travailleurs humanitaires perdre la vie dans le cadre de leurs activités. « Les travailleurs humanitaires sont tués à un rythme sans précédent, leur courage et leur humanité se heurtant aux balles et aux bombes », a déclaré le nouveau secrétaire général adjoint de l’ONU aux affaires humanitaires et coordinateur des situations d’urgence, Tom Fletcher. L’ONU souligne qu’à Gaza plus de 200 employés ont été tués depuis le début de la guerre. Les menaces qui les visent ne se limitent pas à Gaza mais concernent aussi l’Afghanistan, la République démocratique du Congo, le Soudan du Sud, le Soudan, l’Ukraine et le Yémen. La majorité du personnel humanitaire tué est constituée d’employés locaux travaillant avec des ONG, des agences onusiennes et le Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. L’ONU explique enfin que la violence à l’encontre du personnel humanitaire s’inscrit dans « une tendance plus large d’atteintes aux civils dans les zones de conflit », avec l’an dernier « plus de 33 000 civils morts enregistrés dans 14 conflits armés, soit une augmentation de 72 % par rapport à 2022 ». Dans un monde que les grandes puissances mettent à feu et à sang, les humanitaires ne pèsent pas lourd.

D’anciens employés licenciés et démissionnaires de la maison d’enfants à caractère social So Green de Saint-Avold, gérée en Moselle par l’association Moissons nouvelles, tirent la sonnette d’alarme sur des cas graves de violence et de négligence. Une jeune fille témoigne avoir été enfermée seule dans une voiture durant des heures, des adolescents suicidaires manquent de suivi thérapeutique, tandis que les fugues se multiplient. Le sous-effectif, le manque de formation et les économies de bouts de chandelle soumettent les jeunes à une violence institutionnelle systématisée. Malgré les alertes répétées des salariés, la direction n’a fait que leur donner des fins de non-recevoir. Comme partout dans le travail social, rigueur budgétaire, appels d’offres et privatisation sabotent la qualité des services et mettent hors-circuit la voix et la motivation du personnel.

Dans le cadre de l’examen du Projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2025, les sénateurs ont adopté, par 219 voix contre 119, ce qu’ils estiment être « une mesure choc » : imposer aux salariés de travailler gratuitement sept heures de plus par an, une pseudo « contribution de solidarité » censée rapporter 2,5 milliards d’euros. « C’est une piste intéressante. Ça fait partie des réflexions pour trouver des ressources supplémentaires pour nos comptes publics », a aussitôt réagi sans surprise Marc Ferracci, le ministre de l’Industrie. Faire payer les travailleurs toujours plus est la seule philosophie que connaissent la droite et le gouvernement. Quant à taxer plus les dividendes, les bénéfices, les superprofits et les grandes fortunes pour alimenter « nos comptes publics », ça il n’en est toujours pas question.

Une des mesures particulièrement réactionnaires de l’acte 2 du « Choc des savoirs », porté par la ministre de l’Éducation nationale, Anne Genetet, est, dès la rentrée 2027, l’obligation pour les collégiens d’obtenir le brevet des collèges pour entrer au lycée. Cela va signifier que chaque année près de 120 000 jeunes seront orientés vers le certificat d’aptitude professionnelle, qui donne une formation d’ouvrier ou d’employé qualifié, vers une hypothétique « prépa seconde », vers un apprentissage sous la houlette du patronat, ou laisseront tomber l’enseignement. Cette mesure va encore aggraver la ségrégation sociale dans l’enseignement tout comme les fameux « groupes de niveau » ou, chez les lycéens, Parcoursup, créé en 2018 et qui est devenu un véritable couperet pour l’accès à l’enseignement supérieur des plus modestes. Réforme après réforme Macron accentue toujours plus le caractère de classe du système éducatif.