Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Le tribunal correctionnel de Lille a déclaré une ancienne directrice et une infirmière d’une crèche coupables de violences sur des bébés. Elles ont été condamnées à dix mois de prison avec sursis et se voient interdire d’exercer pendant trois et cinq ans. Les deux femmes travaillaient à la crèche People & Baby de Villeneuve-d’Ascq, dans la banlieue lilloise. Ce procès a mis encore une fois mis en évidence les conditions honteuses de travail du personnel et d’accueil des enfants dans des crèches qui dépendent de grands groupes privés et dont le seul objectif est de faire du fric sur le dos de leur personnel, des familles qui leur confient leurs bébés, de la Caisse d’allocations familiales, etc. Des abus dénoncés récemment par le journaliste Victor Castanet dans son livre, Les Ogres.

La guerre menée par Israël depuis un an a fait près de 42 000 morts, des centaines de milliers de blessés et nombre de disparus. Mais, de plus, les conditions sanitaires se sont détériorées et les maladies de peau, les infections respiratoires ou encore les épidémies de poliomyélite et d’hépatite A font des ravages. L’OMS a dénombré dans son dernier bilan 96 417 cas de gale et de poux parmi la population gazaouie, 9 274 personnes infectées par la varicelle et 10 038 par l’impétigo, une infection bactérienne de la peau. Ces contaminations s’expliquent par le manque d’eau potable et la pollution de la Méditerranée orientale dans laquelle se lave la population. Et le blocus qu’imposent les Israéliens sur les livraisons d’eau, de nourriture et de médicaments ne fait qu’aggraver les choses. Ce qui fait dire à Michael Fakhri, le rapporteur spécial des Nations unies sur le droit à l’alimentation, qu’à « Gaza, la malnutrition, la famine et la maladie tuent plus de personnes que les bombes et les balles. » Ce qui n’empêche pas Macron d’avoir réaffirmé à Netanyahou ces jours-ci son « soutien indéfectible » à l’État hébreu.

Sans surprise le président sortant, Kaïs Saïed a remporté l’élection présidentielle avec plus de 89 % des voix. Il a écrasé le deuxième candidat, Ayachi Zammel, un industriel libéral qui n’a obtenu que 6,9 % des voix mais a fait campagne… depuis sa prison. Quant au troisième, un député de la gauche pan-arabe Zouhair Maghzaoui, il s’est adjugé 3,9 % des suffrages. Résultat sans surprise puisque Saïed avait envoyé en prison une bonne partie de ses opposants et avait fait invalider les candidatures d’une douzaine d’autres candidats grâce à une commission électorale à sa botte. Le peuple tunisien n’a guère été dupe de l’opération puisque la participation électorale s’est établie à 27,7 % contre 45 % il y a cinq ans. Quant à la jeunesse, elle a massivement déserté les urnes : seuls 6 % des 18-35 ans se sont déplacés pour aller voter. Cela dit, le pays qui a chassé le dictateur Ben Ali en 2011 et fut le berceau des Printemps arabes n’a pas dit son dernier mot.

Près de 1 000 personnes (exactement 973) ont traversé la Manche samedi dernier pour rejoindre le Royaume-Uni sur des canots de fortune. Ce qui constitue un nouveau record. Depuis le début de l’année, plus de 26 000 personnes ont réussi à gagner les côtes anglaises, souvent au péril de leur vie. Face à ce flux qui enfle, Paris et Londres se contentent de répondre en affirmant s’en prendre aux passeurs et en projetant de s’attaquer à « l’immigration illégale » en multipliant le nombre expulsions. Quant à accueillir dignement ces hommes, ces femmes et ces enfants, cela n’est pas à l’ordre du jour ni du gouvernement de Starmer, ni de celui de Barnier.

Le magazine Infrarouge, diffuse ce soir sur France 2 un documentaire intitulé « Les raisins du Reich » qui déconstruit le mythe selon lequel l’Allemagne nazie a pillé les producteurs et les négociants de vin sous l’Occupation. Bien au contraire, une large partie du secteur collabora avec l’occupant, ce qui lui rapporta de coquets profits. Ce n’est qu’après guerre que se forgea le mythe des bouteilles de grand cru cachées à l’ennemi qui n’auraient fait leur réapparition qu’après son départ. En fait, la ligne de démarcation de juin 1940 englobait dans la zone occupée les grands vignobles, du Bordelais à la Champagne, en passant par le Val-de-Loire et la Bourgogne. Ce marché représentait une manne financière importante pour le Reich. En outre, les sentiments antisémites avaient droit de cité chez les pinardiers ce qui facilitait les rapprochements. Un exemple parmi d’autres : dans la ville de Beaune, en Bourgogne, le maire de la ville offrit, en 1943, une parcelle du vignoble au maréchal Pétain. L’acte de propriété précise que pour pouvoir recevoir cette vigne, une enquête avait été effectuée pour savoir si Pétain « n’avait pas d’ascendants juifs ». Mais les grandes maisons de négoce ont toujours été très discrètes sur ce pan peu glorieux de leur histoire.

Les raisins du Reich, France 2, 22 heures 50, mardi 8 octobre 2024

Déjà impliqué dans le procès, qui se déroule actuellement à Paris, des assistants parlementaires fictifs de l’ex-Front national au Parlement européen, Jean-Marie Le Pen est, de plus, poursuivi pour s’être fait rembourser indûment plus de 300 000 euros pour des frais qui n’avaient rien à voir avec son activité d’euro-député. Selon un rapport de l’Office européen de lutte anti-fraude, il s’est fait défrayer des dépenses de bulletins d’informations, de stylos, de cartes de visite, de cravates, de parapluies, de balances de cuisine, d’horloges de bureau, de bracelets connectés, de lunettes de réalité virtuelle ou encore129 bouteilles de vin grand cru. Total de l’addition entre 2009 et 2018 : 303 200,99 euros. Et dire que Le Pen avait fait son crédo de la dénonciation des « magouilles » et de la « malhonnêteté » de ses adversaires politiques. L’arroseur arrosé…

Dans son discours de politique générale devant l’Assemblée, Barnier a insisté sur la « dette colossale » qu’il prétend vouloir réduire – mais bien sûr sans préciser qu’elle est due en grande partie aux centaines de milliards versés chaque année au patronat.

Avant d’annoncer la couleur : couper massivement dans les budgets des services publics et en réduire le personnel, au nom de la lutte contre « l’illusion du tout gratuit » et de la « chasse aux fraudes ». Une nouvelle dégradation de grande ampleur est donc programmée dans les domaines de l’éducation, de la santé, des transports et de la protection sociale. Les collectivités territoriales sont particulièrement visées. La réforme des retraites ne sera pas annulée, tout au plus « aménagée ». Le gouvernement a même osé la provocation de proposer le report de six mois de l’augmentation légale des pensions de retraite. Quant à l’effort qui sera, parait-il, prescrit aux plus riches et aux grandes entreprises, il reste dans le flou. Tout porte à croire que cet « effort », s’il est bien demandé, ne sera que symbolique. Mais Barnier, secondé par son ministre de l’Intérieur, Retailleau, n’a pas manqué de proclamer le renforcement du « contrôle de l’immigration » cher à l’extrême droite : haro sur les migrants et les travailleurs immigrés.

Le gouvernement présente son programme anti-ouvrier au service du patronat, à nous, travailleuses et travailleurs, d’élaborer notre plan de lutte pour défendre nos acquis et gagner nos revendications.

Plusieurs migrants sont décédés samedi lors de tentatives de gagner l’Angleterre sur de petites embarcations. Cela porte à une cinquantaine le nombre de morts depuis le début de l’année 2024, un record jamais atteint depuis 2018. Le ministre de l’Intérieur a commenté la situation en ces termes : « Épouvantable drame qui doit tous nous faire prendre conscience de la tragédie qui se joue. Les passeurs ont le sang de ces personnes sur les mains et notre gouvernement intensifiera la lutte contre ces mafias qui s’enrichissent en organisant ces traversées de la mort. » Il ne manque pas de culot. Car si les passeurs et leurs mafias sont des crapules détestables, ils prospèrent largement grâce à la politique du Royaume-Uni et de la France en matière de migration. En bloquant les frontières (notamment en verrouillant les accès au tunnel sous la Manche et au port de Calais), Paris et Londres contraignent les migrants à prendre tous les risques en faisant appel aux passeurs. Un moyen simple de lutter contre ces derniers : ouvrir les frontières et permettre aux migrants de voyager et de s’installer librement.

Deux membres de la brigade anticriminalité de Stains ont comparu devant le tribunal de Bobigny pour avoir tiré à huit reprises sur une voiture lors d’un refus d’obtempérer, le 16 août 2021. Le conducteur, Nordine A., avait été touché cinq fois, à l’abdomen, aux bras, à l’aine et au thorax, sa passagère à la rate. Mais si les deux flics ont comparu libres à l’audience ce n’est pas le cas de leur victime qui est apparu menotté. En effet Nordine A. s’est déjà vu infliger en comparution immédiate deux ans de prison ferme pour refus d’obtempérer et violences volontaires dans une procédure annexe. Quant aux policiers à la gâchette facile, on n’a demandé contre eux qu’un an de prison avec sursis. Selon que vous soyez flic ou Maghrébin, la justice est plus ou moins rapide et plus ou moins clémente.